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L’ascension des savoirs monastiques

savoirs monastiques

Héritières de savoir-faire vieux de plusieurs siècles, les communautés religieuses sacrifient volontiers au marketing moderne pour promouvoir ce patrimoine unique. Et ça marche ! Sur Internet, en boutique, ou même livrés à domicile dans des « box », élixirs, tisanes et liqueurs séduisent de plus en plus de consommateurs en quête d’authenticité. Un exemple de compromis réussi entre le meilleur de la tradition et les exigences de la modernité.

Depuis leur lieu de vie clos, régi par d’anciennes coutumes et traditions, les communautés monastiques sont engagées à leur manière dans la vie de notre temps. Soumis pour bon nombre d’entre eux (ceux qui relèvent des ordres contemplatifs) à la règle de saint Benoît, les moines partagent leur journée entre travail et prière : « Travailler fait partie de notre vie, raconte le Frère Marc Henri de l’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, ce n’est pas un passetemps, c’est une contribution. »

Le travail des moines, héritiers d’une longue tradition, inspire confiance : qualité, authenticité et spiritualité entourent la fabrication de leurs produits, souvent associés aux connaissances médicinales accumulées par les religieux depuis la chute de l’Empire romain et l’introduction d’un jardin des simples au sein des monastères. Dans l’imaginaire collectif, les secrets de fabrication des remèdes se transmettent « de frère en frère », derrière les hauts murs des cloîtres, et leurs produits sont réservés au « bouche-à-oreille » des habitants alentour. Pourtant, la réalité décrite par une Soeur de l’association Monastic, est bien différente : « On évolue avec la société, explique-t-elle. L’idée selon laquelle nous vivons hors du temps est une légende. Nous nous adaptons au monde et à l’économie modernes. » Des élixirs comme l’Alexion, des baumes du pèlerin, des lotions comme l’eau de mélisse, la Blandinine, des huiles essentielles, tisanes, confitures, miels et vins… dans la mouvance du bio et du commerce équitable, les produits monastiques sont à la mode. Des « bobos » des grandes villes en quête d’un mode de vie plus sain et d’un peu de spiritualité aux fidèles souhaitant soutenir leur communauté, l’artisanat monastique se vend maintenant partout et à bon prix, touchant un public toujours plus large.

S’adapter au monde moderne : le marketing monastique

« Les moniales et moines n’ont pas la naïveté d’oublier que, dans le contexte actuel de la société et de l’économie, ils doivent s’imposer et se comporter en professionnels s’ils ne veulent pas être écrasés par la concurrence et disparaître. » Apparemment alarmistes, ces mots de Bruno Dardelet, auteur spécialiste de l’économie cléricale, reflètent les difficultés financières que rencontrent certains monastères français.
En effet, la baisse des vocations et des dons, ajoutée aux dépenses d’entretien et de mise aux normes des bâtiments (notamment pour recevoir le public), affaiblit les finances des communautés, pour lesquelles travailler devient une réelle nécessité économique. Ainsi, bien qu’on puisse s’étonner qu’un monde ayant fait voeu d’ascèse et de pauvreté aille à la rencontre de la société de consommation, les moines et moniales se doivent aujourd’hui d’être de bons commerciaux, les bénéfices de la vente de leurs produits complétant ceux des appels aux dons et au sponsoring.

Pour les aider à entrer dans le « marketing monastique », l’association Monastic regroupe plus de 200 communautés adhérentes et s’efforce d’accompagner leur développement économique, par le conseil, la formation, l’entraide et l’attribution d’une marque et d’un logo « Monastic ». Sorte de label, le logo apposé sur les produits assure au consommateur qu’il a été fabriqué au sein du...

monastère, sous la responsabilité des moines et des moniales. En effet, avec l’augmentation de la demande, certaines communautés, comme l’abbaye de Sept-Fons, délocalisent ou sous-traitent la production de leurs produits, faute de matériel, de main-d’oeuvre ou de temps.

Tradition et solidarité

On le voit, entre les différents ordres, la solidarité s’organise : les abbayes s’approvisionnent réciproquement, matériel, compétences et savoir-faire sont mutualisés. Des boutiques en ligne et magasins spécialisés vendent leurs produits. Pour mettre ces derniers en valeur, l’association Aide au travail du cloître (ATC) se donne pour mission de venir en aide aux communautés religieuses. L’objectif étant, notamment, d’assurer la subsistance des membres desdites communautés. Outre son rôle dans la formation professionnelle ou l’aide financière à l’achat d’outils de travail, elle est à l’origine de la chaîne de magasins L’Artisanat monastique. Ces boutiques, présentes dans les grandes villes de France et sur Internet, permettent aux monastères de diffuser leurs produits à l’échelle nationale.

Malgré la demande accrue, les exemples sont nombreux de ces abbayes ou monastères qui, chaque jour, tentent de s’adapter au monde et à la demande tout en conservant la mainmise sur leur savoir-faire et la production de leurs produits. À l’abbaye Notre-Dame de Maylis, dans les Landes, les moines bénédictins exploitent une plante médicinale peu connue : la maylis ou Lepidium latifolium, cultivée au sein du monastère depuis soixante ans. C’est le Père Emmanuel, qui, après l’avoir testée sur son cousin souffrant de coliques néphrétiques, décide d’en faire la culture, puis le commerce, d’abord local par le biais de particuliers, médecins et pharmaciens, puis national, grâce au réseau des commerces monastiques.

