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Maladies de l’ombre, des traitements à explorer(2/3)

Ni rares, ni orphelines, mais néanmoins répandues, plusieurs maladies laissent l’allopathie, et surtout les patients désemparés. Maladie de Lyme, fibromyalgie, rectocolite hémorragique ou Crohn… Autant de pathologies à la symptomatologie et au diagnostic complexes. Pourtant, de nombreuses pistes naturelles se dessinent pour apporter des réponses en complément ou en lieu et place des traitements allopathiques. Reste à se faire entendre distinctement par les autorités compétentes.

Le Salai Guggul

Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, le soutien de la tradition

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, communément appelées MICI, touchent environ une personne sur mille en France, surtout les adultes entre 20 et 30 ans, bien qu’elles puissent débuter à tout âge.

Elles regroupent principalement deux pathologies : la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (RCH). Elles ont en commun une inflammation de la paroi d’une partie du système digestif avec des risques de complications graves (fistules, rétrécissements, abcès). Alors que la RCH n’affecte que le rectum et le côlon, la maladie de Crohn peut toucher tout le système digestif. Toutes deux évoluent par poussées entrecoupées de périodes de rémission. Dans les deux cas, les symptômes digestifs sont au premier plan : douleurs abdominales et diarrhées, parfois accompagnées de glaires et de sang, associées à une altération de l’état général (fatigue, perte de poids).

À noter que les atteintes extradigestives ne sont pas rares : ostéo-articulaires avec des arthrites, oculaires avec des uvéites, cutanées avec l’apparition d’un érythème noueux ou d’une aphtose buccale. Le diagnostic n’est pas toujours facile et peut mener à une errance des patients, source de retard dans la prise en charge et d’angoisse. On le pose devant une symptomatologie évocatrice associée à des résultats d’examens comme des analyses de sang et des biopsies du tube digestif faites lors d’endoscopies digestives. Ceci permet d’éliminer d’autres causes comme une atteinte infectieuse, une maladie systémique (maladie de Behçet, lupus) ou une atteinte médicamenteuse (colite aux anti-inflammatoires non stéroïdiens). Parfois, déceler une MICI ne permet pas de trancher entre la maladie de Crohn et une RCH : on parle alors de colite inflammatoire indéterminée. Malgré ces difficultés, les médecins gastro-entérologues y sont de plus en plus sensibilisés du fait de la fréquence de ces maladies.

Les causes exactes des MICI restent encore inconnues. On sait que les lésions sont dues à une hyperactivité du système immunitaire du tube digestif, mais les raisons n’en sont que supposées. Actuellement, les scientifiques évoquent sans pouvoir le confirmer des facteurs environnementaux (pollution, exposition aux métaux lourds, infection dans l’enfance) agissant sur un terrain génétique prédisposant avec un rôle potentiel de la flore digestive. Actuellement, la prise en charge repose sur des médicaments anti-inflammatoires intestinaux, des corticoïdes, voire des médicaments immunomodulateurs, afin de contrôler les poussées inflammatoires et de maintenir la période de rémission de façon durable. Les facteurs déclenchant les poussées ne sont pas non plus clairement identifiés, mais il semble que la fatigue, le stress et tout ce qui génère une inflammation dans l’organisme (infection intercurrente, intervention chirurgicale) puissent jouer un rôle. Dans ce contexte où la médecine allopathique n’a pas toutes les réponses et où les patients sont en souffrance, la phytothérapie peut être un soutien solide dans le vécu de la maladie

L’inflammation est donc au coeur des MICI. Pour lutter contre et rééquilibrer le terrain, tournons-nous vers un des secrets de la médecine traditionnelle ayurvédique, le Salai Guggul, ou Boswellia serrata. Originaire des régions montagneuses d’Inde, la résine de Boswellia est utilisée depuis des millénaires lors de cérémonies religieuses, mais aussi en médecine traditionnelle contre les inflammations du système articulaire, respiratoire et intestinal. Ses atouts : une activité anti-inflammatoire puissante sur la sphère intestinale sans les effets secondaires fréquents des médicaments, comme les dérivés aminosalicylés (Mésalazine). Ceci confère au Boswellia une balance bénéfice-risque favorable, comme le souligne une étude allemande publiée en 2001 sur des patients souffrant d’une maladie de Crohn. Son action anti-inflammatoire repose sur la présence de terpénoïdes dont les acides boswelliques, qui agissent sur une enzyme, la 5-lipoxygénase, et inhibent la formation de leucotriènes hautement inflammatoires à partir de l’acide arachidonique. Le Boswellia serrata se présente sous forme de gélules ou de capsules : il est recommandé de prendre 300 à 400 mg d’extrait de résine trois fois par jour.

