Plantes et Santé Le magazine de la santé par les plantes

Figuiers : garde-mangers des guêpes

Figue

Si d'ordinaire les guêpes ne figurent pas parmi les insectes les plus appréciés, l'histoire du cycle complexe des guêpes agaonides devrait au moins faire changer d'avis les amateurs de figues ! Une interaction entre la plante et l'insecte daterait de plusieurs millions d'années.

Les figuiers, dont il existe plusieurs centaines d'espèces, sont des plantes de la famille des Moraceae, qui se rencontrent majoritairement sous les tropiques. Le genre Ficus regroupe le plus grand nombre d'espèces. Dans nos contrées, le représentant de cette vaste fratrie est le Ficus carica, un arbre monoïque qui porte des fleurs mâles et femelles ; c'est l'emblème de la région méditerranéenne où il est cultivé depuis l'Antiquité pour ses délicieux fruits comestibles. Ce bel arbuste à l'allure typique vous semble peut-être si familier (plus encore si vous vivez dans le Sud) que vous croyez bien le connaître ? Pourtant, il est probable que le récit de ses « amours » entomologiques vous surprenne, tant sa subsistance dépend d'un être (et de circonstances) pour le moins original !

Une ponte sous conditions

Dans le cas des figuiers monoïques, qui portent à la fois des fleurs mâles et femelles, il peut y avoir à la fois production de graines et développement des insectes dans une figue. Mais il existe de nombreuses espèces de figuiers dioïques, dont les fleurs mâles et femelles sont portées par des arbustes différents. Ainsi les figuiers mâles donnent des fleurs précoces, entièrement dédiées au développement des pollinisateurs qui assurent ensuite la fécondation des fleurs des arbres femelles à la fin de l'été. Voilà un échange de bons procédés savamment orchestré.

Des fleurs (presque) inaccessibles

Notre figuier est donc un arbuste...

, capable d'atteindre six mètres de haut. Il se reconnaît aisément à ses rameaux tortueux, ainsi qu'à ses larges feuilles lobées. Ces dernières dégagent au froissement une odeur caractéristique. Par ailleurs, tout l'arbuste devient généralement odorant à la belle saison. Si l'une de ses feuilles en est arrachée, il sécrète un suc blanc laiteux, réputé guérir les verrues. Mais à l'inverse de nombreux fruitiers, ce dernier n'a pas vraiment tendance à nous éblouir de sa floraison abondante, pourtant, il nous donne des fruits. Alors, où se cachent donc les fameuses fleurs ? Eh bien, il s'agit de la figue elle-même ! Car la figue est botaniquement parlant un sycone, soit une inflorescence particulière qui contient les fleurs de la plante et, à maturité, donne le faux fruit que nous connaissons. Voilà qui n'est pas banal, mais peut-être pas aussi farfelu que le processus de pollinisation de la plante. Car la reproduction du figuier dépend d'une symbiose avec d'étonnants insectes : les guêpes agaonides. Dans le monde, chaque espèce de figuier est liée à une ou plusieurs espèces de ces guêpes (quatre en moyenne). Nous allons tenter de décrypter le mécanisme en action chez les figuiers monoïques.

De véritables garde-mangers !

On n'entre pas dans une figue comme dans un moulin : celle-ci forme une sorte d'urne, dont l'ouverture très resserrée (ostiole), est refermée par des bractées (sortes de feuilles). Il est alors très difficile pour un quelconque insecte d'y pénétrer, sauf pour les guêpes femelles du genre des agaonidés, dont la morphologie si particulière les rend seules capables de s'introduire dans la figue. Ces dernières ont, en effet, une taille minuscule (un à deux millimètres), une tête aplatie et, chez certaines espèces, des ailes détachables, au cas où l'entrée serait plus complexe que prévu ! Lorsque notre guêpe femelle gagne l'intérieur de la figue, elle pond ses œufs dans les ovaires des fleurs femelles qui alimenteront ses larves. Elle assure ainsi la survie de sa progéniture, bien nourrie et abritée dans cette forteresse inaccessible. Les guêpes mâles naissent en premier et recherchent activement les femelles. Ils les fécondent après leur éclosion et meurent en suivant, tandis que les femelles prennent des forces pour la sortie, tout en se recouvrant du pollen des fleurs mâles… Ainsi lorsqu'elles sortiront à l'air libre pour chercher une figue dans laquelle pondre, elles féconderont alors les fleurs femelles. Comment l'arbre peut-il alors produire des graines ? Il existe chez les figuiers monoïques deux types de fleurs femelles : les unes pourvues d'un style court (brévistylées) les autres d'un style long (longistylées). Or, l'organe de ponte de la guêpe n'étant pas assez long pour atteindre l'ovaire, la ponte échoue dans les fleurs longistylées qui seront alors fécondées pour donner les graines et les faux fruits ! Cette drôle d'histoire nous rappelle que l'adaptation évolutive réciproque d'une plante et d'un insecte a été parfois si intense qu'ils sont devenus dépendants l'un de l'autre : le figuier viendrait à disparaître sans l'insecte, et inversement. Ainsi, même une minuscule guêpe peut, à sa manière, changer la face du monde.

 

Cet article est reservé aux abonnés.
Pour lire les 78% restants de cet article,
En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
Vous appréciez nos articles, allez plus loin en vous abonnant au magazine en cliquant ici
Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter Plantes & Santé
Recevez chaque semaine nos conseils de bien-être par les plantes, astuces et recettes à faire vous même pour retrouver Equilibre et Santé
Votre inscription a bien été prise en compte 
Politique de confidentialité