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Les vertus du neem : des champs à la brosse à dents

Connaissez-vous le neem ? Cet arbre de la médecine ayurvédique qui peut tout soigner ? Articulations, système immunitaire, digestion, système nerveux, glycémie, hypertension ou encore sphère buccodentaire… Et ça n'est pas tout ! Les feuilles, l'écorce, les fruits, les graines et l'huile de neem sont aussi utilisées dans la protection des cultures et des arbres.  


La nature subvient à tout. Et s’il est un végétal, parmi d’autres, qui en donne une démonstration éclatante, c’est bien le neem. Cet arbre originaire d’Inde, peu connu du grand public, attise l’intérêt des industriels, mais aussi des agriculteurs, maraîchers et autres arboriculteurs du monde entier. C’est qu’il produit différentes substances dans ses fruits, ses feuilles et son bois, qui s’avèrent de puissants biopesticides, efficaces sur plus de 400 espèces d’insectes, parasites, ravageurs et champignons des cultures agricoles et forestières !

Une légende de l’ayurvéda

Azadirachta indica est l’un des piliers de la pharmacopée indienne depuis plus de quatre millénaires. Il bénéficie d’une aura quasi sacrée dans son pays d’origine, où l’on tire profit de toutes ses parties, écorce, bois, fruits, graines, feuilles, pour le bénéfice des hommes, des animaux et des plantes. Les Indiens recherchent toujours la proximité du neem, qu’il s’agisse de prier, de se reposer ou de bâtir un édifice.

« Celui qui guérit de tous les maux », « qui donne la bonne santé », « pharmacien du village », « arbre de liberté » sont quelques-unes des dénominations dont est gratifié le neem, et qui proviennent sans doute des très diverses applications qu’il offre à ceux qui se donnent la peine de le connaître.

Plus de 140 composés ont été identifiés à ce jour dans les différentes parties du neem. La médecine traditionnelle indienne relate des effets bénéfiques sur les articulations, le système immunitaire, la digestion, le système nerveux, la glycémie, l’hypertension, la sphère buccodentaire… Cependant, les praticiens ayurvédiques mettent en garde : le neem ne doit pas être utilisé n’importe comment, ni par n’importe qui. Un usage inapproprié peut engendrer des désagréments comme des vomissements, des selles molles ou des faims excessives.

En usage interne, des interactions sont possibles avec des traitements allopathiques, comme dans les cas de diabète ou d’hypertension. La plante ne devrait pas non plus être utilisée par les femmes enceintes ou désireuses de concevoir. Et si les constitutions Pitta et Kapha profitent bien des vertus équilibrantes du neem, la constitution Vata y serait beaucoup moins encline. C’est pourquoi l’expertise d’un professionnel de l’ayurvéda est recommandée, en particulier pour les personnes déjà médicamentées.

Objet de convoitise des multinationales

Connues de manière empirique depuis des siècles, les propriétés du neem ont commencé à être confirmées scientifiquement dès 1942 par les travaux du chimiste pakistanais Salimuzzaman Siddiqui, qui le premier isola trois composés amers de l’huile de neem extraite des graines. La voie était ouverte, et des dizaines d’autres composés ont été isolés par la suite.

Ceux-ci ont attiré l’attention de certains acteurs économiques privés, notamment aux États-Unis. Leur volonté de « privatiser » le vivant ne date pas d’hier. Ainsi, pendant les années 1990, plusieurs dizaines de brevets relatifs à des composants du neem ont été déposés par des firmes comme Rohm and Haas et W.R. Grace, deux géants de la chimie. Cette dernière achetait depuis plusieurs années la quasi-totalité des graines de neem disponibles sur le marché mondial pour l’élaboration d’une matière active incorporée à des pesticides agricoles. Elle faisait grimper les cours et rendait l’huile de neem inaccessible aux petites gens, dont les petits producteurs, incapables de se payer des traitements phytosanitaires de synthèse pour leurs cultures.

Mais les répercussions touchent aussi l’Europe. En France, des producteurs bio dépendent de l’huile de neem pour lutter, par exemple, contre le puceron ou le ver de la cerise. C’est tout le modèle économique de certaines productions bio qui repose sur la possibilité de recourir à de telles préparations naturelles. En Allemagne et dans d’autres pays européens, ces préparations font l’objet d’une réglementation spécifique. Pas en France, où les autorités se préoccupent davantage de leur toxicité illusoire que de celle, pourtant densément documentée, des pesticides de synthèse.

En 2000, une coalition internationale rassemblant la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, la ministre belge de l’Environnement Magda Aelvoet et la scientifique indienne Vandana Shiva, soutenue par une pétition réunissant 500 000 signatures de paysans indiens, dépose un recours devant le service des contentieux de l’Office européen des brevets à Munich pour réclamer l’annulation d’un brevet sur un composé antifongique extrait des graines de neem, qui avait été déposé en 1990 par le Département de l’agriculture des États-Unis et la multinationale W.R. Grace.

