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Le Jardin des ifs, histoire et gourmandise

Le Jardin des ifs, histoire et gourmandise

Aux confins d'un des « plus beaux villages de France » situé dans la région de Picardie, ce jardin est une curiosité à plusieurs égards. Ses arbres pluricentenaires en font un lieu d'histoire, notamment l'if monumental en forme d'igloo. Quant au potager fourmillant d'aromatiques originales et de fleurs comestibles, il apporte une douce saveur à la visite.

Le temps s’est arrêté à Gerberoy, petite ville médiévale idéalement située entre Paris et la Baie de Somme. Les visiteurs y font halte pour admirer ses maisons à colombages ornées de roses qui doivent leur omniprésence au goût de l’un de ses habitants illustres, le peintre postimpressionniste Henri le Sidaner. Parmi les nombreux trésors végétaux, un site classé « jardin remarquable » vaut le détour : le Jardin des ifs. « Nous l’avons ouvert au public en 2016 pour que les visiteurs puissent découvrir ses arbres considérés comme des monuments historiques », explique la propriétaire Delphine Higonnet.

Des monuments du patrimoine végétal français

Ces « monuments » végétaux sont en réalité trois ifs, âgés de plus de trois cents ans et taillés de manière à donner un aspect onirique, une ambiance digne du Pays des merveilles d’Alice. Ils sont labellisés « arbres remarquables de France ». Les deux premiers ifs sont comme les chapeaux d’un géant qui les aurait déposés symétriquement par rapport à l’allée centrale. Mais c’est au bout de celle-ci que trône le troisième, le plus spectaculaire : taillé en forme d’igloo, il invite à une expérience immersive. En effet, lorsque l’on pénètre à l’intérieur, sa canopée dense et sa voûte enveloppante de branches enchevêtrées, apportent le calme et le sentiment de protection. Pas étonnant qu’il ait reçu le prix de l’Arbre de l’année en 2017 au concours de l’Office national des forêts ! Delphine Higonnet, qui s’y cachait quand elle était petite, y propose aujourd’hui des dîners romantiques aux clients du restaurant qu’elle a ouvert, côté cour. On peut aussi simplement s’asseoir dans cette tanière végétale où deux bancs en pierre invitent à la contemplation.

Égopode (Aegopodium podagraria)

Aussi appelée « herbe aux goutteux », nom qui témoigne d’un usage médicinal ancien, cette ombellifère peut sembler envahissante, à moins qu’on la considère comme un légume. Les jeunes feuilles, dont le goût évoque le persil ou le céleri, se dégustent en salade ; quand elles sont plus vieilles, on les mange cuites à la façon des épinards. Elles sont riches en vitamines A et C.

Agastache anisée (Agastache foeniculum)

C’est une aromatique qu’on trouve souvent dans les mélanges de tisanes préparés par les paysans herboristes. Ces fins connaisseurs des plantes médicinales cultivent en effet cette belle plante pérenne originaire d’Amérique du Nord, très rustique et peu exigeante. En plus d’être comestible, elle est médicinale : les Amérindiens l’utilisaient pour la fièvre, le rhume ou encore la digestion.

La mode de l’art topiaire

« Les ifs ont survécu au temps et à la mode, se ravit Delphine Higonnet. C’est le mirable de ce jardin. » Et d’expliquer que ces dignes représentants de l’art topiaire, cette taille géométrique ou figurative qui fut très en vogue à la Renaissance, auraient pu disparaître au XVIIIe siècle avec la nouvelle tendance du style paysager anglais privilégiant les formes libres. « Nous apprécions toujours la pureté de cet art très ancien qui trouve ses origines dans l’Antiquité, confie Delphine Higonnet qui a bien étudié l’histoire des lieux. La propriété des gouverneurs de Gerberoy accueillait le seul jardin d’agrément du village, un jardin dédié à la détente et à la promenade, alors que les autres étaient des jardins utiles, avec des vergers et des potagers ». Elle précise que le luxe n’aurait pas eu les faveurs de personnalités comme Jean-Jacques Rousseau qui considérait l’art topiaire comme une torture pour les arbres. Pourtant, cette lubie végétale a permis de préserver trois arbres exceptionnels au cours des siècles.

Une biodiversité à croquer

Après la méditation sous l’if igloo, le visiteur ressort de l’autre côté de l’arbre pour découvrir un potager original ; le jardin est désormais lui aussi utilitaire ! On y cultive des plantes aromatiques et des fleurs comestibles pour la cuisine du restaurant. C’est une passionnée de botanique et chroniqueuse « jardin » sur France bleue Picardie, Odile Hennebert, qui choisit les espèces et les variétés, en fonction des conditions de culture, de leur usage culinaire et de leurs propriétés médicinales. Elle viendra vers vous si elle vous croise au potager, notamment pour vanter les qualités de l’agastache : « Elle est peu répandue en Europe et injustement méconnue des jardiniers et des cuisiniers, pourtant, la partie aérienne de la plante est comestible, les fleurs se cueillent en été et les feuilles d’avril aux gelées ». Et de vanter le parfum envoûtant de l’agastache qui évoque la menthe par ses tiges, l’anis et la réglisse par ses feuilles, les fleurs étant à la croisée de ces parfums, celui de la lavande en plus.

La biodiversité cultivée est riche au potager. Les herbes aromatiques vont des classiques – sarriette, basilic, ciboulette… – aux espèces plus rares telles que la mertensia à la saveur d’huître, l’aurone au goût citronné ou la santoline des Étrusques, une feuille amère. Du côté des fleurs comestibles, c’est une palette de couleur avec le calendula, la pâquerette, le myosotis, le bleuet, le fuchsia, l’hémérocalle ou la petite pervenche. Le sauvage a aussi sa place dans la cuisine du Jardin des ifs : « Regardez cette égopode, dit Odile Hennebert pendant la visite. On la traite de mauvaise herbe alors que les feuilles sont comestibles et leur goût agréable ». Non loin, un autre espace nous fait de l’œil avec une cinquantaine de variétés de rosiers anciens. Tout en jouissant du parfum de ce jardin bouquetier, profitez de la vue sur la campagne alentour, au-dessus des toits de Gerberoy.

Infos pratiques

Comment y aller : Depuis Paris en train, prendre le TER à destination de Beauvais, puis à la gare routière de la ville, prendre le bus 43 et descendre à l’arrêt Gerberoy Carrefour.

Horaires : Ouvert du 1er mai au 30 septembre, de 12 h à 18 h, sauf lundi et mardi, Tél. : 07 66 20 51 41 ou manager.lejardindesifs@gmail.com

Tarifs : 5 € par adulte, visite guidée sur réservation, et visite offerte aux clients du restaurant.

Le restaurant : Services à 12 h 30 et 1 3h 45. Fermé lundi et mardi.

Le salon de thé : Du mercredi au dimanche à partir de 15 h 30

Hébergement : Le Logis du Gerberoy, à partir de 77 € la nuit pour 2 personnes, Tél. : 06 15 11 13 33 et sur www.lelogisdegerberoy.jimdofree.com

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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