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Les herboristes
au temps du certificat

  • Certificat d'herboriste délivré en 1804
  • Publicité pour Mme Claverie, herboriste
  • Lithographie de 1828
  • Illustration de 1945 sur l'herboriste

Entre 1803 et 1941 a existé un certificat validant la profession d’herboriste. Qui étaient les certifiés ? Quelles missions assumaient-ils, et quelle était leur place dans la société ? Alors qu’en 2018, sous l’impulsion du sénateur Joël Labbé, une mission d’information réfléchit à un statut pour la profession, cette plongée dans le passé questionne la singularité du métier.

Au XIXe siècle, le certificat permit l’émergence d’une certaine forme du métier d’herboriste. Celui-ci s’est développé en répondant à des enjeux spécifiques de l’époque : proposer un accès à la santé bon marché pour les plus pauvres, offrir des alternatives porteuses d’espoir au modèle thérapeutique classique, apporter les plantes médicinales des campagnes dans des villes sans cesse alimentées par l’exode rural, offrir un débouché économique et socialement acceptable à des femmes d’origine modeste. Au final, un métier reflétant une situation sociale complexe.

À l’origine du certificat : Napoléon

Après la révolution, à la suite de l’abolition des corporations, tout un chacun pouvait se proclamer professionnel de santé après le paiement d’une patente. La situation devenant dangereuse, Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, décida de reconstruire le système de santé. La loi du 11 avril 1803 organise la profession pharmaceutique et reconnaît l’existence des herboristes à travers un certificat, délivré dans les écoles supérieures de pharmacie et les facultés mixtes de pharmacie et de médecine à la suite. L’examen est basé sur la reconnaissance d’une centaine de plantes fraîches et sèches, accompagnée de questions variables de botanique.

Deux classes sont créées : la première permet d’exercer sur l’ensemble du territoire français, la seconde limite l’activité de l’herboriste au département dans lequel il a été reçu. Les postulants à la première classe doivent posséder le certificat d’études primaires, mais il n’est pas demandé de condition préalable aux candidats à la deuxième classe.

La loi napoléonienne notifie les modalités d’accès au métier, mais reste floue sur les limites des droits et des devoirs des herboristes. En particulier, elle n’indique pas à partir de quel moment la plante devient « médicament », un territoire réservé aux pharmaciens. L’herboriste a-t-il le droit de mélanger ses plantes ? Quelles formes galéniques lui sont autorisées ? Ces imprécisions juridiques questionnent directement le statut de l’herboriste dans la société : faut-il le considérer comme une sorte de « sous-pharmacien » ou comme un débitant spécialisé dans les plantes ?

Le « médecin du pauvre » est une femme

Si ce manque d’encadrement alimente les arguments en faveur de la suppression du certificat, les herboristes l’utilisent pour construire un métier à leur image. Et le succès est indéniable. L’École supérieure de pharmacie de Paris fait ainsi passer jusqu’à 245 examens en une même année. En 1916, le ministère de l’Intérieur comptabilise 1 220 herboristes en exercice sur le territoire français.

D’origine sociale souvent modeste, issus de familles de petits commerçants, d’artisans ou d’ouvriers qualifiés, les herboristes sont des femmes en grande majorité. En 1935, elles représentent 87,6 % des candidats au...

certificat à Paris. Et, l’herboristerie relevait bien souvent d’un monde de femmes, pratiquée par des femmes pour des femmes.

Petites annonces et publicités anciennes montrent également qu’au XIXe siècle, nombre d’herboristes étaient aussi sages-femmes. L’association des deux métiers permettait d’augmenter ses revenus. Une postulante au certificat écrivait, en 1890 : «Je suis seule et n’ai que mon état de sage-femme pour vivre et élever une chère mignonne de trois ans. Et cet état est devenu bien peu lucratif, surtout pour une débutante, c’est pourquoi j’ai songé à y adjoindre l’herboristerie.»

Les plantes des femmes

Cette association récurrente des deux métiers a pu avoir une incidence négative sur l’image des herboristes, alimentant les rumeurs d’avortements. Mais elle a également participé à la construction d’un savoir particulièrement riche sur les « plantes des femmes » : se sont ainsi développés les connaissances et les usages de l’armoise, de la sauge ou encore du houblon accompagnant la femme dans toutes les étapes de sa vie, des premières règles jusqu’à la ménopause en passant par l’accouchement et l’allaitement.

Ce « métier de femme », socialement peu valorisé, est en effet compatible avec les devoirs d’une mère, et la boutique est également un lieu de vie qui accueille aussi les enfants. Les herboristes s’installent plutôt dans les villes. Dans les campagnes, l’existence des cueillettes rend la vente des plantes moins indispensable. Les boutiques fleurissent dans les quartiers les plus populaires, comme le celui du Marais, à Paris.