Autre plante intéressante aux vertus anti-inflammatoires, la camomille allemande (Matricaria recutita). L’ESCOP (European Scientific Cooperative On Phytotherapy) en reconnaît l’usage dans les cas d’inflammation du tube digestif. Elle contient des terpénoïdes et des flavonoïdes, dont l’apigénine aux propriétés sédatives, anti-inflammatoires et antispasmodiques. Les fleurs de camomille allemande contiennent des mucilages : ce sont des polysaccharides aux vertus émollientes qui apaisent les muqueuses digestives irritées. On utilise les sommités fleuries séchées en infusion (3 tasses par jour, 4 g pour 20 cl d’eau, laisser infuser 10 minutes) ou en extrait sec sous forme de gélules. L’infusion permet en plus de bien s’hydrater, point important notamment après des épisodes de diarrhées.

Si l’infusion ne vous dit rien, vous pouvez opter pour son huile essentielle à la belle couleur bleue : puissant remède anti-inflammatoire et antispasmodique, elle soulage efficacement les douleurs et les spasmes abdominaux en application locale (5 % d’huile essentielle dans une huile végétale). Masser son ventre par de longs effleurages doux peut avoir un effet antalgique, sédatif et apaisant. Pour renforcer son action mécanique, combinez-la à d’autres huiles essentielles anti-inflammatoires, antalgiques et antispasmodiques : l’eucalyptus citronné (Eucalyptus citriodora) module la réponse immunitaire face à l’inflammation intestinale, tandis que l’HE de basilic tropical (Ocimum basilicum var. basilicum) est un puissant antispasmodique efficace en cas de crampes et spasmes intestinaux. Toutefois, sa richesse en méthyl-chavicol (plus de 70 %) peut rendre sa tolérance cutanée médiocre. Si c’est le cas, réservez-en l’usage à la cuisine (1 à 2 gouttes dans vos plats), ou préférez le basilic doux à linalol (Ocimum basilicum CT linalol) pour les massages.

Car c’est un principe récurrent en médecine douce : combiner les approches permet souvent aux patients d’endormir la maladie et de retrouver une vie normale.

Eaux florales pour tous

Bien que moins puissant que l’huile essentielle, l’hydrolat conserve les propriétés de la plante et peut être utilisé par tous sans restriction.
• Le ciste ladanifère, cicatrisant et réparateur, est l’hydrolat de base dans les MICI.
• La camomille romaine est calmante, antispasmodique, anti-inflammatoire et astringente, utile en cas d’épisode diarrhéique.
• La verveine citronnée est un bon remède contre les muqueuses enflammées grâce à ses propriétés antiinflammatoires et apaisantes. Pensez à ajouter la lavande si les douleurs sont intenses : c’est un excellent antalgique.
• La fleur d’oranger assurera l’apaisement en luttant contre l’anxiété et le stress.

À faire
Ajoutez une cuillère à soupe de chaque hydrolat choisi dans votre bouteille d’un litre d’eau, à boire tout au long de la journée.

La vigne du tonnerre divin

Empruntées à la pharmacopée de la médecine traditionnelle chinoise, les racines du Lei gong teng, ou vigne du tonnerre divin (Tripterygium wilfordii), sont utilisées depuis longtemps pour soulager les douleurs de l’arthrite grâce à des propriétés antiinflammatoires. Les résultats dans la polyarthrite rhumatoïde sont encourageants, bien que sa toxicité en réserve l’usage à des thérapeutes avertis. Des chercheurs ont testé l’efficacité de Tripterygium wilfordii dans la prévention des poussées de MICI après une intervention chirurgicale, un facteur pro-inflammatoire propice à l’apparition de poussées. Le Tripterygium wilfordii s’est montré supérieur au placebo et équivalent à l’Azathioprine, un immunosuppresseur, dans la prévention des récurrences cliniques. Une piste à suivre, donc, dans la prévention des poussées lors de toute situation pro-inflammatoire comme une infection hivernale.

L’aide d’une fée

L’absinthe (Artemisia absinthium) a, selon une étude publiée dans la revue Phytomedicine, des effets bénéfiques dans la maladie de Crohn : prise sous forme de poudre de plante sèche, en association avec le traitement médical, elle ferait baisser le taux d’une cytokine pro-inflammatoire qui joue un  rôle majeur dans la maladie. On a aussi observé un score clinique d’activité de la maladie plus faible. L’absinthe semble par ailleurs avoir amélioré l’humeur des patients. Attention à ne pas en abuser, car elle contient deux molécules toxiques à forte dose. À faire 2 g de plante pour 150 ml d’eau. Boire 2 tasses par jour pendant 4 à 5 jours.

Cures et séjours « vitalité »

• Apsamed, l’Association de prévention pour la santé par les médecines douces, organise des séjours « vitalité » destinés aux malades de Lyme (mais aussi fibromylagies, sclérose en plaques…) Deux ateliers (sophrologie, réflexologie…) sont proposés chaque jour. www.apsamed.org
• Plusieurs lieux de cures thermales proposent des séjours dédiés aux patients atteints de fibromyalgie, comme les thermes de Lamalou-les-Bains (Hérault) ou ceux d’Allevard (Isère). www.chainethermale.fr/lamalou-les-bains.html et www.thermesallevard.com

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