• Les antidouleurs naturels en phytothérapie

Les antidouleurs naturels de la tête aux pieds

La douleur est angoissante. Lorsqu’elle survient, on ne sait jamais vraiment à quel moment elle s’évanouira. Dans de nombreux cas, elle nous taraudera pendant de longues années (sept ans en moyenne selon une étude récente). La douleur s’accompagne en outre d’un cortège de conséquences psychologiques et sociales comme la dépression et l’isolement. Beaucoup de patients souffrant de douleurs chroniques se plaignent de l’inefficacité des traitements qui leur sont proposés par la médecine allopathique et des effets secondaires qu’ils entraînent. Une autre voie est possible et ce sont les plantes médicinales qui montrent le chemin.

Tous les peuples, de toutes les civilisations, ont, d’une manière ou d’une autre, pris conscience de la relation douleur/maladie et ont ainsi développé, à partir des plantes qui les entouraient, une importante pharmacopée destinée à traiter spécifiquement la douleur tout en mettant au point parallèlement des remèdes adaptés à chaque affection. Les laboratoires pharmaceutiques ont fait de même, avec des molécules chimiques. Ces nouveaux traitements n’ont pourtant rien enlevé à la puissance des traitements antalgiques extraits des plantes qui présentent par ailleurs l’avantage de générer peu d’effets secondaires et de ne pas masquer totalement la sensation douloureuse, permettant ainsi au patient de rester conscient de sa souffrance et de mieux la maîtriser. Nous avons extrait de cette pharmacopée mondiale les plantes les plus efficaces, celles qui vous permettront tout à la fois d’agir sur vos douleurs et même de vous apporter une sensation de bien-être, de la tête aux pieds.

Maux de tête

La grande camomille, appelée encore partenelle (Tanacetum parthenium) est utilisée depuis quelques années seulement pour ses vertus antimigraineuses. Elle a déjà fait l’objet d’un article dans la rubrique « Plantes et recherche » du n° 24. Rappelons simplement que cette plante s’utilise sous forme de gélules, quotidiennement, à titre préventif, mais que ses effets peuvent se faire sentir dès le premier jour de la cure. Elle agit sur la fonction hépatique et favorise un effet décontractant et antispasmodique du système circulatoire cérébral. Ses principes actifs agissent aussi en inhibant l’agrégation plaquettaire.

Dans le même registre, la migraine cède devant une application de menthe (Mentha sp.) sous forme d’essence à toute petite dose sur les tempes.

Les névralgies de la tête sont souvent d’origine articulaire (vertèbres, mâchoires…). Si le thérapeute manuel (ostéopathe, chiropracteur, étiopathe, vertèbrologue…) est d’un grand secours dans ce cas-là, le millepertuis (Hypericum perforatum), sous forme d’infusion, sera aussi d’une grande utilité. Ne pas hésiter dans ce cas à boire 3 tasses par jour, à raison d’une cuiller à café de plante laissée infusée 10 minutes environ.

 

Douleurs dentaires

Certains thérapeutes conseillent l’infusion de millepertuis aussi dans les névralgies dentaires. Mais il y a parfois des douleurs de dents dues à des caries ou des agents agressifs comme des bactéries. Si le girofle (Eugenia caryophylla) est connu pour son effet analgésique, mieux vaut avoir dans sa trousse d’urgence de l’huile essentielle de laurier noble (Laurus nobilis) dont les propriétés antalgiques face à une rage de dents seront plus marquées. Le laurier noble s’utilisera aussi avec profit devant des douleurs buccales dues à des infections, des mycoses (dont le fameux muguet). Face à une muqueuse sensible, on associera à l’huile essentielle de laurier une huile végétale alimentaire, par exemple l’olive.

Les dentistes aromathérapeutes, friands des pouvoirs antalgiques et antiseptiques du laurier noble utilisent aussi la menthe poivrée en complément du laurier.

Douleurs articulaires

Si vous recherchez une plante aux vertus antalgiques articulaires, vous serez tenté de prendre quelques gélules de la célèbre griffe du diable (Harpagophytum procumbens). Sans effet secondaire, ni sur la muqueuse de l’estomac, ni sur un quelconque autre endroit du corps, cette plante a connu en trente ans un succès croissant. Est-ce parce qu’elle se pose en concurrente face aux anti-inflammatoires allopathiques qu’elle est sur la liste des plantes susceptibles d’une interdiction de vente en France ?

Espérons que cette perspective sombre ne s’étende pas au Suma (Pfaffia paniculata), dont la racine que l’on récolte en Amazonie est utilisée comme fortifiant général (comme le ginseng) et contre les douleurs articulaires. Cette plante, très recherchée actuellement est aussi utilisée par certains laboratoires cosmétiques. Pour ses vertus antalgiques, on utilisera 2 à 3 gélules de Suma en cure de fond (3 semaines par mois, renouvelables) que l’on prendra de préférence le matin, en raison de ses effets toniques.

Il n’est pourtant pas nécessaire d’aller en Afrique ou en Amazonie pour récolter soi-même trois plantes qui calment les douleurs articulaires. Les feuilles du cassis (Ribes nigrum) et la sommité de la reine-des-prés (Spirea ulmaria) s’utilisent en infusion de 10 minutes, jusqu’à un litre par jour, pour calmer les douleurs rhumatismales. La prêle (Equisetum arvensis) souvent conseillée aussi, agira sur la gestion des oligo-éléments et favorisera une reminéralisation des tissus articulaires, cet effet s’accompagnant d’une baisse des douleurs articulaires. Avec le même principe d’action, la sève de bambou est surtout à conseiller chez une personne souffrant de douleurs dorsales. Ces deux plantes sont riches en silice. Elles s’utilisent avec succès à raison de 2 à 3 gélules par jour en traitement de 2 à 3 semaines par mois.

