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Christine Cieur « L’aromathérapie est une médecine du futur »

Christine Cieur

Pour Christine Cieur, pharmacienne et spécialiste des plantes, les huiles essentielles ont un bel avenir devant elles. Efficaces à faible dose grâce au pouvoir des synergies, elles permettent une approche individualisée du malade. Le tout sans les effets indésirables des remèdes allopathiques.

Plantes & Santé En tant que pharmacienne, pourquoi avez-vous privilégié les plantes par rapport aux médicaments allopathiques ?
Christine Cieur Je ne suis pas contre les médicaments, mais on ne peut pas nier leur insuffisance à certains égards et en particulier leurs effets secondaires. Par exemple, les statines, qui sont des hypocholestérolémiants, vont entraîner chez certaines personnes des douleurs musculaires, de la fatigue chronique et même des dépressions. Les anti-inflammatoires provoquent quant à eux des problèmes d’acidité face auxquels on prescrit des anti-acides qui provoqueront eux aussi, à la longue, des effets secondaires comme des problèmes hépatiques et la diminution de l’absorption de la vitamine B12. Sans compter le problème de l’antibio-résistance, que l’OMS a qualifiée d’axe de recherche prioritaire… À une échelle encore plus large, il faut prendre conscience de la pollution de l’eau, via nos selles et nos urines qui rejettent certaines substances médicamenteuses métabolisées par notre corps. En l’occurrence, les résidus oestro-progestatifs posent véritablement un problème écologique.

P. & S. En quoi l’aromathérapie se distingue le plus de la médecine conventionnelle ?
C. C. La médecine conventionnelle a une vision compartimentée, trop axée sur les symptômes. On assiste à un véritable règne des « anti » – antimigraineux, anti-tussif, antibiotiques, etc. – alors que dans la nature, le « contre » n’est pas toujours la meilleure solution ! À l’inverse, les huiles essentielles (HE) sont « eubiotiques », ce qui veut dire « pour la vie ». Elles vont ainsi soutenir l’organisme dans sa capacité d’autocorrection et lui permettre progressivement de reprendre la main. En plus d’être des produits naturels, les huiles essentielles sont composées de plusieurs centaines de molécules, ce qui leur permet d’agir à plusieurs niveaux : bioénergétique, pharmacologique et informationnel.

P. & S. En quoi consiste ce niveau « bioénergétique » et quels effets les HE produisent- elles sur ce plan ?
C. C. Grâce à la médecine quantique, on sait que les cellules sont capables de communiquer de manière électromagnétique. Les HE, comme tout produit vivant, vont céder ou capter des électrons. Ceci leur permet d’exercer une influence palpable au niveau physiologique, notamment sur le pH du corps, le potentiel oxydo-réducteur ou la résistivité (capacité d’un corps à s’opposer à la circulation d’un courant électrique, Ndlr). Souvent, les HE sont de formidables antioxydants doués de propriétés complexes qui peuvent avoir des retombées antidiabétiques, anti-cholestérol, anti-stress, etc. Au niveau bioénergétique, on voit aussi que la plupart des HE ont une résistivité élevée, d’où une moindre diffusion bactérienne au sein du corps : la progression des infections est ainsi ralentie. Dans les années à venir, nous disposerons d’autres outils pour mieux comprendre ces actions sur le plan de l’énergie vibratoire.

 P. & S. Le niveau d’action que vous qualifiez de « pharmacologique » est-il directement lié à la synergie des principes actifs contenus dans l’HE ?
C. C.
Oui, mais cela va beaucoup plus loin, car on constate qu’utilisées par voie interne, les HE anti-infectieuses voient leur action se manifester à des doses très inférieures à celles...

auxquelles elles sont efficaces quand on les teste in vitro par contact direct. Prenons l’exemple de l’HE de Thymus vulgaris à chémotype géraniol, utilisée comme antiinfectieux contre Escherichia coli : on a tendance à ramener l’action anti-infectieuse au géraniol, principe actif présent à 22 % dans cette HE. Ce raisonnement est faux, car si l’on prend l’HE de géranium, qui contient jusqu’à plus de 50 % de géraniol, celle-ci est moins active contre cette même bactérie. Ainsi, la quantité ou la qualité des principes actifs importent moins, au bout du compte, que la synergie de l’ensemble des composés. 1+1 = 3 ! On assiste en réalité à une régulation de l’équilibre de l’organisme grâce à un effet synergique global des principes actifs de l’HE. En conséquence, et c’est ce qui est intéressant, il n’est en aucun cas nécessaire d’utiliser les HE à dose forte. D’ailleurs, ne l’oublions pas : qui dit dose forte, dit parfois toxicité (hépatique, rénale, etc.) en fonction de l’HE.

P. & S. Qu’entendez-vous par faible dose ? Les gélules aux HE vendues en pharmacie sont-elles trop concentrées ?
C. C. On observe déjà des effets à 50 mg, sachant qu’une goutte d’HE contient entre 20 et 40 mg en fonction des codigouttes. C’est très intéressant pour des HE qui peuvent avoir des effets indésirables, comme le basilic : une goutte par jour suffit ! J’ai l’habitude de ne pas dépasser 300 mg par jour en phase aiguë d’une maladie, et de proposer des doses entre 75 et 125 mg dans le cas d’une pathologie chronique. Les gélules aux HE prêtes à l’emploi contiennent rarement plus de 50 mg, ce qui laisse de la marge d’usage.