« Comment le gouvernement américain et la firme W.R. Grace peuvent-ils prétendre avoir inventé quelque chose qui est du domaine public depuis des siècles et étudié scientifiquement depuis plusieurs décennies ? », interrogeait Vandana Shiva. Deux jours d’audition avaient suffi à l’Office européen des brevets pour annuler le brevet qu’il avait accordé cinq ans auparavant, mais il a fallu encore cinq ans d’une coûteuse procédure pour faire confirmer cette annulation en appel en mars 2005 !

« L’arbre du XXIe siècle » interdit en France…

Si les grandes firmes de la chimie, de l’agrochimie et de la pharmaceutique sont très intéressées par le neem (et tant d’autres espèces dont elles aimeraient s’arroger l’exclusivité), elles sont beaucoup plus frileuses devant sa démocratisation. Quand on considère ses multiples talents thérapeutiques, on serait en droit de craindre (ou d’espérer) la disparition pure et simple d’une grande part des pesticides, antibiotiques et autres médicaments qui font la fortune de ceux qui les fabriquent.

Le secret a été bien gardé pendant des siècles, mais un tel trésor ne pouvait rester dissimulé plus longtemps à l’ère d’internet. Pour preuve, le neem a été déclaré « Arbre du XXIe siècle » par les Nations unies, tandis que la National Academy of Sciences américaine a publié en 1992 un rapport intitulé « Neem : un arbre pour résoudre les problèmes mondiaux »… Rien que ça !

On trouve cet arbre dans chaque village indien, où il fait naturellement office de pharmacie naturelle pour ses habitants. Les feuilles, l’écorce, les fruits et les graines du neem sont utilisés dans d’innombrables préparations ayurvédiques. Leur usage dépasse le cadre de la santé humaine, car ses bienfaits s’appliquent aussi aux animaux et aux plantes.

Homologuée en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les pays du Pacifique, et tolérée dans la plupart des pays européens, l’utilisation agricole de l’huile de neem reste officiellement interdite en France métropolitaine, en raison d’une prétendue toxicité.

Le neem, un phytosanitaire naturel stupéfiant

Pour la protection des cultures et des arbres, le neem est véritablement « l’arbre aux merveilles » en raison de ses propriétés insecticides, nématicides, antifongiques et fertilisantes. C’est l’huile tirée des graines de neem qui contient les principes actifs les plus nombreux et les plus intéressants de ce point de vue.

Une fois les graines récoltées, elles sont décortiquées, et les amandes passent alors au pressage. On obtient donc l’huile d’un côté, et les tourteaux (les résidus solides après pressage) d’autre part. Ces derniers sont revendus en tant qu’engrais naturel, compatible avec l’agriculture biologique. Ils apportent du calcium, du soufre, du fer, du manganèse, du zinc, mais aussi de petites quantités d’azote, de phosphore et de potassium (en comparaison avec les engrais de synthèse).

Si l’huile de neem a toujours servi aussi, dans la tradition indienne, à fabriquer du savon ou à alimenter les lampes à huile, c’est bien son activité « tout-terrain » dans la protection des cultures qui fait d’elle une sorte de Graal, particulièrement pour la branche bio. Ses principes actifs contrarient la croissance des insectes indésirables ainsi que la ponte ou la reproduction sexuée des adultes, paralysent leur appareil digestif et exercent une répulsion puissante du fait de leur odeur soufrée.

La liste des insectes que traite l’huile de neem (ou la bouillie de graines entières) comprend la tordeuse, la chrysomèle, la cicadelle, le charançon, le puceron, les larves de doryphore et de mouche, entre autres. Du côté des nématodes, ceux de la tomate, de la pomme de terre, de l’aubergine et du concombre ne lui résistent pas. Et au chapitre des maladies, la protection s’étend à l’oïdium, la fusariose, le botrytis, le rhizoctone, l’alternaria ou encore le phomopsis.

Une poudre antifongique et antibactérienne

Les Indiens ont l’habitude, lorsque le besoin s’en fait sentir, de consommer de la feuille fraîche, ce qui peut se révéler plus problématique en Occident. Heureusement, il est possible de se procurer aisément la forme séchée. Si c’est de la feuille seule, elle aura une couleur verte (et non blanche, ce qui indiquerait plutôt l’origine chimique du produit) ou alors brunâtre si elle est mélangée à de l’écorce ou des rameaux broyés.

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, un nombre important d’études et de recherches scientifiques ont mis au jour les propriétés antifongiques et antibactériennes de la poudre de neem, notamment sur le redouté Candida albicans, les levures du genre Trichosporon (pharynx et tube digestif), le Geotrichum (infections broncho-pulmonaires et colites), le genre Microsporum (responsable de mycoses très contagieuses), l’épidermophyton (champignon responsable de mycoses des ongles, du cuir chevelu, d’eczéma…) et bien d’autres.