Aujourd’hui vendue sous le nom de Plante de Maylis, cette plante détox a fourni l’ensemble des revenus commerciaux de la communauté jusqu’en 2000. Depuis, les moines testent d’autres cultures : ils agrandissent leur rucher pour produire de la cire d’abeille, et cultivent de l’épeautre, reine des céréales selon sainte Hildegarde de Bingen. Si la totalité de leur production de plante de Maylis se fait au sein du monastère, les moines font appel, depuis trois ans, aux travailleurs d’un ESAT (Établissement et service d’aide par le travail) pour mettre en sachet leur production. « C’est mieux que de recourir à une ensacheuse, explique le Frère Joseph, grâce à eux, nous avons pu changer entièrement le packaging de notre tisane. »

À l’abbaye d’Aiguebelle (Drôme) se trouve l’atelier de production de l’Alexion, élixir fortifiant à base de 52 plantes médicinales cultivées par des producteurs locaux « et le plus possible, bio », ajoute le frère en charge. Les frères bénédictins cultivent aussi du lavandin qu’ils distillent pour obtenir de l’huile essentielle. Au monastère de Bouzy-la-Forêt, dans le Loiret, les moniales fabriquent encore ellesmêmes chaque année 7 000 bouteilles d’eau d’émeraude, lotion merveilleuse pour la peau et l’hygiène buccale.

Au monastère de la Grande Chartreuse, c’est une distillerie qui a repris la fabrication de la liqueur. Toutefois, la livraison et le mélange des plantes se font au monastère, dans la salle des plantes. Et pour cause ! Le secret n’a pas franchi les hauts murs du couvent : seuls les pères chartreux connaissent le nom des 130 plantes qui composent leur liqueur. « On évolue en même temps que la société. » Les moines et moniales français ont en effet su adapter leurs nécessités économiques à la règle de saint Benoît, car, quelle que soit la façon dont ils sont fabriqués, les produits monastiques ont su garder une empreinte particulière.

Les vertus détox de la Maylis

La grande passerage (Lepidium latifolium) est cultivée depuis soixante ans au sein de l’abbaye Notre-Dame de Maylis. Rebaptisée plante de Maylis par les moines qui l’exploitent, elle tient ce nom du village landais dans lequel est implantée l’abbaye. Étymologiquement, May signifie mère et lys renverrait à la fleur de lys, symbole de pureté. Le nom de « mère de la pureté » convient tout à fait à cette plante détox aux vertus drainantes des systèmes digestif, biliaire, rénal et urinaire. En vrac ou en gélules, elle se consomme en cures. « Veillez tout de même à boire beaucoup d’eau lorsque vous faites une cure de plante de Maylis », prévient le Père Joseph.

Recettes secrètes des monastères

L’Alexion
Inspiré de la tradition liquorale monastique, l’Alexion est une boisson fortifiante sans alcool composée de 52 plantes. Il est produit en quantité limitée (60 000 bouteilles par an) au sein du monastère avec des plantes de la Drôme. Boire à jeun le matin et le midi, une demi-heure avant le repas.

L’eau d’Émeraude
Issue d’une recette secrète léguée par un apothicaire à sa bonne, entrée dans les ordres, l’eau d’émeraude est une lotion à base de miel et de plantes médicinales macérées. Idéale sur les peaux blessées ou abîmées et contre les chocs, elle s’utilise aussi comme lotion buccale.

La liqueur de la Chartreuse
C’est en 1605 que le maréchal d’Estrée remet aux moines de la Chartreuse (en Isère) un manuscrit révélant la formule d’un « élixir de longue vie ». Aujourd’hui déclinée en différentes liqueurs et surtout consommée comme apéritif, elle garde son rôle digestif et tonique. Seuls deux moines de l’ordre connaissent les détails de sa production.

Le baume du pèlerin
Pour soulager les pieds meurtris des pèlerins passant par l’abbaye de Ganagobie, située sur la route de Compostelle, le père Guillot a créé une pommade destinée à soulager les blessures des marcheurs. Ce baume contient des huiles essentielles : l’eucalyptus (pour son action antiseptique), le camphre (analgésique), la menthe (décongestionnante), la girofle (désinfectante) et la sauge (pour son action contre la transpiration). Il est efficace sur les crevasses et callosités, détend et rafraîchit les pieds échauffés. 

Les « box monastiques »

Les produits monastiques sont à la mode. Pour soutenir les communautés et profiter de leurs produits sans même avoir à se déplacer, il existe des box envoyées chaque mois à votre domicile. La Box de Séraphin propose ainsi une large sélection de produits monastiques, allant des gourmandises aux produits de soin. La Divine box propose quant à elle de découvrir chaque mois l’artisanat monastique (en majorité de l’épicerie fine) selon un thème particulier : la vigne, la ruche, l’olive. À partir de 29 E par mois.

Les bières trappistes

Sous l’égide des Cisterciens, la communauté trappiste est connue notamment pour la fabrication de bières. Les bières trappistes font aujourd’hui l’objet d’une appellation contrôlée : elles doivent être brassées dans le respect des critères définis par l’Association internationale trappiste. Cette association délivre le logo Authentic trappist product (ATP) aux bières qui ont été brassées dans les murs d’une abbaye trappiste ou à proximité, par ou sous le contrôle des moines. Enfin, une partie des bénéfices des ventes doit être utilisée pour garantir la survie financière de la communauté, l’autre partie étant reversée à des oeuvres caritatives. À ce jour, il existe douze bières portant le logo ATP. 

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