Plantes et Santé Plantes & santé : le site de la phytothérapie

Ne laissons pas tomber les vieux arbres

Platanes Gien - Crédit : Pascale Romanin

Que ce soit en ville ou à la campagne, de nombreux projets d'aménagements prévoient l'abattage d'arbres, qu'ils soient plus ou moins vieux. Pour les défendre, des collectifs montent au créneau. Mais avec quels arguments ? Le film ouvre la voie à une réflexion plus large sur le sujet. Les arbres remarquables, un patrimoine à protéger

Une relation très particulière existe entre l’homme et l’arbre. Et pour cause : de tous les êtres vivants qui nous entourent, seul ce dernier a une espérance de vie supérieure à la nôtre. Aujourd’hui toutefois, de nombreux projets d’aménagement n’ont que faire de ces rois de la nature, quand bien même ils ont traversé les décennies, voire les siècles. À l’heure où l’on parle de végétaliser les villes, en particulier pour lutter contre le réchauffement climatique, bon nombre d’élus locaux prennent la décision de supprimer des arbres sans état d’âme, suscitant colère et incompréhension de riverains et de personnes sensibilisées.

Soutenus par des personnalités comme le botaniste, biologiste et dendrologue Francis Hallé, le jardinier en chef du château de Versailles Alain Baraton et des associations comme France Nature Environnement, des collectifs s’élèvent contre l’abattage. Pour calmer les esprits, des élus promettent parfois de planter de jeunes arbres en échange des anciens. Mais selon Francis Hallé, « premièrement, les vieux spécimens ne coûtent rien à personne et ne demandent aucun entretien contrairement aux jeunes (nécessité de les arroser, de les protéger). Par ailleurs, sur le plan écologique, un vieil arbre est beaucoup plus efficace en matière d’échange avec l’atmosphère. »

Pour justifier leur décision, les édiles s’appuient également sur des rapports phytosanitaires pointant la dangerosité de végétaux trop âgés ou malades. « Il y a cependant beaucoup d’abus, avance Francis Hallé. Et puis, quelle que soit la maladie, il n’existe pas d’épidémie tuant 100 % des arbres. Il va forcément rester des résistants. Nous devrions au contraire les préserver et les étudier pour combattre le problème. » Ces arguments plus ou moins techniques des mairies témoignent aussi d’un manque de savoir et de considération pour ce qu’apportent ces représentants du vivant. Hervé Le Bouler, pilote du réseau Forêt de France Nature Environnement, l’assure : « Quand on coupe un arbre ancien, c’est la mémoire d’un lieu et d’un peuple qui disparaît. Il faut donc y réfléchir à deux fois avant de le faire. » Et de suggérer : « Écrivez des livres qui racontent l’histoire des arbres de votre secteur et collectez toutes les anecdotes qui peuvent lui être associées, prenez-les en photo, etc. »

Comment réagir à une décision locale d’abattage ? Se référer d’abord à la loi : quelques textes prévoient de protéger les arbres (en cas d’alignement, dans les zones humides…). Parfois, c’est une pétition qui enclenchera des négociations, comme en Corrèze. Dans tous les cas, « il faut être très déterminé, car le bras de fer n’est pas facile à vivre », commente Pascale Amadou Romanin, du collectif de Gien. De fait, les arbres sont peu pris en compte, et plusieurs voix s’élèvent pour y remédier. « Il faudrait une réelle législation à ce sujet. Par exemple, la Constitution fédérale suisse interdit de faire n’importe quoi avec...

des êtres vivants, même s’il s’agit de plantes. S’en inspirer ici serait une preuve de progrès écologique, mais aussi de civilisation », estime Francis Hallé.

De son côté, Hervé Le Bouler plaide pour un statut similaire à celui des Monuments historiques. L’association Arbres, qui sensibilise sur le sujet depuis des années, a rédigé une Déclaration des droits de l’arbre, présentée le 5 avril à l’Assemblée nationale, en même temps que le film Les arbres remarquables, un patrimoine à protéger. Pour Georges Feterman, président de l’association et co-auteur du film, « L’heure est venue d’ouvrir un débat plus large. On doit changer notre façon de voir les choses. Penser aux arbres comme à des êtres vivants, et non juste du mobilier urbain. »

Les platanes de Gien

Pas particulièrement imposants, mais formant de leurs branches un beau rideau en bord de Loire, les platanes de Gien sont l’un des emblèmes de la ville. Depuis peu, cet alignement constitue le premier exemple de jurisprudence ayant abouti à la suspension d’un abattage décidé par une municipalité.

