Plantes et Santé Plantes et santé : le site de la phytothérapie

Herba oeconomica

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Les plantes sont là pour nous guérir », « La nature appartient à tout le monde » : quelles sont les implications morales de ces assertions communément formulées par des usagers de la phytothérapie ?

La Nature, qui y est également désignée par l’expression « notre mère à tous », serait une entité intrinsèquement bienveillante. Elle aurait pour vocation et intention de protéger, de nourrir et de soigner l’humain, enfant chéri autant que terrible. Cette perspective naturaliste, héritée d’Aristote, entérinée par le judéo-christianisme, domine notre monde globalisé qui postule que l’être humain est au-dessus des autres règnes et que nature et culture sont séparées. L’homme peut donc librement profiter de ce que « la Création » met à sa disposition, et au mieux, s’il se préoccupe de durabilité, se soucier d’en être un gestionnaire avisé. La plante est donc réduite à sa plus stricte matérialité. Lorsqu’elle est médicinale, ne parle-t-on d’ailleurs pas de matière médicale ? La voilà livrée aux lois du marché comme à celle des laboratoires de pharmacologie.

Le marché va manipuler ce « service écosystémique » végétal de façon à optimiser les bénéfices : culture intensive, modification des pratiques de cueillette, industrialisation des pratiques de transformation et bien sûr, dans une société globalisée de l’information, des stratégies marketing. Au mieux, on considérera ces « services » comme relevant du bien commun. Au pire, comme une propriété privée posant avec acuité à l’aube de la COP21 cette interrogation fondamentale : la nature est-elle une marchandise ? C’est-à-dire régulable par les lois de la compensation (marché du carbone, droits à polluer…) mais aussi de la propriété intellectuelle des savoirs, des ressources génétiques… Et quand on la livre aux laboratoires, la voici découpée en liste de composés biochimiques nourrissant eux-mêmes des « banques » de molécules à l’aune desquelles les labos dégagent des bénéfices. Ces mêmes listes sont avancées par nombre d’acteurs de la phytothérapie pour légitimer des usages qui manquent pourtant singulièrement de confirmation clinique quant à leur efficacité.

Comme si administrer une ou plusieurs molécules à quelques cellules résumait l’interaction entre une plante et un être humain. Les premières (les molécules) sont ainsi manipulées, transformées, découpées en une version dénaturalisée de la plante. On ôte aux secondes (les cellules) toute psychologie, émotion ou vie sociale en une version acculturée de l’humain. Les deux jouent une rencontre improbable mais emblématique du réductionnisme biologique qui, malheureusement, domine la réflexion sur l’efficacité de la phytothérapie et au-delà, sur les médecines traditionnelles, alternatives et complémentaires. Il est urgent de changer de paradigme, de repenser la césure Nature-Culture et l’anthropocentrisme qui en résulte. Et de tempérer une médecine apollinienne centrée sur le quantitatif et le matérialisme par une médecine dionysiaque du qualitatif, du systémique et du relationnel.

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