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Symbolisme et cycle des saisons au Japon

  • Ipomoea nil
    Ipomoea nil
  • Momiji
    Momiji
    Momiji
  • Miscanthus sinensis
    Miscanthus sinensis
  • Symbolisme et cycle des saisons au Japon
    Symbolisme et cycle des saisons au Japon

Le lien des Japonais avec la nature s’appuie sur des traditions très fortes, qui rendent hommage chaque saison à des végétaux spécifiques. Petit zoom sur ces arbres, fleurs ou herbes qui, à un moment de l’année, revêtent une importance particulière au Pays du Soleil-Levant.

Dire que les Japonais aiment les plantes est en dessous de la réalité. Ces dernières tiennent dans leur vie une place essentielle, difficilement compréhensible en Occident. Tout au long de l’année, des végétaux se succèdent comme symboles d’une saison particulière, ­formant ainsi une référence commune à tous les habitants de l’archipel.

L’abricotier du Japon

Au printemps, dès le mois de mars, un arbuste se couvre de jolies fleurs blanches ou roses : c’est l’abricotier du Japon, ume. Originaire du sud-ouest de la Chine, il a été introduit dans le pays avec le bouddhisme, vers le VIe siècle de notre ère. Il est souvent nommé à tort prunier du Japon, alors qu’il appartient à la même section que notre abricotier commun.

Plus tôt en saison que le sakura (cerisier japonais), l’ume donne lieu à la cérémonie de la contemplation des fleurs, l’ume no hanami. Elle est particulièrement appréciée des personnes âgées, plus traditionalistes. Pour les Japonais, l’ume évoque le renouveau de la végétation. Quand il fleurit, le sol est parfois encore couvert de neige et les branches sont dépourvues de feuilles. Sur des rameaux paraissant morts apparaît la beauté des fleurs, dans un monde triste dont elles annoncent le renouveau.

Les fruits, ume no mi, restent d’un vert jaunâtre à maturité, et sont acides. Ce ne sont pas de bons fruits de table, pourtant leur place dans l’alimentation nippone est fondamentale. Ils sont lactofermentés dans du sel pendant quatre à cinq semaines avec des feuilles de shiso rouge (Perilla frutescens) pour préparer les umeboshis. Un de ces abricots fermentés, placé au centre d’un bol de riz blanc, évoque le drapeau de l’Empire du Soleil-Levant.

Les umeboshis sont réputés fortifiants, digestifs et antiseptiques. On utilise comme vinaigre, sous le nom d’ umezu, le jus obtenu pendant leur fermentation . Mais la préparation la plus appréciée dans tout l’archipel est l’ umeshu,

> une liqueur confectionnée avec les fruits trempés dans de l’eau-de-vie (shōchu) avec du sucre. Sa saveur d’amande amère la rend très spéciale.

L’abricotier du Japon (Prunus mume) est un arbre à cime arrondie de 4 m à 6 m de haut, à écorce grise. Ses feuilles à la fois large et allongées, sont aiguës à leur sommet et finement dentées sur les bords. Leurs fleurs ont une corolle blanche ou rose. À Tsukigase, près de Nara, ancienne capitale du Japon, plusieurs hectares plantés de cet abricotiers colorent le paysage. 

L’ipomée du Japon

L’ipomée du Japon, asagao, est le symbole du plein été, où l’atmosphère devient lourde pendant de longues semaines. D’origine tropicale, cet élégant végétal grimpant a été introduit de Chine à l’époque de Heian (794-1185) comme plante médicinale – ses graines sont purgatives. Il est cultivé comme plante ornementale depuis la période d’Edo, quand davantage de gens commencèrent à vivre en ville, car l’ipomée pousse facilement en jardinière. Sa culture devint une mode qui ne s’est pas éteinte.

En été, de nombreux marchés aux ipomées ont lieu dans les grandes villes. Le plus grand est le festival d’Iriya, qui se tient à Tokyo au début du mois de juillet depuis plus d’un siècle. Pendant trois jours, quelque 400 000 visiteurs se pressent autour de la centaine de stands proposant ces fleurs populaires. À l’heure actuelle, les élèves de 6 ans mettent ses graines en pot à l’école pour apprendre à cultiver les plantes. Sa croissance très rapide émerveille les enfants !

L’ipomée du Japon (Ipomoea nil) est une plante à tiges volubiles qui s’enroulent autour de leur support. Ses grandes fleurs en entonnoir ressemblent à celles de nos liserons. Il existe un grand nombre de variétés d’ipomées.

L’érable

Kōyō est à l’automne ce que hanami, la fête des cerisiers en fleurs, est au printemps. Ce terme, qui signifie « feuille rouge », correspond au changement de couleur des feuilles lorsque viennent les premiers froids. Il s’applique particulièrement aux érables, momiji. On parle d’ailleurs aussi de momijigari, « chasse aux érables » : cette coutume a lieu dans tout le pays et les cartes routières indiquent les lieux les plus spectaculaires, avec la date où les couleurs sont les plus belles. Des milliers de touristes s’y pressent et les embouteillages sont fréquents.

En certains lieux, souvent près des temples, un éclairage permet d’aller admirer les érables la nuit, ce qui procure d’intenses émotions esthétiques. De façon générale, le momijigari commence à la mi-septembre sur la grande île du nord, Hokkaido, et progresse régulièrement vers le sud : en novembre il est au centre du Japon (Tokyo, Kyoto) jusqu’en décembre sur l’île de Kyushu. La saison dépend aussi de l’altitude et, comme le Japon est un pays de montagnes, il est possible d’aller contempler les « feuilles rouges » pendant plusieurs semaines dans la même région.

Plusieurs dizaines d’espèces d’érables poussent au Japon. Deux sont fréquentes :  l’érable du Japon (Acer japonicum) aux feuilles divisées en sept à onze lobes, et l’érable palmé (Acer palmatum), aux cinq à sept lobes très aigus. Des variétés se retrouvent en bonsaïs.

Le susuki

La fin de l’automne correspond à l’­ O-tsukimi, la contemplation de la lune. À cette occasion, les Japonais préparent un bouquet de susuki et le posent sur l’ engawa, le couloir extérieur de la maison traditionnelle. Ils admirent l’astre de la nuit en offrant des dango, de petites boulettes de riz gluant. Le susuki, originaire du Japon, de la Chine, de l’Indonésie et des Philippines, est parfois connu en français sous le curieux nom d’herbe à éléphants.

Dans le contrejour d’un soleil couchant d’automne, après une journée claire et froide, les inflorescences par transparence évoquent toute la beauté nostalgique de cette saison qui se fondra dans le rigoureux hiver nippon avant de reprendre un nouveau cycle, rythmé par l’apparition successive des plantes et leur appréciation par les Japonais.

Le susuki (Miscanthus sinensis) est une graminée pouvant dépasser 2 m de hauteur. Ses tiges minces et dressées portent de longues feuilles, bordées de minuscules dents de scie qui les rendent coupantes. Elles se terminent par des touffes de fleurs miniatures.
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