Sur les étagères s’étalent des plantes en l’état, des préparations (baumes, vins, mélanges), mais également divers objets paramédicaux ou du quotidien : de l’épicerie, des eaux minérales, des lunettes, du fil à coudre, des canules… La clientèle est composée de personnes aux revenus trop modestes pour avoir recours au médecin, mais aussi de malades aux origines sociales plus élevées, que la médecine classique n’arrive pas à guérir. Ainsi, les herboristes sont l’objet de représentations sociales ambivalentes.

L’herboriste : un étrange personnage

Ces acteurs sont décrits comme d’étranges personnages, et des faits-divers macabres les dépeignent en avorteurs et en empoisonneurs. En 1886, une vieille herboriste aurait découpé une femme morte à la suite d’un avortement raté, et se serait ensuite débarrassée du corps en déposant des morceaux dans différents endroits de Paris…

On dit également les herboristes capables de soigner des maladies que la médecine est incapable de guérir. Un article du Gil-Blas du 15 août 1882 rapporte qu’un médecin réputé, condamné par une maladie incurable, serait ainsi allé consulter un herboriste, « une sorte de sorcier ». Le fait est que la loi n’impose aucun cursus spécifique aux postulants au certificat.

Ces derniers se formant par leurs propres moyens (lecture d’ouvrages, cours privés, transmission orale), leur savoir est de type non universitaire, difficile à cerner et pas toujours aligné sur la médecine conventionnelle. Cette particularité enveloppe les herboristes d’un voile de mystère. La présence massive de femmes a peut-être également joué un rôle dans cette image équivoque, évoquant celle de la sorcière. Une particularité va nourrir en partie les critiques à leur encontre.

Herboristes contre pharmaciens ?

La présence des herboristes était critiquée par de nombreux pharmaciens et médecins. Leur empiètement sur le monopole pharmaceutique et médical était supposé dangereux pour la santé publique. C’est d’ailleurs l’Association générale des pharmaciens de France qui soutint, en 1879, la première proposition de loi visant à supprimer le certificat. Cependant, derrière ces discours, les relations quotidiennes entre les herboristes et les pharmaciens étaient plus nuancées.

Ainsi, certaines femmes de pharmaciens se sont tournées vers l’herboristerie, métier dont l’accès était moins coûteux et non tributaire de longues études. Ce métier leur permettait alors de reprendre une activité proche de celle de leur mari lorsque ce dernier n’était plus en mesure de tenir une officine.

En 1888, une certaine Constance Marie Rébillon écrivait à l’École supérieure de pharmacie de Paris : « Je suis la femme d’un pharmacien […]. Mon mari, trop âgé (71 ans), trop infirme surtout, ne peut songer à créer de nouveau une pharmacie ; cependant, il faut vivre et nous avons une jeune fille de quinze ans à élever. […] Je ne vois pas d’autres moyens que celui d’établir quelque part une herboristerie pour moi. »

Il existait également des herboristes qui, ayant acquis une aisance financière relative, ont financé des études de pharmacie à leurs fils, dans l’espoir d’une ascension sociale. C’est le cas, par exemple, de Louis Gazon, un herboriste réputé installé dans le quartier des Ternes, à Paris, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Pour finir, des préparateurs en pharmacie choisissaient de devenir herboristes afin de passer d’une situation d’employé à celle de patron. Il est difficile d’évaluer l’importance de ces passages d’un monde à l’autre, car ils n’apparaissent qu’à travers l’étude de parcours individuels. Mais leur présence même nous amène à relativiser les discours d’opposition entre les pharmaciens et les herboristes.

La boutique des odeurs

Aujourd’hui comme hier, l’odeur des plantes marque le visiteur à la porte d’une herboristerie. Au XIXe siècle, à Paris, les herboristes suspendaient leurs plantes par bouquets sur des fils, qu’ils accrochaient devant leurs boutiques. Cette technique visait à éviter que les plantes ne moisissent dans les caves, très humides. Mais elle servait également à indiquer la présence d’une herboristerie aux passants.

Certaines rues, comme celles du Faubourg-du-Temple, Mouffetard ou encore des Lombards, étaient ainsi emplies de ces guirlandes odorantes et festives. Un journaliste du Figaro décrit, en 1881, une allée où « à tous les dix pas, une boutique d’herboriste, enfouie sous les pavots enguirlandés, les mauves foisonnantes : dix, vingt, cinquante, elles s’échelonnent tout du long, offrant à l’air qui passe leurs fades odeurs. » La boutique de l’herboriste était un spectacle en elle-même.

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