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Dr Pascal Douek « Le cannabis transforme la vie des patients, comment être contre ? »

Cannabis thérapeutique

Début octobre, un décret a posé le cadre de l'expérimentation du cannabis médical. Un changement de paradigme selon le docteur Pascal Douek qui a fait partie du comité scientifique à l'origine de cette décision. Il revient sur ce parcours qui lui a fait prendre conscience des intérêts de la plante, notamment pour la maladie dont il est atteint, la sclérose en plaques. Et sur tout ce qu'il reste encore à découvrir.

Plantes & Santé Quand vous avez été contacté en 2018 pour devenir membre du Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) chargé de rendre un avis sur la pertinence du cannabis médical, qu'aviez-vous comme connaissance dans ce domaine ?

Pascal Douek J'ai été surpris d'être contacté car comme je le raconte dans mon livre, j'étais complètement novice en la matière. Il faut dire qu'en tant que médecin on n'apprend rien sur le cannabis médical au cours de nos études. Le cannabis n'apparaît que dans la spécialité addictologie, aux côtés de l'alcool, du tabac, des opiacés, de la cocaïne, de l'héroïne… D'ailleurs, pour la grande majorité des 13 experts, le cannabis médical était avant tout un stupéfiant parmi d'autres, une drogue que l'on achète au coin de la rue. J'étais un peu plus neutre, et surtout je trouvais la mission que l'on nous confiait hyperintéressante. Car finalement, on allait parler de l'utilisation d'une drogue à des fins médicales.

P & S. Et donc vous avez accepté d'y participer ?

P. D. Oui, car j'ai été nommé en tant que représentant de patients. C'est pourquoi, dès que j'ai donné mon accord, je suis allé au contact de patients atteints de sclérose en plaques, pathologie qui est aussi la mienne. Là, j'ai entendu des personnes me dire que le cannabis avait apporté une vraie transformation dans leur vie. Ils m'expliquaient qu'aucun médicament ne leur apportait un soulagement réel, mais que le cannabis leur permettait de mieux supporter leurs douleurs et qu'ils avaient pu aussi arrêter ou réduire les médicaments. J'ai pris conscience de cette transformation qui est également présente avec d'autres pathologies. En effet, lors des auditions des différentes associations de malades, tous ont rapporté des améliorations dans leur vie quotidienne.

P & S. Comment ces témoignages ont-ils été reçus par le comité ?

P. D. Peu d'experts avaient une idée très positive du cannabis. Soit ils pensaient qu'il allait être question de médicaments à base d'extraits de cannabis – or l'ANSM nous avait bien demandé d'étudier l'utilisation des fleurs de la plante cannabis – soit ils pensaient que c'était une drogue et ils n'en voyaient pas la place dans une pratique médicale. Pourtant, après toutes les auditions – et malgré des interventions très rétrogrades et négatives comme celles de l'Académie de médecine et de pharmacie – nous avons conclu à l'unanimité de recommander ­l'autorisation du cannabis médical en retenant cinq indications.

 

P & S. Comment analysez-vous ce changement ?

P. D. Pour ma part, assez vite les interviews des patients ne m'ont pas laissé de doute : il fallait donner cette opportunité à ceux qui ont des maladies sévères, et pour lesquels tous les traitements existants n'ont pas fonctionné. C'est ça qu'il faut avoir en tête, on ne s'adresse pas à des personnes qui ont juste mal aux genoux. On parle de personnes en impasse thérapeutique. Quand on voit que le cannabis peut transformer la vie de ces malades, on se demande pourquoi on les priverait d'un tel bénéfice. On peut difficilement être contre.

P & S. Dans quelle mesure le fait d'être malade a aussi participé à l'évolution de votre point de vue ?

P. D. En effet, à force d'interviewer des personnes atteintes de sclérose en plaques, d'écouter les sociétés savantes, de plonger dans les études scientifiques, je me suis dit : « Pourquoi est-ce que je ­n'essaierais pas moi-même puisque je suis dans cette situation ». Alors, je suis parti dans cette quête du cannabis. Je parle d'une quête, car je n'arrivais pas à ­trouver le « bon » cannabis et mes essais se sont révélés modérés en termes d'efficacité. Probablement parce que je n'ai pas pu obtenir de bonnes variétés. Car en découvrant le cannabis, j'ai compris et nous avons tous compris et c'est ce qui a participé aussi à notre changement de point de vue, qu'il y avait différentes variétés de cannabis. Comme pour chaque variété, les concentrations en actifs ne sont pas les mêmes, l'effet ­médical ne l'est pas non plus.

