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Le Centre botanique de la Presle : Un jardin anti-migraine

Centre botanique

À dix minutes de Reims, un jardin classé remarquable vous offre toute l’année l’occasion de penser saules rieurs et voyageurs plutôt que pleureurs. Une exceptionnelle et rare collection enrichie de rosiers et de spirées, et entretenue par deux passionnés qui conjuguent leur connaissance du terroir à leurs découvertes botaniques.

Après avoir traversé un paysage viticole caractéristique de la campagne champenoise et la forêt de Verzy avec ses singuliers faux tortueux (photo et encadré ci-contre), vous arriverez dans le petit village de Nanteuil-la-Forêt. C’est là qu’un couple d’amoureux du terroir a créé le Centre botanique de la Presle, qui abrite le jardin et la pépinière Brochet-Lan- vin, du nom des propriétaires. Édith Lanvin et Dominique Brochet chérissent ce lieu depuis trente-cinq ans. Ce terroir, ils le connaissent en profondeur, à tel point qu’ils ont créé une gamme spécifique, les «Calcicools», rassemblant arbustes, arbres et plantes adaptés à son sol frais et très calcaire. Un savoir qu’ils font même partager lors de journées d’études ou autres missions de conseils.

Près de 500 variétés de saules

Le jardin se distingue par la richesse de trois collections: des saules, des rosiers et des spirées. L’hiver, ce sont surtout les premiers qui attirent l’attention avec leurs baguettes riches en couleurs. Entre 400 et 500 variétés de saules regorgeant d’acide salicylique aux vertus anti-migraines sont présentées. « Il est dommage de ne penser que saules pleureurs!», commente Édith. « Le saule est le lien entre le botaniste et l’esthète, entre le vannier et l’ingénieur en bioénergies; c’est l’arbre de la souplesse et de la conciliation entre civilisations », ajoute Dominique. Ce Champenois, également passionné de cultures alpines et de voyages, ne tarit pas d’éloges sur cette espèce : « J’aime ce pionnier, à l’exact opposé du chêne et de sa mystique, qui part à la conquête de territoires abandonnés des hommes.»

Sa passion pour les saules se combine à celle de sa compagne pour les rosiers. « D’autant que les branches des saules permettent des compositions inouïes de beauté combinées aux roses », se réjouit Édith. Petite fille d’horticulteurs, venue du nord de la France, elle n’a eu de cesse d’agrandir sa collection. Comme avec le rosier La Marne, créé à l’issue de la Première Guerre mondiale, qui avait quasiment disparu. «Une...

famille qui a perdu un des siens à Verdun a été heureuse de trouver chez nous ce rosier évocateur de souvenirs.» Autre rosier rare, redécouvert en pays kurde, le Persian Yellow. Exportée par un botaniste anglais au début du XIXe siècle, cette variété de Rosa fœtida a notamment donné le Soleil d’or, l’ancêtre de toutes les roses à fleurs jaunes.

Enfin, le lieu offre l’occasion d’admirer des spirées exceptionnelles qui doivent leur nom à la forme spiralée de leurs fruits. Dans cette collection étoffée au fil des voyages, citons notamment celles venues d’Ouzbékistan ou du Kazakhstan il y a vingt ans (Spiraea hypericifolia ou Spiraea crenata). Mais aussi les hybridées, dont une emblématique spirée Magnum Rosé, baptisé ainsi en clin d’œil à l’univers champenois. Lors de la visite, vos hôtes rafraîchiront sûrement vos connaissances sur la spirée ulmaire, connue sous ce nom jusqu’à la fin du XIXe siècle, à l’origine de l’aspirine. Aujourd’hui, on la nomme reine-des-prés ou filipendule. Dominique Brochet vous dira tout sur l’histoire de l’antalgique, tiré de ses dérivés salicyliques et dont le brevet fut déposé par l’allemand Bayer à la fin du XIXe siècle, avant que la Première Guerre mondiale ne rende la molécule libre d’utilisation...

«Les plantes sont à la base de notre vie. L’homme ne peut s’en passer, d’où notre volonté permanente de partage », rappellent volontiers le couple. Un partage qui, en fin de visite, ira peut-être jusqu’à la dégustation du breuvage local, celui qui donne de la légèreté à la vie. De fait, le champagne Brochet-Lanvin est élevé à quelques kilomètres de là !

Une vraie forêt de faux

La Forêt domaniale de Verzy est, avec plus de 1 000 individus aussi étranges que tortueux, la principale réserve mondiale de cette espèce de hêtres qui fascinent depuis la nuit des temps. Ils restent d’ailleurs un mystère pour les scientifiques. Leurs formes singulières, esthétiques même en hiver, leur ont valu plusieurs surnoms : fau parapluie, fau de la mariée, fau de la tête de bœuf, fau de la demoiselle... On trouve ces types de faux ailleurs en Europe, mais ici, leur concentration est inégalée et semble défier les lois de la nature. Le surnaturel a donc toujours été évoqué à propos de cette forêt chargée de légendes, dotée de pouvoirs mystérieux, qui auraient pu, dit-on, inspirer Jeanne d’Arc.

1. Spirée (Spiraea japonica var. acuminata)

Arbustes increvables, les spirées sont nombreuses dans tout l’hémisphère nord. La collection du centre de la Presle est l’une des plus importantes en Europe, mêlant les fleurs blanches des printanières aux roses des estivales. Cette Spiraea japonica est rarissime. Elle est appelée acuminata à cause du côté pointu de ses feuilles et s’orne de fleurs rose foncé.

2. Saule pourpre (Salix purpurea)

Ce petit saule indigène, le plus souvent à bois rouge vineux mais aussi quelquefois jaune ocre ou vert marron, s’apprécie en toute saison. Mais de mars à avril, ses chatons (inflorescences), petits mais nombreux, sont spectaculaires. Comme tous les saules (près de 500 espèces sur toute la planète), il contient des salicosides qui se métabolisent en acide salicylique, avec des vertus analgésique, anti-inflammatoire et fébrifuge. L’écorce de saule (c’est surtout Salix alba qui est utilisé en phytothérapie) a les mêmes vertus que l’aspirine, mais sans risque d’irriter l’estomac. En outre, l’infusion des chatons et des feuilles de saules a des vertus apaisantes en cas de nervosité ou d’insomnie, voire des effets de sédatif génital.

3. Fragon petit-houx (Ruscus aculeatus)

Ce petit-houx entre dans la gamme des « calcicools » de la pépinière Brochet-Lanvin, autrement dit des plantes qui s’adaptent aux terrains calcaires. On le trouve des Açores à l’Iran, son feuillage étant persistant. En décoction, il a un pouvoir vasoconstricteur, ce qui en fait un remède efficace en cas de varices ou d’hémorroïdes

Comment y aller 

De Paris, sortir de l’A4 à Épernay. Suivre la direction Pourcy (et non Nanteuil-la-Forêt) et le parcours fléché. Depuis Reims, le jardin est à dix minutes de voiture vers le sud.
Renseignements
Lejardin botanique et la pépinière sont ouverts toute l’année (sauf les dimanches et jours fériés). Tél. : 03 26 59 43 39. www.pepiniere- brochetlanvin.com.
Hébergement
Juste en face du jardin, Ferme de la Presle. Tel : 0326 594136. www.fermedepresles.fr ou à quelques kilomètres, Les Fiers Monts, www.lesfiersmonts-chambredhotes.fr. 

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