Des essais ont même été conduits sur le terrible staphylocoque doré, qu’un usage inconsidéré des antibiotiques et des nettoyants bactéricides a rendu hautement résistant, et il s’est avéré que l’usage combiné interne/externe en vient souvent à bout. De même, le neem inhibe aussi la salmonelle typhoïde, responsable de la fièvre typhoïde et d’infections incluant des empoisonnements du sang et des inflammations de l’intestin.

En interne, l’ayurvéda recommande l’usage de la poudre pour assainir l’épithélium qui tapisse le tube digestif, les voies respiratoires, les artères et le cœur. En passant dans le tube digestif, la poudre de neem envoie des signaux à tout le corps afin qu’il actionne ses propres mécanismes de guérison. En externe, on utilisera de la pâte à base de poudre de neem, éventuellement renforcée d’huile de neem, qu’on appliquera sur les régions lésées de la peau, des ongles, du cuir chevelu, mais aussi sur les dents et les gencives.

Un ingrédient indispensable dans votre dentifrice

La mode est aux produits faits maison : cosmétiques, produits d’hygiène, dentifrice… Justement, si vous êtes du nombre, la poudre et l’huile de neem devraient peut-être faire partie de votre panoplie d’ingrédients. En particulier pour le dentifrice. On connaît les produits de base comme l’argile blanche, le bicarbonate de soude, le xylitol, le carbonate de calcium, quelques gouttes d’huile de tea tree

Ajoutez-y de la poudre de neem. Des études ont mis en évidence qu’un extrait aqueux de neem pouvait inhiber la croissance des principales bactéries responsables du processus carieux sur nos dents, en particulier le genre Streptococcus mutans. Ces bactéries forment dans la bouche de longues chaînes de glucose (des glucanes insolubles) qui assurent leur adhésion sur les muqueuses et les dents, puis la colonisation par d’autres espèces bactériennes. Dès lors, tout est en place pour le développement de la plaque dentaire et des maladies parodontales.

Ces bactéries métabolisent ensuite les sucres fermentescibles de notre alimentation et les transforment en acides organiques, qui dissolvent l’émail des dents, et entraînent donc l’apparition de caries. Inhiber le développement de ces bactéries pathogènes grâce au neem revient donc à se prémunir considérablement contre les caries et les parodontoses.

Hépatoprotecteur, hypoglycémiant, anti-inflammatoire…  

Des recherches menées sur des rats ont montré que de l’extrait aqueux de feuilles de neem dispensait une protection significative contre la nécrose hépatique induite par la consommation de paracétamol. Il a également été observé une protection contre l’ulcération du foie consécutive au stress dans un cas, et à l’ingestion d’éthanol dans un autre cas. L’extrait d’écorce va dans le même sens.

L’activité hypoglycémiante du neem est quant à elle connue depuis des lustres de façon empirique, et a été confirmée depuis par la recherche. Le neem parvient à lisser les pics de glycémie, et on soupçonne que cette faculté lui vient de sa teneur élevée en quercétine, un puissant flavonoïde capable de potentialiser la sécrétion d’insuline.

Il peut être profitable de faire une cure régulière d’un à deux mois de neem pour prévenir les états diabétiques, en particulier dans les phases où celui-ci est en « préparation ». L’intérêt d’une telle cure réside dans son aptitude à corriger le terrain, à aider l’organisme à mieux gérer les variations de la glycémie, mais aussi les surplus d’acidité. On observe souvent qu’en plus, l’envie de grignotage s’estompe, ainsi que les « coups de pompe » et l’appel au sucre qui les accompagne.

Enfin, le neem est traditionnellement utilisé dans le traitement des maladies inflammatoires  telles que l’arthrite et les rhumatismes. Des recherches récentes ont confirmé cette propriété, mettant en évidence l’un des principes actifs impliqués : la nimbidine, tirée des graines. Mais l’action anti-inflammatoire du neem se traduit par différents niveaux d’activité. Les travaux en cours suggèrent que le neem prévient la libération de substances neurochimiques responsables de l’inflammation, comme les prostaglandines.

Encore beaucoup à découvrir sur le neem

Vous le voyez, la panoplie des bienfaits qu’offre cet arbre est incroyable. D’après certains spécialistes, l’exploitation de tous ses potentiels permettrait de se passer de la quasi-totalité des pesticides de synthèse, mais aussi de nombreux médicaments. C’est dire s’il y a péril en la demeure, pour les multinationales de la chimie, à laisser libre accès à un tel « phénomène ».

En santé humaine aussi, le neem a beaucoup à proposer dans les spécialités comme le traitement du diabète, de l’inflammation, des parasitoses ou la lutte contre les bactéries pathogènes. D’autres pistes sont en cours d’investigation, comme la toxicité du neem sur les parasites responsables de la malaria ou encore sa capacité à réduire les tumeurs cancéreuses. « L’arbre pharmacien » n’en est qu’au début de sa carrière internationale…