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Jardin de l'abbaye de la Sauve-Majeure : le retour du passé

Abbaye de la Sauve-Majeure

Le jardin des simples, dont le concept remonte à Charlemagne, a repris du service sur les terres des vignes de l'Entre-deux-mers, non loin de Bordeaux. Près des ruines magistrales d'une abbaye, ce musée vivant accueille les végétaux dont la fonction est de nous servir.

Imaginez-vous en 1079, sur un territoire vert, vallonné et préservé au cœur de l’Entre-deux-mers, cette région naturelle enserrée entre les fleuves Dordogne et Garonne. Le domaine de l’abbaye bénédictine de la Sauve-Majeure offre un panorama de toute beauté sur les terres oubliées de la Sylva Major, l’ancienne forêt qui a donné son nom à ce village du Sud-Ouest. Depuis quelques années, grâce à l’Association des amis de l’Abbaye, un jardin des simples renaît auprès de l’église abbatiale, chef-d’œuvre de l’art roman, et des ruines monastiques qui la jouxtent. Cette tradition date de Charlemagne, qui souhaitait que chaque domaine soit autonome et possède son propre jardin de plantes médicinales, potagères et tinctoriales.

Symbolique médiévale

On l’appelle aussi le carré des simples, car autrefois les plantes étaient cultivées dans de grands carrés clôturés avec du bois ou de l’osier. L’organisation d’un tel lieu se faisait selon la symbolique chrétienne médiévale : entre les carrés, quatre allées représentaient les quatre fleuves du paradis, qui se rejoignaient pour former une croix. Ici, le jardin est adossé à la grange dîmière (qui servait à collecter la dîme, l’impôt prélevé par l’Église catholique) et au mur d’enceinte de l’abbaye.

Sandrine Biyi, auteure de La dame de La Sauve (éd. du Halage), une série en plusieurs tomes, et membre de l’Association des amis de l’Abbaye, nous raconte l’aventure : « En 2012, nous avons installé le jardin sur 1 000 m2. Dans des carrés de 9 m2, nous cultivons les mêmes plantes que les moines de l’époque, des végétaux autochtones comme la reine-des-prés qui contient, à l’instar du saule blanc, de l’acide salicylique antidouleur. » On trouve aussi dans ce jardin du thym (digestif), de la bourrache (diurétique à effet belle peau) ou encore de la valériane (calmante et sédative). « Nous nous sommes appuyés sur le fameux capitulaire De Villis [daté de l’an 812], qui rassemble les 80 végétaux que chaque abbaye doit avoir dans son jardin des simples, explique la passionnée d’histoire Sandrine Biyi. On les appelle “simples”, car les remèdes sont conçus à partir d’une plante unique, contrairement aux préparations composées des apothicaires de l’époque. » Ici, tout pousse naturellement sans chimie, avec l’engrais du compost, ce qui favorise la biodiversité et la pollinisation des abeilles.

Cardère sauvage et bétoine

La cardère sauvage (Dipsacus sylvestris) porte aussi le nom poétique de « cabaret des oiseaux ». Ces derniers viennent boire à la base de sa « tête », et cette eau était autrefois réputée soigner les yeux. On en faisait également des peignes pour carder la laine. On la conseille aujourd’hui pour soigner les maux d’estomac et le foie. Sa racine aurait aussi des propriétés anti-borréliose.

L’épiaire officinale ou bétoine (Stachys officinalis), de la famille des Lamiacées, était autrefois appelée « la dame de toutes les herbes » grâce à ses 47 propriétés. De Pline l’ancien (naturaliste et écrivain romain du Ier siècle) jusqu’à Hildegarde de Bingen, qui la prescrivait contre la folie amoureuse et les cauchemars, la bétoine fut pendant des siècles un rempart contre la sorcellerie… et contre les serpents ! Son aspect thérapeutique est un peu tombé aux oubliettes, pourtant elle est expectorante, anti-inflammatoire et hypotensive.

 

Les talents multiples des végétaux

Cette année, pour étendre les cultures, il a été planté de la bardane (contre l’arthrose et les rhumatismes), du bouillon-blanc (contre les brûlures d’estomac), de l’absinthe et de la sauge sclarée. En revanche, par sécurité, on ne trouvera pas dans ce jardin de plantes toxiques comme l’aconit, car de nombreux enfants des écoles de la région viennent y faire leur classe. « Nous souhaitons apporter un enseignement pour tous, petits et grands. Nous recevons 400 élèves par an, qui travaillent toute l’année avec des graines de notre jardin ; des écoles viennent aussi faire des ateliers directement sur place. Par ailleurs, avec leur smartphone, les visiteurs peuvent cliquer sur les QRCode des panneaux du jardin, et découvrir in situ les propriétés des plantes détaillées sur le site internet », explique Jean-Michel Vincent, président de l’Association.

Des membres bénévoles offrent généreusement leur temps comme jardiniers. Un travail qui les mène de taille en semis en passant par l’arrosage, le désherbage et le repiquage. L’objectif est de rassembler toutes les plantes du capitulaire De Villis. Outre les médicinales, ce dernier intègre aussi légumes et plantes potagères comme le panais, la blette, la roquette, le pois chiche, la laitue, l’arroche (à préparer comme l’épinard), l’oignon, le poireau, le chou, la chicorée ou encore le chou rave. Le carré des plantes tinctoriales, destinées à teindre les vêtements, accueille, lui, la garance et le pastel des teinturiers, le lin et le chardon à foulon.

Emblématique, le carré de Marie est, comme son nom l’indique, dédié à la Vierge Marie. À l’époque, les fleurs servaient à fleurir l’autel de l’église toute l’année, et le domaine pendant les fêtes chrétiennes. Elles ont toutes des teintes blanches et bleues : on trouve ici la lavande, la pervenche, la violette, le calendula et l’hellébore, également baptisée aussi rose de Noël vu sa floraison tardive. Ainsi refleurit cette terre dont l’histoire passée rayonnait jusqu’en Angleterre, et par laquelle passent encore les pèlerins de Compostelle.

Infos pratiques

Adresse : Jardin et abbaye de la Sauve-Majeure, rue de l’Abbaye, 33670 La Sauve-Majeure, www.amisabbayedelasauve.com

Ouverture : le jardin est ouvert toute l’année, gratuitement et sans horaires. L’abbaye, en revanche, est ouverte du 27 mai au 29 septembre, de 10 h à 13 h 15 et de 14 h-18 h.

Les 7, 8 et 9 juin se tiendront les portes ouvertes Rendez-vous aux jardins, sur le thème des animaux au jardin.

Hébergement : chambres d’hôtes La Grave, dans une demeure du XVIIIe siècle située à la Sauve-Majeure. www.lagravelasauve.com

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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