• Le nord du Cameroun

Hommage au Dr Pierre Tubéry, découvreur du desmodium (partie 1)

C’est à la fois un passionné de recherche et un grand médecin humaniste qui vient de nous quitter en ce 25 janvier 2017, à près de 88 ans. On doit en effet au Docteur Pierre Tubéry la découverte du Desmodium, qui fait des prouesses quand il s’agit de protéger et régénérer le foie. Si cette médicinale africaine est aujourd’hui considérée comme une des plantes majeures de notre pharmacopée, on a du mal à imaginer la difficulté des conditions dans lesquelles le Dr Tubéry a non seulement fait ses recherches mais aussi soigné d’innombrables personnes au fil des ans. Voici l’un des rares entretiens qu’il a accordé à Bernard de Peufeilhoux de l’association Solidarité pour le Soutien aux malades.


Au début des années 1960, Pierre Tubéry et son épouse Anne-Marie se rendent au Cameroun pour prendre en charge un dispensaire. C’est là que le médecin, d’abord sceptique, découvre les étonnantes vertus des plantes médicinales africaines dont le desmodium pour le foie. Pour les 30 ans de l’association Solidarité pour le Soutien aux malades qu’il avait créée, il avait évoqué avec Bernard de Peufeilhoux ce parcours exceptionnel au service des personnes souffrantes.

B. P. : Après avoir obtenu votre doctorat de médecine en 1956, vous complétez votre parcours par des études de neurophysiologie et l’obtention d’un certificat de psychologie générale… Et vous décidez de partir au Cameroun. Qu’est-ce qui vous a conduit à faire un tel choix ?

P. T. : En effet, à la suite de mes études, j’ai décidé d’aller travailler dans l’« Afrique profonde », où les médecins, à l’époque, étaient trop peu nombreux (1 pour 50 000 personnes).(…) Entre 0 et 5 ans, on comptait entre 70 et75 % d’enfants qui mouraient. (…)Je suis donc arrivé au Nord-Cameroun en juin 1959, avec ma femme Anne-Marie, pour prendre en charge le dispensaire de Mayo. Une chose importante aussi, je ne suis pas parti tout seul,mais avec une équipe du « Développement rural ». C’étaient les théories du Père Lebret, avec [l’association] Économie et humanisme, qui nous avaient appris que c’était du « sale boulot », que de faire seulement de la médecine sans se préoccuper de nourrir les gens. Il fallait conjuguer la médecine, l’agriculture, la formation intellectuelle, technique et tout cela en essayant de conserver les valeurs africaines. (…) C’est là qu’a commencé pour moi une grande saga : l’étude et la valorisation de la pharmacopée africaine. 

B. P. Quelles ont été vos premières impressions ?

P. T. : Au dispensaire, les lépreux se présentaient en grand nombre. Grâce aux institutions internationales, nous disposions du seul produit utile alors concernant cette affection : la Disulone. (…) En 1962, vient au dispensaire, pour une banale diarrhée, un malade que nous avions, dans notre fichier des lépreux, étiqueté à juste titre comme lépromateux, résistant aux sulfones. Son état ne correspondait pas au tableau de gravité que décrivait la fiche. Certes, les quelques phalanges amputées n’avaient pas repoussé, mais tout son corps était sain : plus une seule tache, plus de plaie ; il avait récupéré la jolie peau de ses compatriotes. 

B. P. : Je suppose que cela a dû vous intriguer ?

P. T. : En effet. Je lui demande : « Quel traitement as-tu suivi ? Tu es allé à l’hôpital de Maroua, la ville voisine ?

- Pas du tout ; j’ai suivi le traitement que m’a donné un “vénérable” à la montagne. »

C’est ainsi que l’on appelle, dans leur langue, les vieux sages guérisseurs. Ce patient m’a permis de rencontrer le personnage en question, avec lequel j’ai fait une randonnée d’herboristerie dans la brousse. Il m’a fait ramasser 14 plantes. J’ai été déçu. En effet, certaines d’entre elles étaient des herbes comestibles bien connues qui ne me paraissaient pas avoir la pharmacologie puissante que l’on avait constatée. Et surtout, dans le nombre, comment trouver la plante principale efficace, ce qui conditionnait toute la recherche scientifique future ? 