Douleurs musculaires

On peut parfois se tromper en croyant avoir mal à une articulation alors que la douleur est due à un muscle ou à un tendon. L’huile essentielle de romarin à camphre (Rosmarinus officinalis camphorifera) sera un très bon antalgique musculaire à conseiller aux sportifs qui peuvent en plus bénéficier d’un effet chauffant s’il est utilisé en préventif. Le wintergreen (Gaultheria procumbens), sous forme d’huile essentielle aussi, sera beaucoup plus indiqué devant une tendinite où, on ne le répétera jamais assez, le repos est un facteur de guérison essentiel. La gaulthérie ne fera que raccourcir cette période de convalescence tout en levant la douleur qui y est associée. Dans les deux cas, on pourra utiliser avec profit l’essence de niaouli (Melaleuca quinquenervia) dont les effets calmants renforceront ceux du romarin et du wintergreen. Ces huiles peuvent s’utiliser pures ou associées à une huile végétale pour favoriser le massage.

 

Mal au ventre

Mais face à des maladies redoutables comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, mieux vaut se tourner vers la griffe du chat (Uncaria tomentosa), elle aussi d’origine amazonienne. Son emploi à raison de 2 à 4 gélules réparties dans la journée atténuera ou fera disparaître la douleur du colon par un effet anti-inflammatoire. Son effet calmant se double d’une activité immunitaire salvatrice pour tout ce qui touche la sphère colique. Même si dans le principe on déconseille des cures sur de longues durées, la griffe du chat prise pendant une longue période ne présente pas d’inconvénient.

 

Peau douloureuse

Qui dit massage, dit derme. Or la peau est aussi un organe qui peut devenir douloureux. Que ce soit face à une brûlure légère, une piqûre d’insecte, une mycose, un frottement excessif ou toute autre forme de rougeur, l’huile essentielle de tea tree (Melaleuca alternifolia) sera d’un grand secours. Pure ou diluée avec une huile, l’arbre à thé calmera en un temps record brûlures, démangeaisons et piqûres en tous genres. Un produit à toujours avoir sur soi, en voiture, en voyage, à la campagne, dans sa trousse d’urgence. D’autant que cet arbre d’où l’on extrait l’essence par distillation des feuilles est maintenant cultivé à grande échelle en Nouvelles Galles du Sud en Australie, seule région réellement propice à cet arbre si bénéfique pour tous.

Sur le bassin méditerranéen, on utilise traditionnellement les lavandes officinale (Lavandula angustifolia) et aspic (Lavandula spica) pour les mêmes indications et pour les mêmes cas de figure. Si vous devez associer à ces huiles essentielles une huile grasse pour servir de support, alors n’hésitez pas : choisissez l’huile rouge au millepertuis qui, à elle seule, calmera les douleurs dermatologiques. Cicatrisante et fortifiante, l’huile au millepertuis est utilisée par de nombreux guérisseurs et masseurs dans leur travail quotidien.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes guérisseurs qui préconisent des cataplasmes de feuilles de mauve (Malva sylvestris) pour calmer les inflammations de la peau. Si ces conseils tombent aujourd'hui en désuétude, l’infusion des fleurs de mauve reste bien d’actualité pour calmer les douleurs de la gorge et surtout celles du ventre.

Le pavot officinal, roi des antidouleurs

Cousin du coquelicot, le pavot officinal ou pavot somnifère est célèbre depuis l’Antiquité pour les vertus hypnotiques et analgésiques du latex laiteux obtenu en incisant les capsules vertes de graines avant leur maturité. C’est ce latex séché qui constitue l’opium brut. Les 

Sumériens et les Égyptiens l’utilisaient comme sédatif. 

Narcotique, antispasmodique et analgésique puissant, l’opium est largement cultivé dans le monde pour une utilisation médicale moderne et phytothérapique mais aussi pour la production illicite d’opium et d’héroïne. Ses  principaux dérivés sont la morphine, principalement utilisée dans les phases terminales de certaines maladies et la codéine, analgésique plus léger, prescrite contre les maux de tête et autres douleurs. Drogue dure, le pavot officinal appartient à la législation des stupéfiants. Sa consommation entraîne un état de dépendance sévère.

 

Jambes douloureuses

Revenons-en encore à l’aromathérapie pour des effets calmants face à une gêne circulatoire veineuse. Bien sûr, une douleur, quelle qu’elle soit, doit entraîner le réflexe d’une consultation médicale, mais l’huile essentielle de cyprès associée à un petit peu de menthe atténuera la gêne circulatoire sur des jambes lourdes et la douleur qui y est associée. Le cyprès (Cupressus semperivens) sera à la fois antispasmodique et tonique de la circulation veineuse. La menthe apportera en complément à cette action une sensation de fraîcheur, ces deux effets combinés lèveront alors ponctuellement la gêne circulatoire.

On ne peut pas omettre de citer la feuille de vigne rouge (Vitis vinifera) qui a depuis toujours soulagé chez l’homme les troubles circulatoires. Cultivée depuis la préhistoire, la vigne a suivi l’évolution de notre espèce. Les vrilles, la sève, les fruits verts, les fruits secs, son jus et enfin le marc étaient dans les temps anciens utilisés pour des vertus thérapeutiques spécifiques. Encore une fois, la nature nous offre une abondance de vertus…