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Le jardin de la Jaÿsinia La botanique des sommets

Jaÿsinia

Véritable jardin-trésor, le jardin de la Jaÿsinia préserve des plantes montagnardes des quatre coins de la planète et une grande partie de la flore savoyarde. Né de la générosité d’une mécène, le site perdure, tout comme résistent ses végétaux habitués à un climat rude.

Dominé par les sommets rocheux de la vallée du Giffre, en Haute- Savoie, à 700 mètres d’altitude, le jardin de la Jaÿsinia offre un voyage autour du monde et de ses montagnes. Bercé par le bruit des cascades, le visiteur rencontre ici les plantes d’altitude de tous les continents. Campanules de Chine, sabots de Venus du Canada, valérianes d’Angleterre, véroniques de Nouvelle-Zélande...

Avec quatre hectares qui s’étendent sur 80 mètres de dénivelé, ce jardin alpin possède des zones écologiques très différentes. Le sommet, constitué de granit, permet à des plantes calcifuges (qui craignent le calcaire) de s’installer. Les gentianes s’en donnent d’ailleurs à coeur joie. Ailleurs, ce sont les plantes de calcaire qui se logent dans les rochers. Ces derniers permettent d’atténuer les coups de froid ou de chaud et les différences de température entre la nuit et le jour. Dans une petite tourbière poussent des droséras, des primevères de l’Himalaya (Primula denticulata) et des osmondes. Au total, la variété de plantes y est impressionnante : plus de 2 400 espèces naturelles, c’est-à-dire sauvages, provenant des montagnes du monde entier.
Dès novembre et parfois jusqu’en mars, elles sont recouvertes par la neige. « On pourrait croire que les plantes en souffrent, mais pas du tout, indique Christian Chauplannaz, le responsable scientifique et technique du site. Le manteau neigeux permet au contraire de ne jamais descendre en...

dessous de 3°C. Ainsi, la barbe de vieillard (Saxifraga stolonifera), censée ne pas pouvoir pousser ici, se répand partout dans le jardin, protégée par le manteau neigeux. » D’autres plantes rares y trouvent leur bonheur. La ramondie des Pyrénées, Ramonda myconii, qui pousse normalement uniquement dans les fissures verticales des Pyrénées s’est accommodée des escarpements du jardin. L’edelweiss, connu pour son exigence en termes de biotope, semble y avoir trouvé un petit paradis.

Une nature en liberté

Pourtant, il y a un peu plus d’un siècle, des prairies maigres et sèches occupaient le site. Des chèvres y paissaient tranquillement. D’ailleurs, la créatrice de la Jaÿsinia travaillait comme bergère avant de partir pour Paris et d’épouser Ernest Cognacq ; ce dernier fonda ensuite le grand magasin La Samaritaine. « Marie-Louise Cognacq-Jaÿ souhaitait aider son village de Samoëns en créant un lieu attractif », raconte Christian Chauplannaz. « Pendant trois ans, 250 jardiniers ont travaillé. L’architecte Jules Allemand a créé tous les plans d’eau du jardin. »
Aujourd’hui le décor n’a plus rien d’artificiel, d’autant que la nature est laissée libre ici. « Nous ne faisons pas de taille et n’ajoutons aucun amendement. Rien n’est mis contre les limaces ou les escargots. Certains insectes, comme les criocères du lys, sont même retirés à la main », explique fièrement le responsable avant de conclure : « L’art du jardinier, c’est de rester discret. »

Plus de 20 000 plantes

Cet habitant de Samoëns est tombé amoureux de ce bijou botanique en 1983. Chef jardinier embauché par la commune, qui s’occupe de l’entretien du site, il assiste aussi le technicien de recherche du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). En effet, depuis 1936, c’est le MNHN qui prend en charge la direction scientifique du jardin : le laboratoire de recherche vise à préserver les plantes alpines et à réaliser des études sur cette flore. L’aide de la fondation Cognacq-Jay venant s’y ajouter jusqu’en 2007, la Jaÿsinia a pu être à l’initiative de nombreux échanges avec d’autres jardins, accueillir de nombreux chercheurs venant du monde entier et enrichir ses collections. Dans les années 1990, des mycologues ont ainsi découvert de nouvelles espèces de champignons dans le jardin.

Ces dix dernières années, malgré une équipe réduite à Christian Chauplannaz comme responsable scientifique et deux jardiniers saisonniers, la notoriété du lieu est restée forte et les travaux scientifiques ont continué. En 2012, un programme de protection d’une petite fougère, Selaginella helvetica, a ainsi vu le jour. En 2015, le jardin a permis de récupérer puis de réintroduire une population d’oeillets remarquables, Dianthus superbus, qui aurait sans doute disparu dans un projet d’extension d’autoroute. Christian Chauplannaz continue de tenir à jour le catalogue des semences, qu’il envoie aux jardins du monde entier. Les graines d’environ 200 plantes sont récoltées et répertoriées. Tous les cinq ans, l’inventaire du jardin est réalisé. Ce catalogue destiné aux échanges internationaux permet aussi d’enrichir le jardin. Les collections de pivoines et de gentianes sauvages se sont constituées ainsi. En parallèle, l’herbier du jardin contient plus de 20 000 planches.

Formidable réservoir de biodiversité démontrant régulièrement son utilité, le jardin voit son avenir quelque peu hypothéqué alors que son responsable approche de l’âge de la retraite. Espérons que d’autres mécènes assureront la pérennité de ce lieu unique.

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