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Le changement climatique nous apprend que le vivant bouge sans cesse

Jacques Tassin

Écologue, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), Jacques Tassin est l’auteur d’un livre sur les espèces invasives, « La grande invasion » (Éd. Odile Jacob).

Plantes et Santé Le dérèglement climatique favorise-t-il la propagation des plantes invasives?
Jacques Tassin Les plantes invasives sont aptes à faire face aux changements. Elles sont capables de se déplacer, de s’ajuster à de nouveaux milieux et surtout de coloniser des espaces perturbés et dégradés par l’homme. Sous l’effet du réchauffement climatique, une plante comme l’ambroisie va vraisemblablement migrer vers le nord, mais en restant cantonnée aux espaces malmenés. Autre solution, la progression en altitude. En s’installant sur les fortes pentes, les plantes invasives en freinent l’érosion, comme c’est le cas des îles montagneuses telles que La Réunion.

P & S Leur expansion peut-elle avoir une incidence sur notre santé ?
J. T. Avec l’allongement de la belle saison, la période allergène de l’ambroisie pourrait se prolonger. Mais cela n’est pas propre aux espèces invasives. Des plantes indigènes comme le cyprès ou le bouleau...

sont aussi très allergènes et pourraient le devenir davantage encore. Néanmoins, le changement climatique peut favoriser le développement d’invasives, comme la berce du Caucase, dont le contact peut entraîner des affections cutanées, ou le datura qui est toxique.

P & S Que faut-il faire alors ? Détruire ces espèces ?
J. T. Quand elles menacent la santé, mieux vaut limiter leur expansion. Mais lorsqu’il s’agit de nuisances environnementales, il ne faut pas croire qu’en éradiquant les plantes invasives, on va remonter le temps et revenir à la situation initiale. L’espèce invasive qui investit un milieu entre aussitôt en interaction avec d’autres espèces. Certaines vont en pâtir, d’autres en bénéficier. En Australie, on a cessé de lutter contre le camphrier, arbre d’origine asiatique, car on s’est aperçu qu’il constituait une ressource pour plusieurs pigeons menacés. Mais il faut aussi considérer notre attitude face à ces plantes. On remarque souvent une forme de rejet du changement et de méfiance à l’égard de l’autre, alors qu’en réalité, la nature n’a jamais cessé de changer et d’accueillir des espèces migrantes.Le changement climatique peut nous enseigner cela, que le vivant évolue sans cesse.

Les laboratoires Pierre Fabre recyclent leurs résidus de plantes (pervenche de Madagascar, palmier nain de Floride et Avoine de Rhéalba): ils utilisent pour cela une chaudière à biomasse qui génère de l’électricité réinjectée sur le site industriel. D’ici à l’hiver prochain, 1000 tonnes de marc végétal devraient ainsi être transformées.
Les antibiotiques utilisés en élevage freinent la croissance des plantes. Des chercheurs suisses ont montré ce phénomène en laboratoire. Ils ont ainsi lancé l’alerte car ces produits (tétracyclines) ne sont pas assimilés par les animaux et se retrouvent massivement dans les champs via le fumier.
Face à la Xylella fastidiosa qui décime les oliviers en Italie, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a décidé d’interdire l’importation de végétaux sensibles à la bactérie pathogène, vigne, agrumes ou encore amandiers. Au total, plus de trois cents espèces cultivées ou sauvages peuvent être ses hôtes.
 

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