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Cet été, frottez-vous à la biodiversité

La biodiversité

En France comme dans le monde, la biodiversité est en danger, avec des conséquences majeures pour les équilibres naturels. Cet été profitez des nombreuses initiatives locales pour l’observer de plus près et, à votre échelle, tenter de la préserver.

Cafés botaniques, jeu de piste, pique-nique à base de plantes sauvages jusqu’à la journée mondiale qui lui est dédiée (le 22 mai dernier)... il y a de nombreuses façons d’évoquer la biodiversité. L’idée : sensibiliser le grand public à cet enjeu devenu crucial pour les générations futures, mais dont les implications restent encore parfois abstraites ou incomprises pour tout un chacun. En réalité, la diversité végétale et animale est un baromètre utile pour évaluer l’état des écosystèmes qui nous entourent : combien de plantes, de rongeurs, d’oiseaux, de pollinisateurs, de poissons sont- ils par exemple présents dans votre jardin ou votre ruisseau ? Quelles espèces végétales voit-on peu à peu disparaître ou au contraire proliférer ? Trouver des réponses à ces questions permet de comprendre les équilibres subtils qui règnent dans la nature et les conséquences que les activités humaines ont pu avoir sur eux.

Enjeux multiples

Un nombre important de facteur contribue aujourd’hui à la modification de nos écosystèmes: agriculture intensive, changement climatique, pollutions en tout genre, mortalité des abeilles, mondialisation des échanges et arrivée d’espèces exotiques invasives, tourisme de masse, croissance démographique, urbanisation croissante... Autant de phénomènes qui contribuent à l’érosion progressive de notre biodiversité. « Je caricature volontairement mais on pourrait dire que, du fait de l’agriculture intensive, dans des grandes régions agricoles comme la Beauce, la biodiversité s’est aujourd’hui réduite à deux: l’agriculteur et la céréale qu’il cultive», résume en plaisantant Pierre Baudouin, responsable du Réseau éducation et sensibilisation à l’environnement et à la nature (RESEN).

Consciente de ces enjeux, la France s’est dotée en 2011 d’une nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) et les pouvoirs publics ont récemment créé l’Agence de la bio-diversité qui aura pour vocation de réunir et de mettre en dialogue les nombreux acteurs en lien avec cette question. L’enjeu est de taille: la biodiversité a non seulement une valeur par elle-même, car elle constitue un irremplaçable patrimoine (naturel, animal, végétal, génétique) à transmettre à nos enfants, mais elle est également productrice de valeur économique et pourvoyeuse de ressources.

Sauvegarder les récifs coralliens, par exemple, c’est à la fois encourager une formidable diversité de formes de vie, protéger les côtes des vagues et des possibles inondations, fournir un moteur de développement pour l’économie locale (pêche, tourisme) tout en préservant un formidable réservoir de molécules et de ressources génétiques pour le futur, notamment pour la santé. Les liens entre biodiversité et santé sont, de fait, nombreux. Beaucoup de médicaments trouvent leur origine dans des principes actifs identifiés et isolés en partant de plantes. Mais la relation entre biodiversité et santé est en réalité multidirectionnelle : « La biodiversité est d’une part un...

indicateur de la qualité des milieux. En termes de pollutions environnementales, nous sommes souvent alertés par leurs conséquences sur la biodiversité. Les modifications hormonales des poissons de rivière, par exemple, nous ont alertés sur les niveaux inquiétant de résidus médicamenteux rejetés dans l’eau. D’autre part, la biodiversité est un début de réponse : les nombreuses initiatives sur la nature en ville ont par exemple un effet sur la qualité de l’air et le bien-être de la population », explique Sophie Fleckenstein, chargée de mission santé chez France Nature Environnement.

Attractivité des territoires

Mais cette biodiversité, au fond, la connaissons-nous vraiment ? Saviez-vous que la France est le lieu de vie de quelque 9859 espèces endémiques, c’est-à-dire ne vivant que dans notre pays ? Heureusement, des initiatives de plus en plus nombreuses permettent de mieux l’appréhender. Les balades dans la nature, en compagnie de spécialistes de la flore ou de la faune, se multiplient. Les différents parcs nationaux ou le réseau des Parcs naturels régionaux de France développent des actions éducatives et de sensibilisation – qui ont en outre le mérite d’être souvent gratuites. Et les 80 Centres permanents d’initiative pour l’environnement (CPIE) peuvent notamment vous aider à trouver des activités près de chez vous. Mais d’autres opérateurs moins spécialisés s’y mettent aussi: les offices du tourisme, pour peu que le cadre s’y prête, incluent maintenant dans leurs propositions touristiques des circuits nature. Certaines régions font même de l’écotourisme et de la biodiversité un argument central de leur attractivité, conscientes que flores et faunes locales emblématiques font bel et bien partie d’un patrimoine à valoriser. Accompagnés de naturalistes, des curieux de plus en plus nombreux sillonnent ainsi les gorges du Verdon pour apercevoir le vautour réintroduit depuis peu, ou arpentent le massif des Maures pour découvrir ses nombreuses orchidées rares. Pierre Baudouin est persuadé que la prise de conscience vient par l’expérience et les sens: «Quand on montre un arbre ou qu’on donne à voir aux gens l’énorme diversité végétale et animale dans quelques mètres carrés de prairie fleurie ou de forêt, les gens s’émerveillent. C’est par l’émerveillement qu’ils arrivent à la conclusion que c’est un enjeu important.»

