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Lucile Brochot :
« L’élevage durable est
un écosystème à défendre »

Lucile Brochot : « L’élevage durable estun écosystème à défendre »

Alors que la campagne « lundi vert » nous invite à réduire notre consommation de viande et poisson pour sauver la planète, plusieurs ONG environnementales appellent, elles, à soutenir l’élevage durable. Une cause que défend le groupement Zone Verte, dont la vétérinaire Lucile Brochot fait partie. Elle nous explique l’intérêt des soins naturels pour les animaux.

Plantes & Santé. Vous êtes vétérinaire, spécialisée en phytothérapie et membre du collectif Zone Verte, qui prône une approche différente de l’élevage. Quelle est votre philosophie ?

Lucile Brochot. Je soutiens l’agriculture paysanne. Il est pour moi essentiel de privilégier les méthodes naturelles dans les élevages plutôt que l’agrochimie et l’agriculture capitaliste industrielle, ne serait-ce que parce qu’elle a un impact très fort sur la santé humaine et l’environnement. Depuis 2017, je me suis donc engagée au sein du Groupement d’intervention et d’entraide Zone Verte, qui réunit vétérinaires, membres du Syndicat des simples et botanistes. Nous défendons une philosophie humaniste de l’agriculture paysanne et biologique. Notre objectif est d’aider les éleveurs à être plus efficients dans la pratique de leur métier, tout en étant plus respectueux du bien-être des animaux, d’eux-mêmes et de la planète. Pour cela, nous avons développé une approche globale de l’élevage et de ses problématiques. Nous offrons des conseils, du soutien et des alternatives naturelles aux éleveurs pour qu’ils puissent se réapproprier des savoir-faire traditionnels, en opposition au discours mercantile et ultra-médicalisé du monde moderne.

Vous avez pour but, entre autres, de renforcer la santé des animaux et de réduire leurs traitements allopathiques. Les soins naturels permettent-ils d’y parvenir ?

Nous envisageons la santé animale de manière holistique. Nous sommes donc attentifs à tous les leviers des écosystèmes d’élevage, que ce soit le bien-être des animaux, la flore microbienne, la végétation, la biodiversité environnante ou encore le lien entre éleveurs et animaux. Dans ce cadre global, nous utilisons les plantes, les huiles essentielles, les élixirs floraux ou bien l’homéopathie comme outils de soin pour soutenir l’organisme et améliorer les défenses immunitaires des bêtes. Cela permet de réduire considérablement l’usage d’intrants chimiques par les éleveurs (antibiotiques, antiparasitaires ou encore herbicides polluants pour la planète). Par exemple, en laissant les animaux consommer certains végétaux in situ, comme l’ortie ou le pissenlit, ou en utilisant des huiles essentielles telles que celles de lavandin ou de laurier noble, nous aidons leur organisme à maintenir toutes ses fonctions physiologiques. Ces médicinales sont choisies principalement pour leurs propriétés biostimulantes et leur capacité de soutien des organismes à s’adapter à l’environnement. Mais leur provenance entre aussi en ligne de compte : soit ces plantes sont récoltées autour de la ferme (et sont donc gratuites), soit nous nous les procurons auprès de fournisseurs locaux de plantes médicinales et à parfum. Ainsi, nous contribuons à consolider et transmettre des savoir-faire et évitons des transports inutiles et coûteux, ou une destruction de biotopes exotiques.

À quelles difficultés faites-vous face lors de vos prescriptions de plantes médicinales ?

Les cahiers des charges européen et français sur l’agriculture biologique recommandent de privilégier les produits phytothérapiques aux médicaments vétérinaires lorsqu’un animal est malade. Mais la législation vétérinaire pose problème : si l’on parle de vertus thérapeutiques, on est, de fait, dans le cadre d’un médicament vétérinaire, qui ne peut être utilisé par l’éleveur que sur prescription. Or actuellement, le vétérinaire ne peut prescrire une préparation à base de plantes qu’en dernier recours, quand toutes les autres solutions ont été éliminées. Ne restent alors que les compléments alimentaires, pas toujours adaptés... J’ai espoir que ce cadre évolue grâce aux efforts d’un collectif d’acteurs de l’élevage piloté par l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab), qui y travaille actuellement.

Les éleveurs sont-ils demandeurs de ces thérapies naturelles pour leurs bêtes ?

Très largement. Ils souhaitent diminuer l’usage de produits nocifs pour la santé humaine et animale autant que pour l’environnement. Que ce soit des antibiotiques incriminés dans les phénomènes d’antibiorésistance en médecine humaine, ou des antiparasitaires chimiques détruisant la vie du sol et des cours d’eau, etc. D’autant que les consommateurs sont, eux aussi, très demandeurs de produits venant d’animaux élevés dans de bonnes conditions, par des éleveurs respectueux de leur troupeau et de la planète. Nos formations à destination de ces professionnels prennent en compte cette approche globale de la santé animale. Je propose, par exemple, des sessions sur les apports de l’aromathérapie, de la gemmothérapie et des fleurs de Bach sur les animaux d’élevage, mais aussi sur l’intérêt des plantes dans différentes pathologies équines.

Le Salon de l’agriculture se tient actuellement à Paris. Pourquoi avez-vous choisi de ne pas y participer ?

Aujourd’hui, le groupement Zone Verte est à la marge de ce qui se fait dans le monde agricole. Alors, nous n’avons pas vraiment notre place dans cette manifestation, qui est une vitrine pas réellement représentative de ce qu’est l’agriculture pour nous. Et, surtout, nous pensons que ce salon, dont le public n’appartient pas au secteur en majorité, n’aide pas les agriculteurs à surmonter leurs difficultés quotidiennes. Bien loin de toutes les innovations high-tech qui y sont proposées, nous préférons souhaiter longue vie à l’agriculture paysanne !

Vraiment moins d’antibiotiques dans les élevages ?

Sur les six dernières années, en France, l’exposition aux antibiotiques a été réduite de 23,3 % pour les bovins, de 43,5 % pour les porcs, de 48,7 % pour les volailles et de 44,3 % pour les lapins, selon l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Mais, en 2017, les prescriptions représentaient tout de même 499 tonnes de médicaments. La même année, ce sont 32,2 % des porcs et 25,2 % des bovins qui en ont reçu. La baisse s’explique surtout par le fait que « les antibiotiques récents sont généralement plus actifs et nécessitent l’administration d’une quantité plus faible de matière active », précise le rapport de l’agence. Derrière les chiffres, se cache ainsi une tout autre réalité : si les animaux ingèrent moins d’antibiotiques, ceux-ci sont plus puissants. Et participent à l’antibiorésistance pour les bactéries touchant l’homme, comme le confirme une étude publiée par bioMérieux.

Sources

Parcours de Lucile Brochot

2008 Diplôme d’études fondamentales vétérinaires.

2012 Se forme en phyto-aromathérapie à l’Institut des médecines alternatives et ostéopathie vétérinaire (Imaov).

2013 Obtient un DIU de Plantes médicinales, phytothérapie et aromathérapie à l’université Claude-Bernard Lyon 1.

2017 Rejoint le GIE Zone Verte, groupement fondé par des vétérinaires ruraux en 2002. Elle y propose des formations pour le soin animalier en phyto et aromathérapie.

Aller plus loin : www.giezoneverte.com

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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