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Au Burkina Faso les femmes dans le secret des plantes

Burkina Faso

Elles sont parties tôt le matin pour se rendre à pied au marché aux médicaments de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso. Certaines dans l’espoir d’apaiser la fièvre de leur fils, d’autres pour soigner des douleurs intestinales. Parmi les amoncellements de racines, de rameaux, de feuilles séchées, elles vont choisir avec minutie les plantes qui soulageront leurs maux.

On l’appelle Fla Logo en dioula, la langue des commerçants d’Afrique de l’Ouest. À Bobo-Dioulasso, ancienne capitale coloniale située au sud-ouest du Burkina Faso, le marché aux médicaments s’étire de chaque côté de la rue principale. Nous nous trouvons précisément dans le quartier du Lion, secteur 2, en plein centre-ville, non loin du marché central. De 6 heures du matin à 17 heures, tous les jours, les vendeuses d’herbes y dispensent leurs savoirs, conseillent, lient des petits bouquets de plantes séchées, redressent les tas d’écorces et de rameaux qui, de la même couleur que la terre, se répandent sur la chaussée.

Elles savent tout des plantes qui soignent. Comment utiliser telle racine, quel bouillon soignera une sinusite, comment purifier le foie ou les reins. Elles proposent même des sachets de poudre qui font perdre du poids. Le marché s’agite à l’ombre des caïlcédrats, ou acajous du Sénégal, ces grands arbres qui bordent la rue. « Eux aussi savent soigner », affirme la très jeune Khadi Dia, jolie vendeuse qui a fait de ses plantes un véritable trône. « Le caïlcédrat en poudre apaise les maux de ventre et les hémorroïdes », précise-t- elle avec un sourire carmin. Autre vertu, et non des moindres, son ombre donne l’illusion d’une certaine fraîcheur en éclipsant sur le marché les éclats vibrants du soleil africain.

Transmissions familiales

Khadi Dia a appris le métier grâce à sa grand- mère qui possédait un stand sur le marché. Toute petite, elle l’observait déjà confectionner des sachets de poudre, tisser des couronnes de lianes et charger sur sa tête des bassines remplies de racines pour se rendre à son étal. Elle dit que même enfant, elle comprenait qu’il y avait là quelque chose qui dépassait la vente d’herbes. De l’ordre du soin, mais aussi de la compassion et de la solidarité. Elle dit que la médecine moderne n’arrive pas à soigner toute la population et qu’elle aime ce métier qui contribue à aider les malades.

Fatoumata, la vieille dame, fait partie des pionnières. Elle vend ses herbes sur le marché depuis plus de quarante ans. Avant, quand elle était très jeune, elle...

allait jusqu’en Côte d’Ivoire avec ses plantes pour soigner des gens. Puis elle a eu des enfants, qui se préparent aujourd’hui à la remplacer, toute fatiguée qu’elle est. Comme la plupart des vendeuses, elle ne va plus en brousse récolter ses remèdes, elle les achète aux grossistes qui sillonnent le marché. Elle prend un soin particulier à choisir les gousses tendres, les rameaux suffisamment secs, les lianes qui auront sur les malades les effets les plus bénéfiques. Comme Khadi Dia et les autres vendeuses du marché, Fatoumata a tout appris de sa mère et de sa grand-mère. Si la plupart d’entre elles n’ont pas ou peu fréquenté l’école, elles savent que leur science n’est pas obsolète. Leurs remèdes de grand-mère n’appartiennent pas au passé. Ils s’accordent avec un regain d’intérêt pour la médecine traditionnelle, mais aussi à la réalité de la vie burkinabée : pour quelques dizaines de centimes d’euros, les Burkinabés trouvent là de quoi se soigner. Une médecine tout à fait abordable contrairement aux médicaments allopathiques, beaucoup plus chers et souvent contrefaits. Sur le marché, si les vendeuses d’herbes savent bien que les plantes ne guérissent pas tout – un enfant sur dix meurt en bas âge au Burkina Faso –, elles ont conscience que leur médecine est essentielle pour la santé de la population.

