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David Santandreu
« Comme les aliments,
les vêtements peuvent
contenir des poisons ! »

David Santandreu

Depuis 2001, David Santandreu va de projet en projet avec un dénominateur commun : les plantes tinctoriales. Fort de son savoir et de son expérience, il propose aujourd'hui des formations sur les teintures végétales. Pour ce spécialiste, il est possible de développer une filière de vêtements plus écologiques, à l'opposé d'une industrie textile très préjudiciable à l'homme et à la planète.

Plantes & Santé. Vous produisez des teintures végétales et aidez à l’installation d’indigoteries. Comment êtes-vous tombé dans l’univers des plantes tinctoriales ?

David Santandreu. Je les ai découvertes en 2001, alors que je travaillais comme maraîcher dans l’Hérault. Une créatrice souhaitant créer une gamme de textiles d’ameublement de luxe m’avait contacté afin que je cultive pour elle des plantes tinctoriales. J’avais alors mis en culture de la gaude, du pastel des teinturiers et de la camomille des teinturiers. Ce sont des couleurs grand-teint, c’est-à-dire résistantes au lavage, à l’acidité de la peau et à la lumière du soleil. J’ai cultivé ces plantes pendant deux ans, avec succès. Puis je suis parti au Maroc, où je voulais reprendre mon activité de maraîchage, mais les plantes tinctoriales m’ont rattrapé quand je me suis passionné pour la fabrication de tapis. J’ai complété cette activité par un atelier artisanal de teinture naturelle proposant des produits hauts de gamme.

Les teintures végétales sont-elles encore couramment utilisées au Maroc ?

Non, comme en France, on n’en trouve quasiment plus dans ce pays. Cependant, le Maroc étant un grand producteur de plantes médicinales, j’ai pu y trouver de la garance [localement utilisée contre l’insuffisance biliaire, ndlr] et de la grenade, dont j’ai utilisé l’écorce. Ces deux plantes peuvent en effet procurer des pigments naturels.

Vous avez à présent recentré vos activités en France autour de l’indigo. Pourquoi ?

L’indigotier, l’une des nombreuses plantes utilisées pour la préparation de la teinture d’indigo, a été très cultivé au Maroc, donnant ce bleu très présent dans les tenues vestimentaires des nomades touaregs. Mais les traditions autour de l’usage de cette plante tinctoriale se sont perdues. Je me suis donc plongé dans des documents d’archives et je suis remonté jusqu’au XIIIe siècle afin de retrouver les bonnes techniques d’extraction du pigment. L’indigo est la base d’une centaine de couleurs en teinture végétale, du vert au violet en passant par le mauve, le pourpre, le noir… Où que l’on aille sur la planète, il y a une tradition autour de l’indigo. Tout près de chez moi, dans le Tarn, le pastel des teinturiers, une plante qui donne aussi de l’indigo, est à nouveau mis à l’honneur pour dynamiser le tourisme de la région. Le Tarn est l’un des derniers endroits où fut cultivée cette plante à la fin du XIXe siècle. J’ai donc été sollicité pour accompagner l’installation d’une indigoterie, créée dans un but touristique. Actuellement, je me concentre sur un projet de production avec des champs de pastel sur la commune de Lautrec, en partenariat avec une boutique qui commercialise des textiles naturels, La ferme au village.

Transmettez-vous votre savoir-faire ?

J’anime des formations sur l’emploi des plantes tinctoriales. Depuis ces dix dernières années, la demande est croissante, de la part de créateurs mais aussi de particuliers, en France comme à l’étranger. Nous sommes dans un contexte mondial de prise de conscience de l’impact de la filière du textile sur l’environnement. Avec les vêtements, on est dans la même problématique qu’avec les aliments : ils peuvent contenir des poisons ! Je peux en témoigner, puisque j’ai été intoxiqué en 2010 à cause de chaussures contenant du diméthylfumarate, un produit anti-humidité. C’est aussi un fixateur de couleur. J’ai souffert de brûlures sur les pieds, de fortes démangeaisons et de plaques d’eczéma suintant sur l’ensemble du corps. Depuis cette période, je suis très sensible à toutes les molécules synthétiques des vêtements.

