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Les Bwabas Tresses de graminées pour amoureux

Bracelet

Dans les sociétés traditionnelles, on a recours à certaines plantes en guise de marque d’affection. Au Burkina Faso, dans l’ethnie des Bwabas, des bracelets de graminées symbolisaient l’amour entre deux adolescents.

On les appelle les gens des feuilles : les Bwabas, qui vivent dans l’est du Burkina Faso, entretiennent des liens très étroits avec la nature. « Quand d’autres populations enlèvent tous les arbres, les Bwabas conservent des bois sacrés au sein du village et des arbres dans leurs champs », explique Anne Fournier, phytoécologue de l’Institut de recherche pour le développement à Paris. Les végétaux servent à confectionner les masques rituels, les instruments de musique, la vaisselle et auparavant leurs vêtements aussi. L’organisation du village, installé au coeur de la savane, et les structures sociales ont longtemps été très liées au paysage. Autour des maisons s’étendent les champs de brousse où alternaient jadis cultures et jachères. Les champs étaient collectifs et répartis par groupes par les chefs de famille. Jusque dans les années 1980 environ, les enfants menaient les...

troupeaux dans les jachères ou protégeaient les cultures des oiseaux. C’est là que les adolescents récoltaient deux graminées de la savane, Digitaria gayana et Loudetia togoensis. Ces dernières étaient tissées pour devenir des bracelets qu’ils offraient à l’élu ou l’élue de leur coeur. Si le cadeau était accepté, un couple se formait et les amoureux accumulaient les parures.

Séduction et jalousie

Les adultes restaient éloignés de ces amourettes. Ils laissaient cependant faire, voire poussaient les jeunes à découvrir la sexualité. Cette liberté était possible jusqu’au mariage. Les parures devenaient le support d’enjeux très importants. Chaque enfant voulait faire le plus beau bracelet, atteindre le plus haut niveau de complexité pour conquérir son amoureux. Les plus petits apprenaient avec les bracelets abandonnés par les plus grands. Les tissages au début à deux brins pouvaient vite comprendre jusqu’à vingt brins. Quelques jeunes filles particulièrement douées se voyaient même rémunérées par les autres. Mais les jalousies éclataient aussi. Si un jeune homme repérait aux bras de son amante, un bijou ne venant pas de lui, la relation était brisée et des batailles pouvaient s’ensuivre. Ces rites se sont maintenus jusque dans les années 1990, quand la culture du coton s’impose massivement. Les champs collectifs disparaissent alors au profit d’espaces individuels. Les espaces cultivés recouvrent une surface bien plus grande et les pâturages, liés aux zones cultivées en repos, disparaissent.

Toute l’organisation sociale des Bwabas s’en est trouvée modifiée. Alors que les femmes produisaient ensemble le beurre de karité, elles se sont mises à travailler au champ de leurs maris. Les enfants ont découvert l’école. Les pâturages ayant disparu, les jeunes n’ont plus eu l’occasion de ramasser les deux graminées et la pratique des bracelets a disparu. Des habitudes bien différentes leur ont succédé. Un adulte bwaba cité par Anne Fournier explique que « depuis que l’argent a tout envahi, il ne suffit plus d’offrir des bracelets d’herbes, il faut des cadeaux d’argent ». Les plus âgés gardent cependant encore la trace nostalgique de ce temps. Et dans la savane, les plantes de l’amour restent encore libres.

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