P. & S. En quoi consiste l’action régulatrice des HE ?
C. C. Il y a par exemple la diminution de la croissance de la population bactérienne, et donc de sa virulence. Des études ont par exemple montré que l’HE de girofle interfère avec les échanges entre les bactéries. Grâce à ce mécanisme, le corps retrouve sa capacité autothérapique, car le système immunitaire peut reprendre la main sur l’élimination du germe. S’y ajoute l’action des HE sur tous les systèmes de régulation du corps : certaines vont être capables de limiter l’action du système parasympathique, d’où une diminution des sécrétions, de la congestion et des marqueurs inflammatoires, ce qui va aussi permettre au corps de reprendre son autonomie et lutter contre les germes. Au niveau hormonal, certaines HE vont stimuler la sécrétion de cortisol, la fabrication des hormones thyroïdiennes et tout cela va exercer une influence colossale sur le retour à l’équilibre du corps.

P. & S. Vous nous avez parlé d’un troisième niveau, informationnel. Est-il lié à cette discipline appelée olfactothérapie et qui consiste à sentir les HE ?
C. C. Effectivement, le fait de sentir une odeur qui nous plaît et nous détend entraîne (c’est démontré) une baisse de l’adrénaline, de la noradrénaline, ce qui va diminuer la réactivité du système sympathique et nous apporter un certain calme. Une simple odeur peut avoir des effets cliniques. Mais l’activité informationnelle intervient aussi de manière endogène si l’on prend les HE en interne. Par exemple, la sauge sclarée contient de nombreux composés, notamment du sclaréol qui a une structure voisine aux oestrogènes. Après métabolisation au niveau hépatique, la baisse de sclaréol dans le sang va être signalée à l’hypophyse. Celle-ci va stimuler à son tour la sécrétion des oestrogènes par l’ovaire. Ce n’est pas comme lorsqu’on apporte des phyto-oestrogènes sous forme d’isoflavones de soja ; il s’agit ici d’une sécrétion endogène. On est capables avec une HE de restimuler notre propre fabrication d’oestrogène.

P. & S. Est-ce pour toutes ces raisons que vous considérez l’aromathérapie comme une médecine du futur ? Pourra-t-on la voir plus souvent prescrite dans les cabinets médicaux ?
C. C. Je suis assez optimiste de ce point de vue, car, dans les années à venir, on va découvrir le formidable potentiel de l’aromathérapie, qui fait partie intégrante de la phytothérapie : les médecins vont se rendre compte qu’elle peut restaurer un équilibre déficient, permettre à l’organisme de reprendre la main. Elle s’inscrit dans le sens de la vie avec beaucoup moins d’effets indésirables, à condition d’être bien utilisée. Les HE vont agir à tellement de niveaux différents qu’on tient compte de l’individu pris à un instant T. On ne va pas se préoccuper de soigner une grippe, on va se préoccuper d’un individu qui fait une grippe. Enfin, je vois dans l’aromathérapie une médecine d’avenir car c’est un outil biodégradable utilisable à doses faibles et qu’on va pouvoir adapter parfaitement à la physiologie de chacun.

Parcours

1982 Première installation en tant que titulaire d’officine. Oriente sa pratique vers la phyto-aromathérapie.
1997-2006 Formations en phyto-aromathérapie et clinique intégrative. Rencontre les Drs Christian Duraffourd et Jean-Claude Lapraz, fondateurs de la médecine endobiogénique.
Depuis 2007 Chargée d’enseignement en phytoaromathérapie auprès de professionnels de la santé et d’écoles d’herboristerie. Membre du comité de rédaction de la revue La Phytothérapie européenne. Co-auteur de Conseil en aromathérapie, éd. Pro-officina.
2009 Auteur de La Pharmacie familiale au naturel, éd. Édisud.
2010 Création d’un jardin médicinal expérimental privé riche d’environ 400 plantes.
Depuis 2012 Conseillère en fleurs de Bach agréée par le centre Edward Bach.
2014 Création de l’Atelier des Simples, magasin de produits naturels pour la santé à Châteauneuf-sur-Loire (45).
2015 Organisation d’ateliers d’initiation à la phyto-aromathérapie et aux Fleurs de Bach
Juin 2017 Co-auteur de Plantes médicinales. Phytothérapie clinique intégrative et médecine endobiogénique, éd. Lavoisier, Tec & Doc.

Des huiles essentielles qui rééquilibrent le système hormonal

Christine Cieur s’intéresse à l’endobiogénie, une forme de médecine développée il y a plus de quarante ans par les Drs Christian Duraffourd et Jean-Claude Lapraz. Cette approche thérapeutique s’efforce notamment de rééquilibrer le système endocrinien pour éviter l’apparition de maladies. L’aromathérapie y occupe une place importante. En effet, on découvre que de plus en plus d’HE agissent sur le système hormonal : certaines vont stimuler les glandes surrénales (pin, romarin, épinette noire, thym), d’autres ont une activité oestrogéniques (sauge sclarée, cyprès, angélique), d’autres encore peuvent stimuler (myrte vert) ou freiner l’activité thyroïdienne (myrrhe). L’utilisation des HE dans ce cadre est assez délicate, et il est nécessaire de réaliser davantage d’études sur le sujet pour mieux connaître leurs propriétés.

Comment l’huile essentielle de clou de girofle s’oppose à la croissance bactérienne

Certaines HE sont capables, même à faible dose, d’exercer une influence cliniquement observable sur les infections bactériennes. De nombreux facteurs sont en jeu (modification du terrain, des mouvements internes du calcium au niveau des cellules des bactéries, etc.). Parmi eux, le quorum sensing, mécanisme de communication intercellulaire qui permet la synchronisation de l’expression ou de la répression de certains gènes au sein d’une population bactérienne, en fonction de la densité de cette population. Le clou de girofle, l’une des principales HE antiseptiques, est justement capable d’entraver cette communication, d’où, à faible dose, une action inhibitrice sur le développement du germe pathogène ainsi que sur sa virulence.

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