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Plaidoyer pour les insectes

Andrène de printemps

Sous nos latitudes, 80 % des plantes à fleurs sont entomogames, ce qui signifie qu’elles dépendent des insectes pollinisateurs pour se reproduire. Et ils sont nombreux ! Outre l’abeille domestique, hyper médiatisée, il y a près de 2 000 espèces d’abeilles sauvages en Europe, dont 1 000 en France (pour un total de 25 000 dans le monde). Ainsi que des papillons, des coléoptères et des syrphes – mouches à l’allure de guêpes ou de bourdons que l’on élimine par confusion. Tous sont bien plus efficaces pour la pollinisation que les habitantes de nos ruches, et indispensables à beaucoup de plantes.

Relations exclusives entre plantes et insectes

De nombreuses gentianes vont ainsi de pair avec les Maculinea (petits papillons bleus). La bardane s’associe avec les syrphes et les bourdons. Les andrènes de printemps sont exclusives des saules, la collète de la callune s’approvisionne sur les bruyères et les abeilles sauvages affectionnent les Astéracées (la tanaisie, le pissenlit...). Certains insectes monolectiques ne butinent qu’une seule espèce de plante, comme...

l’andrène de la bryone, la mélitte de la salicaire ou la collète du lierre. Les arbres fruitiers du genre ficus (figuiers) sont, eux, affiliés à un pollinisateur spécifique.

Ces relations très étroites rendent parfois l’insecte et sa plante dépendant l’un de l’autre : on parle alors de coévolution. Le plus remarquable exemple est sans doute celui de l’Étoile de Madagascar, une orchidée dont la corolle est si profonde (plus de 30 cm) qu’elle ne peut être visitée que par le sphinx de Morgan, unique papillon de nuit possédant un rostre (une trompe) de la longueur adéquate. Le décryptage de ce mécanisme fascinant, qui atteste de l’évolution synchrone des deux spécimens, a guidé Charles Darwin en personne dans la conception de sa fameuse théorie.

Des espèces en voie de disparition

C’est la synergie parfaite des différents acteurs qui maintient l’équilibre des écosystèmes, nous offrant au passage 70 % de la diversité de nos ressources alimentaires. Sans eux, adieu légumes et fruits juteux... Mais le rôle des insectes ne s’arrête pas à la pollinisation. Ils interviennent dans tout le cycle de développement du végétal (régulation de la croissance des plantes, fertilisation, régénération des sols). Certains « nettoyeurs » nous permettent aussi de vivre dans un environnement sain. Malheureusement, la plupart d’entre eux sont aujourd’hui gravement menacés d’extinction. Depuis la fin des années 1990, les entomologistes alarmés parlent d’EPI – effondrement des populations d’insectes – pour qualifier l’ampleur du désastre. En 2017, une étude allemande parue dans la revue Plos One lève le voile : les espaces naturels du pays ont vu chuter le nombre d’insectes de 75 % en trente ans. Cela est d’autant plus ahurissant que ces études concernent des sites protégés !

La tendance est révélatrice sur tout le continent. Ces chiffres devraient être plus largement divulgués, pour inquiéter le grand public et inciter les gouvernements à prendre des mesures. Parce que ces petits êtres sont des rouages indispensables de la chaîne du vivant. Chacun doit en prendre conscience et, surtout, les apprécier pour ce qu’ils sont. Se réjouir de leur simple présence, ravissement pour les yeux et parangon de mystère pour la science, plutôt que de leur faire la chasse. Observez autour de vous la minutie des abeilles et la force des fourmis, l’agilité des syrphes ou encore la grâce des papillons. Vous pourriez bien finir par les trouver beaux, les accepter et, pourquoi pas, les aimer ?

À propos de l’auteure : Morgane Peyrot est en service civique au Conservatoire d’espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais

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