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Le peuple massaï, gardien de la savane

Oltepesi (Acacia tortilis)

Tribu de bergers semi-nomades d'Afrique de l'Est, les Massaï sont les héritiers d'une longue histoire profondément connectée à la nature. Ils se déplaçaient au gré des besoins de leurs troupeaux – principalement au Kenya et en Tanzanie. Aujourd'hui, ce peuple d'éleveurs, détenteur d'un vaste savoir en matière de plantes, s'efforce de préserver ses traditions.

Si le Kenya et la Tanzanie possèdent les plus beaux sanctuaires de faune et de flore sauvages, c’est sans doute grâce aux Massaï qui, pendant des siècles, ont su vivre en intelligence et en symbiose avec ces grands espaces.

Ce peuple pastoraliste était réputé pour mener ses troupeaux, de magnifiques zébus, en particulier sur les vastes territoires de l’Afrique de l’Est. Il connaissait chaque plante, chaque oiseau, chaque insecte, chaque animal. Il en allait de sa survie, mais aussi de sa raison de vivre. Depuis plusieurs décennies, les gouvernements tanzanien et kényan tentent de faire disparaître ce mode de vie qui mêle ­spiritualité, rites d’initiation et longues marches au ­profit d’intérêts purement économiques. La ­privatisation des terres ancestrales des ­Massaï depuis les années 1970-1980, les pousse ­également à se sédentariser.

Parfums de fleurs et parures corporelles

On a souvent vanté la beauté des Massaï, leurs silhouettes longilignes, leurs corps drapés de rouge et ornés de bijoux. à leurs yeux, la beauté est importante, elle est l’expression du lien sacré qui les relie à la terre et à leur dieu. Ils se parfument les aisselles avec des fleurs et les cheveux avec la fumée de l’arbre sacré oloiren (Olea africana). Cette odeur tenace est jugée délicieuse (d’autres plantes comme oleleshua, olesesai ou les racines d’oloiborbenek sont aussi utilisées comme parfum). Autrefois les adolescents se tatouaient le visage avec le latex de l’olngerianthus dont la composition corrosive laisse sur la peau des marques indélébiles. Pour le corps, ils utilisaient le latex de l’olpopongi (photo) ou de l’opaleki. Mais l’avancée du christianisme et de la modernité a fait reculer ces pratiques considérées aujourd’hui comme rétrogrades.

Soupes curatives

Pour autant, cette population continue ­d’utiliser ce que la nature met à sa disposition. Elle se nourrit traditionnellement de la viande de ses troupeaux et de lait frais ou caillé. Par ailleurs, les plantes sauvages, les écorces, les racines font partie intégrante de son ­alimentation. Les plantes servent aussi à soigner la famille et le bétail, à construire ses maisons. Elles ont aussi toute leur place dans des cérémonies très variées.

Dans la savane, les jeunes bergers qui gardent les troupeaux de vaches, de moutons ou de chèvres savent reconnaître les baies sauvages et les tubercules dont ils se nourrissent tout au long de la journée. Car s’ils ont bu un peu de lait le matin, ils ne reviennent chez eux qu’à la tombée de la nuit pour manger.

À la maison, les anciens préparent des soupes de plantes à la fois nourrissantes et médicinales. Ce sont des décoctions de racines ou d’écorces d’arbres soigneusement choisies que l’on mélange à des bouillons d’abats de chèvre ou de mouton. Ces soupes sont aussi préparées par les jeunes guerriers ou ­...

; ilmurran, lors de chaque olpul. L’olpul est un camp de plusieurs semaines, organisé dans un lieu gardé secret de la savane ou de la forêt, où les jeunes apprennent de leurs aînés les techniques de survie dans la nature ainsi que les bases d’une sagesse immémoriale ancrée dans la connaissance de soi et de l’environnement.

Ces soupes de plantes sont l’une des ­particularités de la médecine massaï. Elles ont un effet préventif et curatif. Elles activent le métabolisme, sont énergisantes et dépuratives et contribuent à la vitalité. « Quand le ventre va bien, tout va bien », rappelle le diction ­massaï. Une étude menée en 2012 par le professeur Dirk Lund Christensen de l’université de Copenhague a démontré que, malgré leur grande consommation de viande, les Massaï ne souffrent ni de cholestérol, ni de problèmes cardiaques. Et leurs marches sur de très ­longues distances ne suffisent pas à expliquer leur bonne santé.