Retour en arrière : en mai 2016, le maire présente un projet d’aménagement pour un hypercentre piétonnier tourné vers le fleuve. « À la fin de l’été 2017, nous apprenons qu’il inclut la destruction des platanes, soit une centaine. Inenvisageable pour de nombreux Giennois ! », explique la coordinatrice du collectif. Pourtant, le 12 octobre 2017, à 6 h du matin, des bucherons sont à pied d’œuvre ; en moins de quatre heures, une trentaine d’arbres sont à terre. « Ça a été un véritable choc, des gens pleuraient. Mais il restait une soixantaine à défendre et entretemps nous avions trouvé la faille. »

En effet, la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages prévoit une protection spécifique des alignements d’arbres. Plusieurs cas de figure permettent de s’en affranchir – s’il y a danger, par exemple –, mais le collectif décide de porter l’affaire devant le tribunal administratif. Des personnalités montent alors au créneau, dont Chantal Pradine, à l’origine de cette loi, et Alain Baraton, le jardinier du château de Versailles. Il affirme que sur les 30 spécimens abattus, « 28 l’ont été pour rien ».

Le 24 avril 2018, le tribunal administratif leur donne raison et décide en référé la suspension de l’arrêté d’abattage. Pas suffisant, toutefois, pour faire changer d’avis le maire, qui porte la question devant le Conseil d’État. Le 20 juillet 2018, ce dernier confirme la suspension. Une victoire non définitive : le tribunal administratif doit encore se prononcer sur le fond, c’est-à-dire entériner ou non le fait que l’alignement peut être conservé.

Les arbres bordant les routes de Corrèze

Renforcer la sécurité routière et réduire les accidents liés à une chaussée rendue dangereuse par l’amas de feuilles, la chute de branches ou le manque de visibilité, mais aussi assurer l’arrivée de la fibre optique. En septembre 2017, le département de la Corrèze demande aux 28 000 propriétaires riverains des 4 700 km de voirie d’élaguer leurs arbres débordant sur le domaine public. Or les habitants ne l’entendent pas ainsi.

Réunis au sein du collectif Dearlim (Défense de l’environnement arboré des routes du Limousin), ils lancent une pétition intitulée Contre le massacre organisé par le Conseil départemental de la Corrèze, qui recueille plus de 30 000 signatures. Le collectif a plusieurs arguments à faire valoir contre ce qui prend souvent la forme d’un abattage des chênes des bords de routes. « C’est catastrophique au plan esthétique, mais aussi technique. Un élagage mal fait impacte la durée de vie de ces arbres centenaires avec, en plus, le risque de déstabiliser les talus à moyen terme, souligne Jean-Jacques Dessus, à l’initiative du mouvement. Sans parler du coût à supporter par des propriétaires pas toujours très fortunés. » En effet, cette délégation de la taille aux habitants permet au département d’économiser 14 millions d’euros, estime le collectif.

La mobilisation a permis l’ouverture de négociations. Le président du Conseil départemental, Pascal Coste, a accepté d’abaisser la hauteur de la coupe des branches en dessous de 12 m, puis à 9 m. « Encore excessif », estime Deralim, qui entend poursuivre son action devant les tribunaux.

Association CCRAC - collectif Deralim, dearlim.jimdo.com

Ailleurs en France

  • À Paris (12e), l’association Netter-Debergue s’est opposée à l’abattage de 60 arbres voulu par la mairie et la RATP. Malgré les procédures toujours en cours, un magnifique cèdre de l’Himalaya centenaire a déjà été coupé.
  • À Gençay (86), un cèdre du Liban planté en 1800 était menacé par le projet d’extension du centre commercial voisin. Les 75 000 signatures d’une pétition en ligne l’ont sauvé.
  • Sur l’île de la Barthelasse, à Avignon (84), le collectif SOS Barthelasse - Sauvons les arbres se bat contre la destruction de milliers d’arbres dans le cadre du renforcement de la digue.

Aller plus loin :

Cet article est reservé aux abonnés.
Pour lire les 78% restants de cet article,
En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter Plantes & Santé
Recevez chaque semaine nos conseils de bien-être par les plantes, astuces et recettes à faire vous même pour retrouver Equilibre et Santé
Votre inscription a bien été prise en compte 
Politique de confidentialité