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Aromathérapie à l’hôpital Des soins plus humains

Aromathérapie à l’hôpital

Des hôpitaux et des centres de soins de plus en plus nombreux utilisent les huiles essentielles en complément de la médecine allopathique. Des infirmières très motivées ainsi que des associations de patients font entrer ces pratiques dans le milieu hospitalier. Et donnent une dimension holistique aux traitements.

Au cours d’une journée à l’hôpital, que l’on soit du côté des malades ou du personnel soignant, la dimension humaine manque souvent à l’appel. La sphère psychologique (angoisses, problèmes de sommeil...) et les effets secondaires des traitements et de l’alitement (problèmes digestifs, escarres...) ne sont pas systématiquement pris en compte, ou alors de manière strictement médicamenteuse.

Pour la famille aussi, l’odeur aseptisée des couloirs hospitaliers constitue en soi une épreuve à surmonter lors des visites. Cependant, plusieurs expériences remarquables sont menées pour améliorer le bien-être des patients, et globalement la qualité de vie à l’hôpital. Elles ont comme point commun le recours à l’aromathérapie.

Pour se sentir bien à l’hôpital

C’est en Allemagne que ces expériences sont les plus nombreuses et les plus avancées. Maria Hoch, infirmière allemande, a introduit les huiles essentielles en milieu hospitalier il y a vingt-huit ans : « J’ai commencé mes premières expériences sur un terrain vierge ; que ce soit en diffusion, en massage ou en friction, l’aromathérapie a tout de suite eu beaucoup de succès auprès des patients.» Dans la clinique Augustinum, à Munich, où Maria Hoch est entrée en 1995, une « chambre d’aromathérapie» a même été créée. Une pièce pour se sentir bien à l’hôpital en quelque sorte. « Dans cette clinique, l’odeur des huiles essentielles est partout », relate l’infirmière. Des mélanges sont diffusés dans les chambres, pour purifier l’air en journée ou pour faciliter le sommeil la nuit venue. Des synergies sont appliquées sur la peau pour relaxer les patients, mais aussi pour éviter les phlébites ou en prévention des escarres.
«C’est en expansion dans toute l’Allemagne et cela se fait en étroite collaboration avec la médecine allopathique », se réjouit Maria Hoch. Plus modestement, l’aromathérapie en France est aussi en train de gagner du terrain en milieu hospitalier. Les laboratoires Eona, spécialisés dans les soins aux huiles essentielles, fournissent désormais 200 hôpitaux et 150 maisons de retraite. Son président, Laurent Berlie, précise : « Cela fait plus de dix ans que nous menons des programmes, notamment en gérontologie.» Plusieurs CHU sont désormais acteurs de cette aventure aromatique : à Angers en soins palliatifs ainsi qu’en pneumologie et en gynécologie, à Poitiers au sein du pôle de cancérologie, et à Rennes où le projet a commencé dans trois services et s’étend désormais à une dizaine, notamment en chirurgie. Des hôpitaux plus modestes se lancent également : Annonay, en Ardèche, Roanne, en Saône-et-Loire, et Colmar, en Alsace. Des centres de lutte contre le cancer et même des maisons de retraite se tournent vers les huiles essentielles.

Des infirmières à l’origine des projets

En général, les initiatives reposent sur des volontés individuelles. Le plus souvent, ce sont des infirmières ou des cadres de santé qui sont moteurs des projets. « Les personnes qui sont au plus près des malades savent ce dont ils ont besoin », explique Carol Scheidel, infirmière nord-américaine présente au dernier congrès international d’aromathérapie de Grasse. Et si, au départ, ces initiatives reposent sur l’énergie d’une seule personne, celle-ci se diffuse et bon nombre d’expériences s’inscrivent désormais dans la durée. Il semblerait que...

l’aromathérapie soit si appréciée par les malades et les soignants, que même des professionnels surchargés de travail prennent le temps de se former et de réaliser les soins. En l’occurrence, à l’hôpital Saint-Louis de La Rochelle, malgré le départ du Dr Jean-Christophe Charrié, on continue de soigner les escarres avec une spécialité contenant des huiles essentielles de lavande, de romarin et de girofle.

Médecine holistique

Dans les projets menés en France, le but recherché peut être très trivial: lutter contre les mauvaises odeurs qui isolent les malades de leur entourage. Au CHU de Rennes, on diffuse dans ce but des huiles essentielles de lavandin super et d’agrumes (litsée citronnée, pamplemousse, oranger doux, citron jaune). Mais comme en Allemagne, les projets français s’inscrivent souvent dans une démarche de médecine holistique, c’est-à-dire que les maux de l’esprit sont traités à l’égal de ceux du corps. Est-il nécessaire de rappeler que les huiles essentielles sont dotées d’un grand pouvoir de relaxation ? Face à l’anxiété ou l’insomnie, la diffusion ou les effleurements (massages légers) à base d’huiles essentielles soulagent les malades. Plusieurs études récentes menées dans des maisons de retraite à Angers, en Meuse et en Vendée, ont montré que le recours à l’aromathérapie avait entraîné un moindre recours aux tranquillisants, neuroleptiques et somnifères. La conséquence est notamment un moindre risque de chute chez les personnes âgées qui sont détendues sans être pour autant somnolentes.

Mais en plus, les patients bénéficient d’une attention et d’un contact plus humain au travers de l’aromathérapie: les parfums stimulent leurs sens, sans parler des multiples bienfaits des massages. «Ce sont des rendez-vous que les patients ne ratent pas, raconte Alexia Blondel qui anime des séances olfactives au pôle cancérologie du CHU de Poitiers. De six à sept personnes par atelier, une vingtaine participent aujourd’hui. Ce sont des moments d’évasion qui permettent de vivre les rendez- vous au CHU autrement.»