Quels sont les risques liés aux pigments de synthèse ? Le consommateur n’est-il pas protégé des plus dangereux ?

On a supprimé certaines molécules, mais de nouvelles sont sans cesse inventées. Or beaucoup n’ont pas fait l’objet de recherches sur leur toxicité. La couleur noire, par exemple, peut-être constituée de 140 molécules de synthèse, dont le chrome et le plomb. Généralement, plus les couleurs des vêtements sont foncées et brillantes, plus ils risquent de contenir des molécules toxiques qui, au contact de la peau et de sa chaleur, peuvent migrer dans le corps via la circulation sanguine. Sur le plan environnemental, il faut prendre en compte les effluents des usines textiles. La fabrication des jeans, en particulier, est une énorme source de pollution et de problèmes sanitaires en Asie. La qualité de nos rivières s’est améliorée, mais en Chine ? À l’inverse, les teintures végétales sont sans danger. Et je suis même convaincu qu’elles ont des propriétés thérapeutiques ! L’indigo contient, par exemple, une molécule, l’indirubine, qui a des propriétés anti-tumorales. Quant à la gestion des effluents d’indigoteries, j’étudie la mise en place de systèmes de traitement des eaux usées par phytoépuration.

L’industrie tente de laver plus blanc

L’ONG Greenpeace a identifié onze groupes de substances ­particulièrement nocives, dont deux servent à teindre les habits. Il y a les colorants azoïques, tellement toxiques – cancérigènes – qu’ils sont bannis en Europe des ­textiles se portant à même la peau. Il y a aussi le groupe des métaux lourds – cadmium, ­mercure, chrome – qui peuvent s’­accumuler dans le corps et perturber le système nerveux. Selon un rapport publié en juillet 2018 par Greenpeace, 29 grandes marques de l’­industrie textile, parmi lesquelles H&M, Benetton ou encore Esprit, se sont engagées à éliminer ces onze groupes de produits chimiques à l’­horizon 2020. Par ­précaution, lavez les vêtements neufs avant de les porter et privilégiez les fibres naturelles. www.greenpeace.fr

Où trouver, en France, des vêtements teints naturellement ?

Le marché de la teinture végétale se développe surtout dans le textile haut de gamme. Actuellement, il faut importer les plantes, par exemple de la garance des teinturiers provenant d’Iran ou de Turquie. Cependant, les gens que je forme sont, pour près de la moitié d’entre eux, des artisans. Et aujourd’hui, des d’agriculteurs cherchent des reconversions. On peut ainsi imaginer le développement d’une filière française composée d’artisans souhaitant se démarquer, comme la Sica Mohair, à Castres, qui produit de la laine et aimerait développer une gamme avec des teintures végétales. Mais on est encore loin de concurrencer l’industrie textile en termes de prix. Un pantalon en chanvre bio, teint naturellement, vaut dans les 400 euros ! Les techniques de production doivent évoluer afin de réaliser des économies d’échelle et faire baisser les prix.

Par où commencer pour qu’une telle filière s’organise ?

Il faut créer des méthodes à la fois écologiques et économiques, ce à quoi je m’attelle avec la chercheuse au CNRS Dominique Cardon, historienne et archéologue spécialisée dans les teintures végétales. Il faut aussi pouvoir garantir que ces teintures naturelles soient exemptes de tout produit synthétique. Du côté des consommateurs, il faut imaginer une autre manière de s’habiller, plus durable. Un textile qu’on va teindre doit être gardé longtemps. En somme, une autre façon de s’habiller.

Le parcours de David Santandreu

1986-1995 Ouvrier spécialisé en exploitation forestière et agricole.

1988 Suit une formation en permaculture.

1989 S’oriente vers l’agriculture biologique.

1996- 2008 Gère Aux jardins oubliés, dans les Hauts Cantons de l’Hérault (production bio de fruits, légumes et semences de variétés anciennes).

2001-2003 Mène des cultures expérimentales de plantes tinctoriales pour une créatrice de textile d’ameublement haut de gamme.

Depuis 2010 Gère La main des sables (import-export d’artisanat d’art, expertise et formation sur la teinture végétale grand-teint).

Aller plus loin : se former avec David Santandreu

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