B. P. : Cette déception ne vous a pas arrêté dans votre recherche.

P. T. : Ayant eu l’impression que cet homme ne me livrait pas son secret, j’ai étendu mon enquête auprès des malades qui m’ont signalé l’existence d’un guérisseur de l’ethnie voisine, les Mbremes, réputé pour ses résultats. (…) Il m’a fait ramasser la racine d’un arbuste, assez rare, dont nous avons plus tard appris le nom botanique : Gnidiakraussiana.

B. P. : J’imagine que vous deviez être impatient d’en connaître le mode d’emploi.

P. T. : J’étais, en effet, curieux de savoir comment l’utiliser.« Il faut faire sécher la racine et la broyer pour en faire une poudre à administrer une fois par semaine. Mais attention… C’est un poison violent ! Je t’indique comment nous faisons, bien que je sache que vous, les Blancs, vous ne croyez pas à ces pratiques. Pour une maladie grave, on sacrifie un poulet, on en fait un bouillon dans lequel on met ça de poudre (“ça” représentait environ 100 mg). Après l’avoir bien fait bouillir, on fait boire le bouillon au malade. » Je n’ai certes pas utilisé cette technique (…).Après quelques années d’étude, j’ai compris que cette ébullition permettait d’éliminer avec la vapeur l’essentiel du toxique et que les protéines du bouillon pouvaient aussi limiter la rapidité d’assimilation du toxique restant. Cette pratique correspondait donc à une technique galénique très performante. (….)

Ensuite je lui ai demandé : « N’aurais-tu pas aussi un remède pour mon camarade européen affligé d’un psoriasis généralisé ? »Il m’a donc confié une poudre tirée de la racine d’un arbre que nous sommes allés tout de suite identifier. (Nous avons su plus tard que c’était le Securidaca longepedunculata) (…). Après trois semaines, il avait récupéré un visage normal (…).

B. P. : Cette rencontre avec votre ami guérisseur vous a conforté, dans votre conception de la médecine, dans votre regard sur l’homme.

P. T. : Cette rencontre ne m’a pas conforté, mais éveillé à une forme de médecine que je ne connaissais pas. Je savais qu’il y avait des guérisseurs, mais je ne connaissais pas l’ampleur de leurs connaissances. (…). Cela m’a ouvert des portes sur des formes de médecine que je ne connaissais pas, auxquelles je n’accordais pas trop d’importance, auxquelles je n’avais pas trop réfléchi, moi qui apportais la médecine européenne aux pauvres gens qui n’avaient rien. Sur le moment,je ne suis pas allé assez loin dans le contact avec les guérisseurs pour que ça change fondamentalement ma vision de la médecine. C’est après coup que j’ai réfléchi sur la médecine africaine et que j’ai compris l’originalité qu’elle présentait, que c’était un monde très riche. (…)Et je me suis dit : la médecine africaine a des éléments qui sont universalisables, en particulier les plantes, dont on peut étudier la phytochimie et la pharmacologie. Mon but a été l’universalisation de cette médecine par la science. 

B.P. : Votre prise de conscience de la nécessité d’universaliser les principes de la médecine africaine remonte-t-elle à votre retour en France, en 1964, ou à plus tard ?

P.T. : Plus tard encore. (…) En 1965, j’ai eu envie de repartir et d’aller en Algérie, pays qui avait besoin de beaucoup de médecins (plusieurs étaient partis au moment de l’Indépendance). Nous sommes arrivés dans le petit port de Collo, dans le Constantinois, un endroit splendide où l’on pouvait vivre tout en faisant un travail intéressant dans cette Algérie désorganisée par la guerre et en train de bâtir son indépendance. Et là, j’ai commencé à débroussailler un petit peu les problèmes des plantes africaines. J’ai apporté les plantes africaines que j’avais commencé à utiliser là-bas, à savoir le Securidaca, le Desmodium, je le connaissais encore très peu (…). Je me suis aperçu qu’il y avait des richesses certaines très importantes dans ces plantes et qu’il fallait qu’un jour ou l’autre je m’y mette. 

À lire : «  30 années de Solidarité avec les malades », de Bernard de Peufeilhoux, par l’Association Solidarité pour le Soutien aux malades

Site du Dr Tubéry : tubéry.pierre.free.fr et www.crp-phyto.com 

La deuxième partie ici :

Hommage au Dr Pierre Tubéry, découvreur du desmodium (partie 2)


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