Une pharmacie dans la nature

La médecine traditionnelle massaï est avant tout une médecine familiale qui se transmet oralement de génération en génération. Les mères connaissent tous les buissons, nichés aux alentours de leurs maisons. Elles cueillent les feuilles, les tiges, les écorces pour soigner les maux simples de leurs enfants et de leurs proches : parasitoses, troubles intestinaux et urinaires, affections cutanées, fièvres ou infections oculaires. Ces dernières sont fréquentes et dues à l’abondance des mouches qu’attirent les vaches vivant dans l’enclos ou emboo au centre des habitations. Elles connaissent les plantes qui apaisent les douleurs des menstruations et de l’accouchement (olkokola ou olamuriaki). Celles qui facilitent la sortie du placenta (racines d’eluai et d’oremit) et celles que l’on donne aux tout-petits pour les fortifier (racines d’olamai, olmisigiyioi et olesesiai).

À côté de cette médecine familiale, il existe des guérisseurs qui ont une connaissance plus approfondie des plantes médicinales. Ils ont acquis ce savoir particulier d’un ancien et ont appris à soigner les maladies plus complexes, plus difficiles à traiter, les cancers par exemple.

Certains guérisseurs sont des guides spirituels ou oloiboni, dont le plus grand est Mokombo Ole Simel, le chef spirituel des Massaï. L’oloiboni soigne avec les plantes, mais c’est aussi un devin qui prédit l’avenir et que l’on consulte lors de graves décisions à prendre. Mokombo Ole Simel habite à Loita, dans la forêt sacrée des Massaï, naimina enkiyio ou « forêt de l’enfant perdu ». C’est au pied de certains grands arbres de cette forêt dont l’oreteti (Ficus thonningii), – un arbre semblable au banian de l’Inde (Ficus benghalensis) sous lequel Bouddha a vécu son illumination – qu’il médite seul et reçoit les messages pour son peuple.

Menace sur cette médecine

Tous ces guérisseurs se disent reliés à Enkai, le dieu des Massaï. Dieu unique, entité bien ­présente qui imprègne la nature et habite tous les êtres vivants. Enkai les précède lorsqu’ils vont chercher les plantes dans la forêt et les guide dans le soin de leurs patients. Ces ­guérisseurs pratiquent une médecine ­holistique qui reconnaît l’influence négative des « polluants » extérieurs et intérieurs, de certaines émotions et du stress sur la santé. Tous insistent sur l’importance de la joie et de la paix ­intérieure pour guérir. Ils font parfois appel à des rituels incluant la communauté pour ­soigner les malades. Dans la savane, cette médecine ­traditionnelle est toujours ­prédominante. Elle est accessible et gratuite. Mais parfois, lorsque les plantes se révèlent inefficaces – c’est le cas pour les maladies « de civilisation » comme le diabète, apparu récemment avec la ­sédentarité forcée et la malbouffe – ils se tournent vers les médicaments allopathiques. Petit à petit, ces derniers gagnent du terrain et le savoir ancestral se perd.

Des arbres sacrés

Les arbres sont imprégnés de l’énergie d’Enkai, le dieu unique. Sur ces terres arides et chaudes qui constituent la majorité du pays, on les chérit pour leur ombre. Par leur grandeur, leur beauté, leurs propriétés et leur relation aux éléments, certains de ces arbres sont sacrés. L’oreteti et l’oloiren, mais aussi l’oltukai, l’oltarakuai ou encore l’oseki permettent de se connecter à Enkai et à l’univers. L’oloiren (Olea africana) et l’oreteti (Ficus tonninghii) sont consacrés lors de tous les rituels. Une branche d’oreteti sera plantée devant la maison d’un garçon nouvellement circoncis. L’oseki est un arbre de paix utilisé pour la réconciliation de deux ennemis. Lorsqu’un Massaï a offensé l’un des siens, il brandit une branche d’oseki entre ce dernier et lui-même en disant « eluaa eseki » ce qui veut signifie : « Je veux faire la paix avec toi ». L’enkaiteteyiai avec ses petites fleurs bleues et une sève ressemblant au sperme ou au liquide amniotique est une plante importante pour les rituels de fertilité, ainsi que pour chasser les mauvais esprits et bénir un long voyage.

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Oreteti

 

Un guide des plantes massaï

Initié par Kenny ­Matampash Ole Meritei (au centre sur la photo), l’un des ­représentants du peuple Massaï, le ­projet ­Oreteti a pour but de ­documenter la tradition Massaï à travers les plantes. Avec l’aide de Lucie Hubert (à droite sur la photo), écrivaine et phytothérapeute, cette ­connaissance orale a été ­couchée par écrit. Le résultat est un livre en anglais de 400 pages, illustré, qui ­répertorie les usages des plantes dans la vie de tous les jours.

À lire : Oreteti. Plants in the daily life of the Maasai, éd. Nature et Savoirs, Le Petit Flamboyant, 2019, 400 p., 29,90 €. Pour acheter le livre : www.laboutiqueafricavivre.com, puis rechercher : Oreteti.

Aller plus loin : www.oreteti.org

Photos : Elza Kortenœver

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