Un grand professeur se lance dans l’aromathérapie

Ces expériences encourageantes se heurtent toutefois au manque de financement et d’études cliniques sur l’usage des huiles essentielles en milieu hospitalier. Mais depuis peu, les barrières tombent et certains médecins commencent à les utiliser malgré cette absence : Philippe Robert, professeur de psychiatrie et directeur du Centre de la mémoire de Nice, se tourne vers les huiles essentielles telles que la lavande ou le romarin afinn d’améliorer le comportement de malades d’Alzheimer. À l’hôpital Saint-Nicolas d’Angers, plusieurs médecins ont bénéficié d’une formation en aromathérapie depuis 2010 dans un service de gérontologie. Ce projet est d’ailleurs le premier à avoir reçu en mars 2014 le prix « Huiles essentielles et innovation clinique en gériatrie », délivré par la Fondation Gattefossé. Dans cet hôpital, en plus de la diffusion pour lutter contre les mauvaises odeurs et le « toucher-massage » contre l’anxiété et l’insomnie, le Dr Hanane Besselièvre et son équipe vont mettre en place un « protocole tea tree » contre les mycoses cutanées.

Alors restons confiants car à chaque fois que les huiles essentielles rentrent par la petite porte de la diffusion, elles conquièrent ensuite rapidement les malades, les familles et le corps médical. Aux côtés d’autres approches de médecines douces telles que l’hypnose, l’ostéopathie ou encore l’acupuncture, l’aromathérapie a de beaux jours devant elle pour ouvrir une nouvelle dimension, plus humaine, du soin.

Les voyages olfactifs du CHU de Poitiers

Au CHU de Poitiers, des cadres de santé du pôle de cancérologie  ont constaté que les patients ont de plus en plus recours, chez eux, à l’aromathérapie. Ils ont souhaité ne pas rester étrangers à cette pratique pour éviter les problèmes d’interaction avec les médicaments, mais surtout pour valoriser  les huiles essentielles face aux effets secondaires des traitements. Une spécialiste en aromathérapie a ainsi été  sollicitée pour mettre en place des formations : Alexia Blondel anime depuis un an et demi  des ateliers mensuels à l’adresse de personnes en cours de traitement ou en rémission.  

Au cours d’un atelier, trois ou quatre huiles essentielles sont présentées. « Nous avons  intitulé ces ateliers “voyages olfactifs” car on part de la plante et l’objectif est aussi de se  reconnecter avec la nature », explique Alexia Blondel. Désormais, les patients hospitalisés  demandent que soit diffusée une huile essentielle le soir venu, par exemple la bergamote contre les angoisses ou la mandarine pour le sommeil. Les cadres de santé du CHU  comptent élargir le projet en testant la menthe poivrée et le citron pour diminuer  les nausées ou l’hélichryse pour traiter les hématomes.  www.alexia-blondel.fr

Des odeurs pour alléger l’atmosphère

Les hôpitaux utilisent les huiles essentielles surtout en diffusion. Elles contribuent à  éloigner les mauvaises odeurs, un motif facile à faire accepter par le milieu hospitalier.  Mais on sait bien que leurs effets ne s’arrêtent pas là. L’empreinte olfactive, par sa qualité  vibratoire et informationnelle, touche d’autres sphères. Ainsi les agrumes (mandarine,  pamplemousse...) aident à rétablir le calme, la quiétude, quand l’atmosphère est lourde.  D’autres, quand on les respire en conscience, aident à se reconnecter à soi-même.   C’est le cas de la sauge à feuille de lavande (Salvia lavandulifolia).

Un plan aroma contre Alzheimer

Dans les pays occidentaux, les chiffres concernant la maladie d’Alzheimer donnent  le vertige. Le nombre de  cas ne cesse d’augmenter et pourrait doubler au cours des prochaines décennies.  « Ces données effrayantes nous obligent à trouver des solutions pour que les personnes souffrant d’Alzheimer conservent le  plus longtemps possible une certaine autonomie, estime Monika Furtner, infirmière allemande praticienne en aromathérapie. Les huiles essentielles représentent un soutien pour aider les gens à mieux vivre leur maladie. » Cette spécialiste raconte :  « L’inhalation permet de se reconnecter à des souvenirs : les personnes âgées, bien que leur sens olfactif diminue, peuvent le retrouver en s’entraînant avec des huiles essentielles. » Dans sa pratique, Monika Furtner scrute les visages qui parfois s’illuminent en réaction à certaines odeurs.  En particulier, la sauge à feuille de lavande est utilisée pour son action sur le cerveau ;  tandis que le romarin à cinéole est expérimenté au Centre de la mémoire de Nice. Un mélange diffusé dans les chambres ou appliqué dilué en friction est employé sur les patients particulièrement agités. « Entre nous, nous l’appelons l’huile de la démence »,  confie l’infrmière qui s’enorgueillit d’avoir permis à de nombreux malades de se reconnecter à leur identité.

Un moment de partage

L’aromathérapie améliore aussi le  quotidien du personnel médical,  comme en témoigne cette aide-soignante de l’hôpital Saint-Nicolas d’Angers. « Depuis que j’ai introduit le toucher relaxant pour des personnes ayant des  troubles importants du comportement  tels que la déambulation, l’agressivité  et l’angoisse, j’ai constaté que la relation soigné-soignant est de meilleure qualité, se fondant sur la confiance.
Dans la journée, la personne, malgré  ses troubles cognitifs, saura me reconnaître comme quelqu’un de bien veillant, quelqu’un qu’elle peut accueillir dans sa sphère. C’est un moment de partage extraordinaire. » 

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