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Un vieil herbier médicinal à l’épreuve de la science

Brésil

Le voyage inédit qu’a entrepris le botaniste écossais George Gardner au 19e siècle aura mis du temps à avoir le retentissement qu’il mérite. Pendant cinq ans, l’explorateur sillonne le Brésil et répertorie quelque 6 000 espèces qu’il consigne dans un Catalogue. Aujourd’hui, des scientifiques dépoussièrent en n son travail, valident nombre d’usages thérapeutiques et... en découvrent d’autres !

Une fenêtre sur une pharmacopée oubliée s’est ouverte au Brésil. Détenue jadis par les populations autochtones, elle fut oubliée au fil des siècles, avant d’être à nouveau mise en lumière par un patrimoine d’une richesse exceptionnelle : le Catalogue of Brazilian Plants. Soit l’un des plus grands catalogues botaniques jamais réalisés sur la biodiversité des plantes brésiliennes. Il est l’œuvre du médecin et naturaliste écossais George Gardner, qui mena en 1836 une expédition longue de cinq ans dans l’intérieur du pays, en particulier dans le nord-est, demeuré largement inexploré à l’époque. De cette collection extraordinairement bien documentée, portant sur plus de 6 000 espèces différentes, des scientifiques brésiliens et anglais viennent de mettre au jour le potentiel inouï sur le plan médicinal, jusqu’ici inexploité par la médecine contemporaine. Car parmi les plantes recensées dans le Catalogue, des dizaines sont libellées plantes «utiles». En documentaliste insatiable qu’il était, Gardner, animé par un esprit d’ethno-botaniste avant la lettre, enregistra en effet le savoir des populations locales, détaillant dans son manuscrit leurs usages et leur mode de préparation. Antitussif, fébrifuge, anti-ophidique... Des indications thérapeutiques aujourd’hui largement tombées dans l’oubli, que l’équipe de Maria Brandão, chercheuse à la faculté de pharmacie de l’université fédérale de Minas Gerais à Belo Horizonte, a passées au crible de la science moderne afin d’en vérifier la validité.

93 plantes endémiques médicinales

Pour ce faire, les chercheurs ont compulsé le manuscrit du Catalogue du savant écossais, conservé depuis un siècle et demi aux Jardins botaniques royaux de Kew, en Angleterre, aux côtés de son gigantesque herbier, constitué de 3000 espèces différentes, ainsi qu’un deuxième ouvrage intitulé Travels in the Interior of Brazil. Ils ont ainsi obtenu un total de 93 noms de plantes endémiques qui trouvaient une application médicinale ou alimentaire auprès des populations vivant au Brésil au milieu du 19e siècle. À l’époque, le pays avait déjà connu des siècles de mixité entre les...

communautés amérindiennes, les colons d’origine portugaise et les esclaves d’origine africaine, d’où une transformation importante du savoir ancestral. Ainsi Gardner a-t-il probablement tiré ce savoir de sources lusophones et non indigènes.

Sa contribution n’en demeure pas moins extrêmement précieuse ! Parmi les plantes qu’il cite, soixante figurent dans son herbier conservé au Royaume-Uni, et quarante-trois d’entre elles ont pu être identifiées avec une certitude absolue. Afin de vérifier la validité scientifique de leurs usages traditionnels, les chercheurs ont consulté pour chacune d’entre elles la littérature scientifique à l’aide de la base de données médicale PubMed... Et le résultat est frappant : non seulement chaque indication thérapeutique rapportée par Gardner a pu être confirmée, car elle figurait en conclusion d’au moins une étude scientifique, mais au moins la moitié des plantes qu’il cite comme ayant des propriétés pharmaceutiques n’a jamais été étudiée par la pharmacologie moderne ! Voilà de quoi fournir la matière pour développer considérablement la pharmacopée brésilienne contemporaine, à une époque où la population tend à recourir plutôt à des plantes importées, comme la camomille ou la menthe, alors même que la biodiversité naturelle s’érode à grands pas. Cette découverte pourrait au contraire stimuler les herboristes à exploiter davantage la flore native dont les propriétés sont établies et, surtout, les pharmacologues à concentrer leurs recherches sur la validation des usages ancestraux des plantes méconnues, qui ont toutes les raisons d’être considérées comme prometteuses.

17 plantes pour traiter la fièvre

Leurs propriétés potentielles, l’équipe de Maria Brandão les a classées en vingt-six grandes catégories, laissant transparaître les conditions médicales qui préoccupaient le plus les populations brésiliennes de l’époque. Sans surprise, la principale d’entre elles était la fièvre, un problème de santé récurrent en ce temps-là : dix-sept plantes différentes servaient à la traiter d’après Gardner, selon qu’il s’agisse d’une fièvre puerpérale, intermittente (due notamment au paludisme), maligne ou inflammatoire. Avec onze plantes, la deuxième indication la plus représentée est celle des purgatifs, la croyance des peuples locaux voulant que les maladies soient dues à des «saletés» accumulées dans le corps, qu’il était par conséquent nécessaire de « nettoyer » via des purges. La troisième place est occupée par neuf plantes aux propriétés anti-vénériennes, dont Smilax cissoides, une sorte de salsepareille. Utilisées pour combattre la syphilis, les salsepareilles étaient d’ailleurs connues des Européens depuis le 14e siècle, dès le début de la colonisation de l’Amérique. Enfin, le botaniste écossais rapporte chez six plantes des propriétés anti-ophidiques, utiles pour soulager les morsures de serpents : elles seraient ainsi présentes chez deux nouvelles espèces, Aristolochia chiquitensis et Dorstenia asaroides, dont leurs cousines des mêmes genres sont déjà utilisées à l’heure actuelle. Ce qui reste des plantes consignées dans les ouvrages du médecin-botaniste se divise en toniques, émétiques, plantes pour les bronches et les poumons, antitussifs, anti-inflammatoires, anti-hémorragiques, poisons utilisés pour faciliter la pêche des poissons... et bien d’autres. Reste à présent le méticuleux mais passionnant travail de vérifier, pour chacune, si elles passeront le test des méthodes modernes de validation. Quelle meilleure manière de valoriser la biodiversité locale ?

Les fébrifuges: une propriété confirmée

Pour Cassytha  liformis (« cipo’ de chumbo » au Brésil), une grimpante présente sur toute la bande intertropicale, George Gardner rapporte : « Bien broyée et bouillie, la décoction est utilisée pour la toux et d’autres maux de la poitrine, ainsi que dans les fièvres inflammatoires ». Ses propriétés fébrifuges ont été confirmées par une étude nigérienne de 2 014 (Ogunkunle et collaborateurs), qui la classe également comme antipaludéen. Un autre fébrifuge puissant relevé par Gardner est Trimezia juncifolia (« rhubarbo do campo »), connue comme plante ornementale uniquement. L’infusion de son tubercule jaune soignerait jusqu’aux inflammations des méninges !

L’expédition de George Gardner

Le chirurgien écossais n’avait que 26 ans lorsqu’il entreprit son expédition au Brésil. C’est l’éminent botaniste Sir William Hooker, son mentor à Glasgow, qui lui conseilla de voyager au nord-est du pays. Les régions de Goiàs, Minas Gerais et Cearà abritent des écosystèmes particuliers comme des savanes ou la caatinga (unique au monde), très peu étudiés, excepté par le Français Auguste de Saint-Hilaire ou l’Allemand Carl von Martius. La collection de Gardner est beaucoup plus étendue que celle de ses prédécesseurs. Il rapporta 60 000 exemplaires de plantes, dont la vente à des collectionneurs finança son expédition.  

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