Conseillères plutôt que guérisseuses

Au cœur de la tradition orale, la pharmacopée ancestrale permet de soigner les maladies communes, essentiellement dues au manque d’hygiène et d’eau potable.
Les vendeuses ne sont pas des guérisseuses. On vient leur acheter les meilleures plantes et leur demander les modes d’emploi, qu’elles agrémentent de conseils. Fatoumata explique à une dame comment on utilise l’Euphorbia hirta contre la dysenterie amibienne, un mal assez commun au Burkina. En langue locale appuyée de gestes, elle mime qu’il faut rincer à l’eau propre quatre ou cinq têtes de la plante avant de les croquer et de les avaler avec un verre d’eau, trois jours de suite. À une maman inquiète des poux logés dans la tête de ses enfants, elle détaille les vertus du tabac dont on fait bouillir deux ou trois feuilles dans deux litres d’eau. Il faut ensuite mouiller les cheveux avec la décoction et, au matin, les laver à l’eau et au savon. «N’oubliez pas de recommencer l’opération dans une semaine!» ajoute-t-elle.

Plus loin, Khadi Dia s’active à dénicher les petits flacons de charbon de bois en poudre qui soulagera des problèmes de digestion. Elle déclare à son client qu’une cuillère à café avalée avec un verre d’eau trois fois par jour pendant deux jours le soulagera totalement.

La chaleur est tombée. Il est 17 heures, la nuit ne va pas tarder. Les monticules d’herbes sèches sont enveloppés de bâches bien serrées. Les bassines disparaissent dans les cabanes de bois ou de tôle. Khadi Dia déplie ses longues jupes et, toutes voiles dehors, rentre chez elle.

Voyage en brousse de village en village

L’Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et culturel du Burkina Faso (ASPAC) organise aux alentours de Bobo-Dioulasso des circuits de découverte des plantes, de leurs usages courants (culinaire, domestique) et de la pharmacopée traditionnelle. « S’immerger, échanger et comprendre » est le leitmotiv de l’ASPAC qui permet à de petits groupes de visiter des villages, d’y rencontrer les habitants et de partager leurs activités comme la fabrication du beurre de karité. Le voyage en brousse est guidé par un tradipraticien ou un ethnobotaniste. Au programme : visites de marchés, repérages de plantes alimentaires et médicinales en forêt, et découverte des traditions à travers l’approche de la culture dozo (un peuple de chasseurs habitant la région de Kangala).

Pratique : Circuits de 10 jours pour des groupées de 4 à 8 personnes. Prix entre 305 et 420 € par personne en pension complète. Transport en 4x4 ou minibus depuis l’aéroport de Ouagadougou. Hébergement àl’hôtel ou chez l’habitant. 

Contact:info@aspac-burkina.com

Des remèdes jalousement gardés

Les Burkinabés, comme les autres habitants des régions subsahariennes, souffrent essentiellement de maladies parasitaires, infectieuses et nutritionnelles qu’ils soignent la plupart du temps avec des plantes locales. La gomme du Combretum glutinosum sert à obturer les caries, tandis que ses feuilles séchées sont utilisées comme pansements sur les blessures. Quant aux jeunes pousses et aux racines, elles auraient des vertus aphrodisiaques. Selon la légende, Dieu aurait créé la Guiera senegalensis le dimanche. Cela expliquerait pourquoi les Peuls font du geloki l’aînée de toutes les autres plantes, réputée entre autres pour ses vertus antitussives. Les dosages précis, les recettes et l’association des plantes restent aujourd’hui encore des secrets jalousement gardés. Les dépositaires de ce savoir ne le transmettent qu’à la personne de leur choix, uniquement de façon orale. D’où le respect que vouent les Burkinabés à leurs médecins traditionnels et vendeuses d’herbes, détenteurs de connaissances ancestrales. 

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