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De l’usage antique de l’ail

Ail

Depuis la redécouverte des vertus santé du « régime méditerranéen », l’ail est mis à l’honneur à toutes les sauces : pour ajouter sa signature aux plats, mais aussi sous forme de compléments alimentaires censés concentrer toutes les vertus de ce « remède ancien » pour la santé cardiovasculaire. Mais les Grecs de l’Antiquité l’utilisaient aussi à d’autres fins, beaucoup plus surprenantes.

Durant la période hellénistique (de la mort d’Alexandre aux conquêtes romaines), l’ail était surtout un condiment apprécié dans le bassin méditerranéen, utilisé en si grande quantité qu’on tenta même d’en faire pousser en Égypte, mais sans succès. Si son usage est peu à peu devenu médical chez les Grecs de l’Antiquité, les propriétés thérapeutiques qu’on lui prêtait semblent bien curieuses à l’observateur contemporain. En effet, ses deux domaines d’action privilégiés étaient les yeux et la fertilité. Si l’utilité oculaire de l’ail a fait un temps débat parmi les médecins hippocratiques, on voit peu à peu la plante potagère trouver sa place dans les traitements. On propose par exemple de manger de l’ail cru en cas de cécité nocturne, ou bien en gâteau, mélangé à de l’orge après l’application de remèdes oculaires. Le poète comique Aristophane (Ve siècle av. J.-C.) s’amusa d’ailleurs de cet usage, proposant dans une de ses pièces un mélange de purée d’ail cru et de vinaigre à déposer directement sous les paupières…

Test de grossesse

Plus étrange encore, et révélateur de la conception grecque du corps humain, est l’usage réservé à l’ail dans le cadre des problèmes de...

fertilité. L’ail est parfois utilisé comme une sorte de test de grossesse dans le corpus hippocratique. Après avoir appliqué une gousse pelée directement à l’entrée de l’utérus, on teste l’haleine de la femme le lendemain. Haleine chargée : la femme n’est pas enceinte. Haleine fraîche : elle pourrait attendre un enfant. Les Grecs imaginaient en effet une sorte de tube traversant tout le corps de la femme, dont l’obstruction pouvait indiquer la présence d’un foetus. Mais un tube obstrué pouvait également, dans certains cas, expliquer l’infertilité. Ici l’ail, en tant que plante génératrice de « vent » ou de circulation du « pneuma » (souffle vital) dans le corps, ne jouait pas seulement un rôle de test de grossesse, mais pouvait aussi évacuer les blocages et favoriser la conception. Dans certains cas, un « vent » trop fort pouvait en revanche être abortif, en particulier lorsque l’ail était associé à une autre plante condimentaire aujourd’hui disparue, le silphion.

On trouve enfin dans les textes grecs anciens des références à l’ail utilisé comme une sorte de ceinture de chasteté olfactive, notamment lors du festival de Skira, une parenthèse potentiellement licencieuse qui marquait la fin de l’année et célébrait les dieux Poséidon, Déméter et Athéna. Lors de cette période de suspension temporaire des obligations conjugales, tandis que les hommes s’adonnaient de leur côté aux jeux, les femmes se retrouvaient ensemble et mangeaient beaucoup d’ail pour tenir leurs maris à distance. Dans une autre comédie d’Aristophane (« L’Assemblée des femmes »), la fête sert même de toile de fond à un renversement de l’ordre patriarcal.

Mystérieux silphion

Plante médicinale et condimentaire très appréciée des Grecs et des Romains, le silphion était si rare et si cher qu’il figurait au dos de pièces de monnaies dans la colonie grecque de Cyrène (actuelle Libye), dont il était l’emblème. On convoitait surtout sa résine, translucide et odorante, obtenue en incisant la racine ou la tige et en laissant sécher le suc. Râpé ou dissous pour en faire un condiment de luxe, le « suc de Cyrénaïque » était aussi un remède digestif, antalgique, antiseptique, contraceptif ou abortif prescrit par Hippocrate, Dioscoride ou Galien. Vendue selon Pline l’Ancien au prix de l’argent, la plante est surexploitée et se fait rare dès le IIe siècle. On réglemente alors sa récolte, ce qui n’empêche pas sa disparition au Ve siècle. Malgré des tentatives d’identification de la plante depuis le XIXe siècle, on sait simplement qu’il s’agissait d’une ombellifère du genre Ferula, une cousine plus ou moins lointaine de la férule commune ou de l’ase fétide.

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