L’émerveillement, c’est bien, mais c’est encore mieux si cette prise de conscience peut nous conduire à un engagement dans une action concrète. En effet, même à l’échelle du citoyen, il existe des opportunités de devenir un allié de la biodiversité. Il y a ainsi les projets de sciences participatives en plein essor. Si certaines tâches nécessitent des compétences techniques, d’autres ne demandent qu’un peu de curiosité et de bonne volonté. C’est le cas par exemple de deux programmes lancés par l’association Noé Conservation en partenariat avec le Muséum d’histoire naturelle. L’Observatoire de la biodiversité des forêts, et l’Observatoire de la biodiversité des jardins vous proposent différentes missions d’inventaire tout au long de l’année, à l’instar de l’« opération escargot » ou l’« observatoire des papillons» qui existe depuis 2006.

L’association fournit des fiches d’identification aux amateurs, qui comptent les différentes espèces rencontrées dans la journée et envoient leurs observations au muséum qui lui s’occupera de l’analyse des résultats. « Suite à cela, un grand nombre de jardiniers nous ont contactés pour savoir ce qu’ils pouvaient faire au quotidien pour favoriser la biodiversité. De là est né notre projet Les Jardins de Noé », nous explique la chargée du programme Charlotte Seibert au sein de l’association. Le jardin est aussi un formidable terrain d’expérimentation de la biodiversité.

La loi Labbé votée en février dernier interdit l’utilisation de produits phytosanitaires par les particuliers à partir de 2022. Alors n’attendez pas cette date pour agir et soyez en convaincus : toutes les initiatives et actions pour l’environnement, aussi petites soient-elles, sont aujourd’hui bonnes à prendre !

État des lieux

Moins d’un quart des 132 milieux naturels français considérés comme  « remarquables » sont  aujourd’hui en bon état de  conservation.
L’équivalent en surface de  93 000 stades de football  devient constructible chaque  année et 7,9 % des prairies de  nos campagnes ont disparu entre 2000 et 2010.
21 % des espèces sont  considérées comme  menacées ou en danger  critique d’extinction en France  métropolitaine.

Source : Observatoire national  de la biodiversité.

 Les Jardins de Noé : la biodiversité de proximité

L’association Les Jardins de Noé vous propose d’adhérer gratuitement  à son réseau qui compte à ce jour quelque 3 406 jardins en France, soit 1 200 hectares de terrain dévolu à la préservation de la  biodiversité. Que vous ayez un petit lopin de terre ou un grand domaine, rendez cet espace plus accueillant aux abeilles, hérissons,  hirondelles, libellules, grenouilles et aux mille et une plantes sauvages en déclin en adoptant au moins trois des dix gestes simples  listés dans la charte de l’association. Une fois inscrit, vous recevrez  un kit de bienvenue et pourrez échanger astuces, conseils et photos  avec d’autres jardiniers du réseau. L’ambition à terme est de créer  une grande trame verte sur l’ensemble du territoire, notamment  dans les milieux agricoles et les zones urbaines ou périurbaines, là  où les jardins sont bien souvent aujourd’hui les derniers refuges de la  biodiversité. Les jardins particuliers couvrent aujourd’hui en France  plus d’un million d’hectares, soit plus de quatre fois la superficie de  toutes les réserves naturelles... il s’agit là d’un gigantesque espace  potentiel pour la préservation de la biodiversité : investissons-le !  
 

www.jardinsdenoe.org

Devenez écovolontaire

Créée par la Fondation Nicolas Hulot, « J’agis pour  la nature » est une plateforme internet consacrée  au volontariat écologique qui met en relation des volontaires et des associations de protection de la nature. Le site vous indiquera ce que vous pouvez faire en fonction de votre temps disponible, de l’endroit où vous vous trouvez en France et du type d’activité qui a votre  faveur. Que vous souhaitiez participer à la création d’un arboretum pédagogique dans le massif de la Chartreuse, à l’inventaire de la faune de la forêt de Retz ou aux nombreuses initiatives de la Ligue de protection des oiseaux ; que vous souhaitiez travailler au Centre de réhabilitation des tortues marines de La Grande-Motte ou au verger et jardin méditerranéen du Conservatoire des Restanques, chantier nature, sciences  participatives, écovolontariat d’urgence, opérations ponctuelles de sensibilisation...  toutes les possibilités vous sont proposées ici.  

www.jagispourlanature.org 

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