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Un après-midi dans un jardin thérapeutique

Jardin thérapeutique

Au Centre médical Robert Doisneau, un jardin thérapeutique permet aux patients d’établir un contact privilégié avec les plantes. L’atelier, encadré par une équipe de soins, offre à chacun un moment de détente, mais se révèle surtout un outil efficace dans le processus de guérison. Instants de vie dans un jardin potager où l’espoir fleurit.

La porte s’ouvre sur un petit paradis suspendu. Ici, une terrasse de 200 m2 transformée en jardin domine les toits de Paris. Mais le 7e étage du Centre Robert Doisneau, établissement de la fondation hospitalière Sainte-Marie dans le 18e arrondissement de Paris, n’abrite pas n’importe quelle platebande : depuis mai 2014, il accueille un jardin thérapeutique. L’objectif : être le support d’activités pour des patients du centre en difficulté physique, psychique ou intellectuelle.

Il est 14 h 30 en ce jeudi printanier quand Léa Masse, monitrice éducatrice, et Joanna Thinard, aide médicopsychologique, retrouvent quatre patients au jardin. Suite à des maladies dégénératives comme la sclérose en plaques ou un AVC, ils sont parfois en mal de repères et rencontrent des problèmes de motricité. Trois d’entre eux sont d’ailleurs en fauteuil roulant. L’atelier commence par un conciliabule sur le réaménagement des bacs, installés en hauteur pour pouvoir jardiner assis. En 2014, l’entre- prise Topager a mis en place cet aménagement adapté aux fauteuils roulants avec l’aide de l’ancienne ergothérapeute. Yacine, Kamel, Yves-Henri et Matthieu font partie du groupe des « leaders », et ont en quelque sorte carte blanche pour choisir ce qu’ils vont faire de ces lopins de terre. « Dans cet atelier, nous ne cherchons pas trop à encadrer les patients », explique Joanna Thinard. « Nous privilégions l’écoute », pour- suit Léa Masse. L’idée est qu’ils s’approprient l’espace, qui va devenir leur jardin.

Remobiliser les aptitudes

Les jardins thérapeutiques s’installent sur un site pouvant accueillir tout type de malades, et les plantations sont choisies en fonction de ce que l’équipe de soin souhaite faire travailler aux patients (lire l’encadré page suivante). Par exemple, la couleur des floraisons peut aider certains à se repérer. L’intérêt de ces lieux de soins en extérieur a été étudié : ils permettent de remobiliser diverses aptitudes en travaillant sur la mémoire, l’imagination ou encore la relaxation. Ainsi, l’association Jardins et Santé recense 600 jardins de ce type en France. Et il y en a sûrement plus, selon Anne Chahine, sa présidente. Depuis 2008, leur implantation dans les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépen- dantes (EHPAD) a même été intégrée au plan Alzheimer.

Aujourd’hui, les participants s’attaquent à la plantation de légumes: ail, tomates, oignons, salades. Par la suite viendront les aromatiques, les fruits et les fleurs. Tout sera comestible. Le coin des aromatiques est plutôt destiné à un second atelier sollicitant d’autres capacités comme la mémoire ou l’attention, qui mise surtout sur les aspects sensoriels. Il y aura aussi un coin fleurs, le «coin zen». «Là !», à côté de l’entrée, à l’abri de la tonnelle, désigne Yves-Henri depuis le bac sur lequel il travaille. De son fauteuil, il arrache la menthe à grandes brassées. «Moi, je suis fils de paysan. Plus jeune, j’aidais mon père à la ferme. Je plan- tais des choux, des betteraves. Alors tout ça, ça me connaît », sourit cet homme d’une cinquantaine d’années en montrant fièrement le jardin de ses deux bras grands ouverts. Une connaissance Naturellement, les échanges se créent entre les membres du groupe, et le travail de chacun est valorisé. Apprendre à planter, partager les légumes récoltés, mais aussi à parler du jardin dans le reste du centre. Le groupe souhaite d’ailleurs accrocher des photos dans les couloirs des autres étages pour donner envie de le visiter. « Au jardin, on voit une évolution tout au long de l’année. Il y a des saisons, le début des fleurs, des fruits, cela donne des repères », explique Léa. Au-delà des saisons, imaginer un jardin, c’est se projeter dans le futur. Un élément capital pour la construction de n’importe quel être humain.
Matthieu s’inquiète de l’heure, il ne veut pas partir en retard. Il semble ne plus avoir très envie de participer. «Il faut pouvoir garder du temps si l’un d’entre eux souhaite faire une pause, commente Joanna. Il ne faut pas être dans l’hyper- productivité. Sinon, on perd le côté plaisir.» Au moment de mettre les noms des plantes sur une étiquette, Léa tente de le remotiver: «Monsieur Ly, vous venez? Vous écrivez très bien!».