P & S. Est-ce que l'on connaît de façon précise ces compositions ?

P. D. Le ratio entre les deux molécules importantes du cannabis, le THC (l'actif psychotrope) et le CBD (molécule autorisée) est l'indicateur thérapeutique. Par exemple, si vous avez autant de THC que de CBD la plante va être efficace sur la spasticité de la sclérose en plaques. Si on a un ratio faible en THC et fort en CBD, ce sera plus indiqué pour les crises d'épilepsie. Et si le THC domine, on agit plus sur les douleurs, nausées, vomissements, et les soins palliatifs. Donc si vous n'essayez pas la bonne variété de cannabis, les effets peuvent se révéler modérés.

P & S. L'expérimentation prévoit de commencer par la formation des médecins. En quoi est-ce important ?

P. D. Les 3 000 patients de l'expérimentation vont être pris en charge par les centres hospitaliers de référence des différentes pathologies (antidouleur, sclérose en plaques, oncologie, soins palliatifs, épilepsie). Sur la base du volontariat, les médecins vont suivre une formation en e-learning. C'est important, car un médecin hospitalier a beau être expert dans sa spécialité, quand vous lui parlez du cannabis, généralement on recommence à zéro. Le fait que l'on parle de la plante et non d'un médicament est quelque chose pour laquelle il n'a pas de références. La phytothérapie n'existe pas en milieu hospitalier. Y compris cette phyto transformée selon les bonnes pratiques pharmaceutiques, le médecin a du mal à la comprendre.

P & S. A contrario, les patients connaissent bien l'utilisation du cannabis médical. C'est aussi ce qui a permis de faire avancer les choses ?

P. D. Oui, on peut dire que ce sont les patients qui, en France et dans les autres pays, ont fait le succès du cannabis médical. Ce ne sont pas les études, car elles sont de qualité insuffisante et avec des résultats modestes. On a beaucoup avancé sur la connaissance des effets de cette plante grâce aux malades. Mais il s'agit d'une minorité. Aujourd'hui, il faut penser à ceux qui souhaiteraient en bénéficier, pour qui ce serait bénéfique, mais qui n'osent pas. C'est une des raisons de mon livre, car utiliser le cannabis médical ce n'est pas si évident que cela.

P & S. à ce stade, pensez-vous que l'on puisse dire le cannabis médical va avoir une place en France ?

P. D. La bonne nouvelle, c'est que ça va démarrer, mais il reste un gros travail d'évangélisation à faire. Former les médecins, les pharmaciens, et accompagner les patients. C'est nouveau pour tout le monde. On a besoin d'explications et c'est pourquoi on doit s'assurer au fil de l'expérimentation que tout se passe bien, que les médecins comprennent, que les pharmaciens délivrent bien et que les patients prennent leur traitement. L'objectif derrière, est de décider, est-ce qu'on y va vraiment ou pas. Mais je pense qu'il y a peu d'aléas à craindre, si ça a marché dans 40 pays dans le monde, on voit mal pourquoi en France on n'obtiendrait pas de résultats.

Cinq pathologies éligiblesà l'expérimentation

L'expérimentation française du cannabis médical va concerner 3 000 patients qui sont recrutés en ce début d'année. Seulement cinq pathologies – épilepsie, douleur neuropathique, effets secondaires de chimiothérapie, sclérose en plaques, soins palliatifs – ont été retenues. Pour y participer, il faut passer par son médecin spécialiste (neurologue, oncologue, algologue). S'il ne fait pas partie d'un centre de compétences à l'hôpital, il pourra vous y adresser. L'éligibilité repose sur certains critères comme l'échec des traitements existants. Ailleurs, d'autres maladies comme la maladie de Parkinson, les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, ou le glaucome font partie des indications approuvées par les instances de santé.

Parcours

1988 Diplôme de médecine, faculté Paris-VII.

1988 Diplôme de médecin du sport, faculté Paris-V.

2012 Diagnostic de sclérose en plaques.

2017 Diplôme de micronutrition, faculté de médecine de Dijon.

2017 Engagement auprès des associations de patients atteints de sclérose en plaques (Arsep, Unisep, SEP'Avenir).

2018 Publication du Grand livre de secrets de la longévité, éd. Leduc.s Pratique.

2018 - 2019 Membre du Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) sur le cannabis médical

2019 Consommation personnelle de cannabis médical et de CBD.

Septembre 2020 Sortie du livre Cannabis médical, une nouvelle chance1, éd. Solar. 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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