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L'obsession ancienne de la vermifugation

Ail

Armoises, pensée sauvage, fougère mâle… dans les campagnes, on avait facilement recours à ces plantes pour chasser des parasites, alors très courants. Mais toutes n'avaient pas que des propriétés vermifuges et certaines pourraient être remises à l'honneur.

Il n’est pas une enquête ethno­botanique réalisée dans les régions françaises qui ne fasse ressortir un certain nombre de pratiques et de plantes aux vertus vermifuges. Les vers, qu’ils soient plats (ténias) ou ronds (oxyure, anguillule, ascaris) ont longtemps préoccupé les mères de famille a fortiori à une époque où l’hygiène vétérinaire et alimentaire étaient bien plus aléatoire. L’infestation n’était donc pas rare et l’on disposait de moult stratégies de traitements curatifs et préventifs. Outre les démangeaisons anales bien connues dans l’oxyurose, on attribuait, parfois à raison, à ces infestations toutes sortes de symptômes, depuis les divers troubles digestifs (gaz, douleurs et diarrhées), mais aussi la fatigue, les infections ORL, l’insomnie ou l’irritabilité. Les enfants blonds étaient souvent réputés pour être plus facilement infestés. Le cycle lunaire était supposé jouer un rôle sur l’abondance des parasites. Aussi on répétait les cures avec un intervalle de vingt-huit jours, ou bien on donnait le vermifuge lors de la pleine lune. Ce qui a d’ailleurs encore cours.

Porter l’ail à la ceinture

L’ail a certainement été la plante la plus réputée. On pouvait en croquer trois gousses d’un coup, en faire bouillir une gousse écrasée dans du lait ou encore le faire porter en collier ou en ceinture aux petits enfants à qui on en frottait aussi le ventre. On l’administrait même en suppositoire, mais gare à une gousse abîmée, source de quelques sensations cuisantes locales. Aucun ver n’était censé lui résister.

Le semen contra (Artemisia cina), terme patois très répandu dans les Alpes, désignait une plante vermifuge. Il s’agissait généralement d’une armoise – absinthe ( Artemisia absinthium), armoise vulgaire, (Artemisia vulgaris), aurone dite aussi arquebuse (Artemisia abrotanum) –, mais aussi de la tanaisie (Tanacetum vulgare) ou de la santoline (Santolina chamaecyparissus). Dérivé du latin du bas Moyen Âge, ce terme est la forme contractée de semen contra vermis, ou « graine contre les vers ». Les animaux étaient aussi vermifugés avec les mêmes plantes : ail dans l’eau de...

boisson des poules, tanaisie dans une boulette de viande pour le chien, armoise en tisane pour les vaches.

Entre efficacité et toxicité…

Vermifuger consiste à se débarrasser d’un petit être vivant à la taille déjà conséquente comparativement aux virus et aux bactéries. Il n’est donc pas étonnant que certaines plantes vermifuges se comportent en toxiques en fonction de la dose utilisée. C’est le cas de l’absinthe dont la thuyone à forte dose devient redoutable ou de l’épazote mexicaine.

En tisane ou comme liqueur

Les graines de courge étaient réputées contre le ténia, ce ver plat présent dans les viandes de porc et de bœuf mal cuites. Elles sont d’ailleurs toujours recommandées en particulier chez la femme enceinte. La peau de la grenade en décoction fait également merveille dans cette indication. Plus rarement, on utilisait la violette (Viola odorata) ou la pensée sauvage (Viola tricolor) en tisane contre les oxyures. Enfin, bien qu’elle contienne des substances toxiques, on avait recours à la décoction de rhizome de fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Elle a été depuis abandonnée.

Les pharmaciens s’étaient aussi mis sur les rangs avec des produits tels le vermifuge Lune (en référence à l’influence supposée de l’astre) et qui fut suffisamment populaire pour inspirer une chanson à Claude Nougaro. Le vermifuge Rabi contenait… du semen contra, de la pyréthrine elle-même extraite d’un Tanacetum – plus connue de nos jours comme insecticide – mais aussi du chlorure mercureux dont la toxicité a mis fin à sa carrière médicale. Certaines boissons avaient aussi la réputation d’être de bons vermifuges : ce fut le cas de l’élixir végétal de la Chartreuse, mélange de 130 plantes même si dans ce massif on lui préférait souvent l’arquebuse.

Régulateur du microbiote

De nos jours la vermifugation est passée de mode sans doute du fait d’une moindre présence des vers dans le circuit alimentaire et d’une évolution des représentations de la symptomatologie. Un enfant agité est plus volontiers étiqueté hyperactif ou stressé ­plutôt qu’infesté d’oxyures. Ce qu’il est toutefois toujours bon de vérifier !

Cependant, il est probable que cette ­obsession du nettoyage digestif avait d’autres effets que l’on commence maintenant à ­comprendre, à la lumière des découvertes sur le microbiote. Ainsi l’absinthe, vermifuge majeur, fut utilisée comme médicament antiparasitaire et pour soigner la turista par les troupes coloniales françaises, en particulier en Algérie. Elle nous livre aujourd’hui un spectre d’activité bien plus large à travers son efficacité sur des bactéries particulièrement pathogènes dans la maladie de Crohn (Escherichia coli) et semble être une puissante régulatrice du microbiote. Ce nouvel éclairage laisse à penser qu’au-delà des vers, les pratiques de vermifugation étaient sans doute l’occasion de régler certains déséquilibres de la flore intestinale (dysbiose) et, à ce titre, jouaient un rôle majeur dans la santé humaine et animale. Sans doute pourrions-nous remettre en vigueur une telle cure. En effet, si nous ne sommes plus gênés par les vers, nous souffrons de déséquilibres récurrents de notre microbiote agressé par les antibiothérapies récurrentes, les additifs alimentaires, le stress, le manque de sommeil et l’alimentation déséquilibrée.

Une boisson amère administrée aux enfants après la pleine lune !

Ceux qui ont été vermifugés dans leur enfance à la tanaisie ou à l’absinthe ne l’associent pas à un moment agréable, tellement ces boissons sont amères. Pour tenter de masquer leur incroyable amertume on ajoutait un peu de miel ou de café, mais le plus souvent il fallait se boucher le nez et avaler avec stoïcisme. Aujourd’hui, cela paraît difficile de proposer ce type de médicament à nos enfants habitués très tôt aux arômes fraise ou banane. C’est ce qui explique en partie l’oubli dans lequel est tombé le semen contra. Toutefois, si vous voulez tester, sachez que toutes les armoises sont vermifuges. Si l’absinthe est la plus puissante et aussi très amère, l’aurone a un goût agréable, tandis que la vulgaire est fade.

À faire. On utilise les sommités fleuries ou les feuilles en infusion, une cuillère à café rase par tasse de 200 ml (infusion déjà bien forte), ou bien on avale les sommités fleuries d’absinthe ou de tanaisie au cours du repas pour que cela passe mieux (une cuillère à café rase ou trois ou quatre inflorescences de tanaisie).

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