L’impulsion donnée par l’équipe de soins est aussi essentielle. Sans elle, pas de mobilisation des patients. Léa, qui a relancé l’atelier, précise: «C’est mieux de faire ça à deux. Je n’ai pas vraiment la main verte, tandis que Joanna est une ancienne campagnarde ; et puis il y a Lucie, de Topa-ger, qui s’occupe de l’entretien du jardinet et nous donne des conseils.» Tout au long de l’atelier, on ressent de la complicité, mais surtout le respect de chacun. L’ambiance est au beau fixe. Griffe dans une main, canne dans l’autre, Kamel a fini de retourner son bac. «Attention, j’ai un outil dangereux!» lancet- il en riant. Léa s’approche. «J’ai fait ça bien», se vante-t-il. «Allez, on plante l’ail», relance la monitrice. Après quelques boutades, il s’exécute avec minutie, très concentré sur ce qu’il fait. Comme un exutoire à ses soucis de santé.

Jardin pour tous

D’autres personnes viennent profiter du jardin. Lucilia s’est installée au fond depuis le début de l’atelier. Elle ne fait pas partie du groupe, mais elle adore être dehors. « Dès qu’elle voit quelqu’un mettre un manteau, elle veut sortir aussi », raconte Léa. Rester toute la journée dans une salle, même égayée par des dessins, des photos et un personnel souriant et à l’écoute, cela peut peser sur le moral. Pendant ce temps, Yacine a rejoint Yves- Henri devant son bac. Ils discutent. Ils sont bien, au soleil, les mains pleines de terre. 18 h sonne la fin de l’atelier. Au total, trois bacs ont été retournés et plantés d’ail, de mâche et d’oignons. Objectif rempli. Reste à observer la pousse des salades, avant de déguster le résultat. «On va beaucoup produire, hein ? », demande Joanna à Matthieu, qui répond par un sourire complice. Yves- Henri n’a pas envie de partir. Finalement, il monte dans l’ascenseur, son bouquet de menthe sous le bras. « Vous allez partager avec Joanna?», questionne Léa. «Avec Joanna ? Ah non !, répond-il en souriant. Je veux faire des nems avec !» Dans la salle de restauration, deux étages plus bas, on place ses précieuses feuilles dans un sachet. Il conservera ce bout de jardin avec lui quelques jours, en attendant le prochain atelier.

Portes ouvertes dans les jardins thérapeutiques

Dimanche 26 juin prochain,  les jardins thérapeutiques des  établissements d’hébergement  pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) vous ouvrent  leurs portes. Cette journée lancée par l’association Jardins  et Santé permet un temps  d’échange et d’animation dans  ces lieux qui manquent encore  parfois d’un peu d’animation. « Nous proposons aux établissement d’ouvrir le jardin  et de faire une fête. Quand les  équipes se rendent compte que  les gens s’intéressent à leur  jardin, cela les redynamise et  les incite par exemple à lancer  de nouveaux ateliers », explique  Anne Chahine, présidente de  l’association Jardins et Santé. 

Un projet de professionnels

L’idée d’un jardin thérapeutique convainc de plus en plus de structures médicales. Le jardin thérapeutique étend ainsi son champ de prescription : personnes âgées, handicapées, malades mentaux, autistes, personnes ayant des problèmes d’addiction. Il y a encore beaucoup à découvrir. La première difficulté dans la création de ce type de lieu est d’inventer le jardin, le tracer, le penser selon son utilité et les personnes auxquelles il va s’adresser. De la conception dépendent les effets thérapeutiques (amélioration du sommeil, de l’appétit, réduction du stress, des médicaments, apport de vitamine D par l’exposition au soleil...). Une équipe solide, soudée et un minimum intéressée par les espaces verts est aussi primordial. Celle-ci doit prendre du temps pour préparer chaque atelier et prendre en compte l’avancée de chaque patient.

Jardiner avec des malades difficiles

L’unité pour malades difficiles en psychiatrie du CHU du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, a créé un véritable jardin potager. Les deux éducateurs spécialisés, portent l’ensemble du projet depuis 2015. Ces deux passionnés s’intéressent au jardinage et à la permaculture.  Leur remarquable effort de réflexion a permis la naissance d’un espace de douze parcelles. Dedans, des plantes aromatiques, des pois, des oignons, des citrouilles, des fleurs et  même deux haies d’arbres fruitiers, avec des poiriers et des pommiers. Il est évidemment difficile de décrire avec précision l’amélioration de l’état des patients. Mais toute forme d’apaisement est bénéfique : prendre soin de quelque chose, s’impliquer, faire soi-même,  se canaliser, se reconnecter, retrouver un côté esthétique peu existant à l’hôpital. Le jardin se révèle un outil apprécié par l’ensemble de l’équipe médicale et paramédicale. De l’avis  général, l’atelier jardin apporte un peu de bien-être. Et de petits miracles, parfois. Trois  patients ont ainsi pu sortir de l’unité pour aller jardiner dans le parc de 80 hectates qui  entoure l’hôpital. Une réussite pour les éducateurs. 

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