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Compléments alimentaires : Faut-il s'en méfier ?

Compléments alimentaires

Le magazine 60 millions de consommateurs consacre un numéro spécial aux compléments alimentaires. Mise en avant de risque d’allergies, de malabsorption par l’organisme ou de surdosage, effets indésirables, ce hors-série est entièrement à charge. Faisons le point sur les principales critiques, en donnant un peu plus la parole aux professionnels.

Dans ce hors-série, le magazine 60 millions de consommateurs met en garde les consommateurs de compléments alimentaires. Sur les 120 produits étudiés, seulement 10 % ont été validés par l’association de consommateurs qui critique aussi l’encadrement du secteur. C’est sur ces aspects que nous avons demandé l’avis des professionnels en cinq points.


  1. Les compléments alimentaires sont trop facilement autorisés, estime 60 millions de consommateurs. Le magazine regrette qu’il suffise d’une simple déclaration pour commercialiser un complément alimentaire. Certes, il s’agit d’un système « déclaratif », c’est-à-dire qu’un laboratoire qui n’a pas reçu de réponse (positive ou négative) dans les deux mois pourra mettre son produit sur le marché. Toutefois, cette déclaration implique que la démarche du laboratoire soit conforme à la législation française. De plus, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) organise ensuite des contrôles sur les lieux de fabrication et de commercialisation. Il est vrai, que comme le souligne le magazine, ce n’est pas toujours le cas des produits vendus sur Internet dont il faut donc se méfier.

  2. Concernant les compléments alimentaires à base de plantes, le magazine 60 millions de consommateurs, pointe une législation trop laxiste. Il souligne que « Les plantes ne disposent pas d’une liste d’allégations autorisées » (les problèmes de santé pour lesquels elles sont conseillées ne sont pas mentionnés sur les étiquettes, NDLR). D’autant que depuis 10 ans, les allégations étant en attente, certaines sont, de fait, tolérées ».Or, il faut tout de même expliquer que ce flou et cette absence d’allégations sont dûs à des blocages au niveau européen. Par ailleurs, les professionnels rappellent que l’arrêté du 24 juin 2014 (entré en vigueur le 1er janvier 2015), établissant une liste des 500 plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi, a donné lieu à un premier travail de fond, notamment en France. “Même si elles ne sont pas encore reconnues au niveau Européen, les « allégations » auxquelles nous devons nous conformer ont subi un grand nettoyage en France. Pour faire ces choix, l’arrêté plante a pris en considération toutes les études scientifiques qui lui ont été fournies. Toutes les allégations santé ou fantasques ont été interdites. Et celles qui ont été retenues reposent soit sur une indication traditionnelle, soit sur des études » précise Sylvie Raynal, directrice scientifique chez Naturactive (Groupe Pierre Fabre). Par ailleurs, concernant cette question des allégations le Synadiet précise qu’« il travaille activement sur une harmonisation européenne de la législation des plantes, avec une proposition de trois niveaux de reconnaissance ». Un premier niveau concerne les plantes pour lesquelles les indications reposent sur une tradition suffisamment ancienne. Un second niveau où les plantes seront considérées comme pouvant améliorer l’état de santé, cette validation étant alors sanctionnée par des études en laboratoire ; et un dernier plan où la plante pourra être considérée comme un médicament. Dans ce cas, une autorisation de mise sur le marché ne pourra être décernée qu’après la présentation d’une étude clinique versus placebo à l’image des études effectuées pour les médicaments.

  3. Pour les compléments alimentaires de vitamines et minéraux, le magazine 60 millions de consommateurs, questionne leur utilité, au prétexte que « l’alimentation devrait normalement suffire à couvrir nos besoins ». Certes ! Pour autant, de nombreuses études ont démontré que nous manquons de certaines vitamines et de minéraux (magnésium, zinc et vitamine D notamment). Et d’ailleurs, « pour ces produits, une réglementation européenne a défini des allégations précises », rappelle Sylvie Raynal.

  4. Par ailleurs, 60 millions de consommateurs estime qu’il y a des risques de surdosage. Ce n’est pas l’avis de Sylvie Raynal : « Le dosage des vitamines et minéraux est encadré, il ne doit jamais dépasser un certain niveau de sécurité. Même si les dosages sont parfois supérieurs aux valeurs nutritionnelles de référence (VNR), ils restent toujours en deçà des seuils définis selon la limite supérieure de sécurité (LSS) ».  Prenons l’exemple du magnésium : le magazine indique que la dose de magnésium dans les compléments alimentaires antistress doit légalement être au moins supérieure à 15 % des valeurs nutritionnelles (fixées à 375 mg/jour), soit 56 mg. Pourtant, il regrette que la dose atteigne 363 g dans certains compléments. Ce dosage correspond pourtant bien aux recommandations et reste bien en-dessous du seuil maximum de 700 mg. D’ailleurs, l’Anses reconnaît elle-même que l’apport recommandé en magnésium pourrait être supérieur (environ 420 mg/jour) à celui qui est actuellement conseillé. De plus, on sait que les excès de magnésium ne se fixent pas dans l’organisme car il s’élimine par les reins. Et que toutes les formes de magnésium ne s’absorbent pas de la même manière. Dans ce type d’usage conseillé, les risques de surdosage sont donc quasi nuls.

  5. Concernant les compléments alimentaires de vitamines et minéraux, 60 millions de consommateurs se montre aussi très alarmiste quant au mésusage. Il est vrai qu’il vaut mieux éviter les compléments alimentaires qui ne précisent pas sur leurs boîtes les doses recommandées et les contre-indications. Les produits fabriqués en France le précisent le plus souvent. Mais au-delà de l’étiquetage, le nombre d’effets secondaires reste faible. Ainsi, via la nutrivigilance, l’Anses a répertorié 133 cas présentant des effets secondaires liés à la prise de compléments alimentaires en 2018 sur plus de 2 millions de boîtes vendues. « De plus les effets secondaires constatés sont, la plupart du temps, bénins » précise le Synadiet. « Personne ne répond de la même manière à la prise d’un complément alimentaire, ni même d’un médicament. Et les effets secondaires qui sont souvent minimes, peuvent alors être un marqueur, note le Docteur Marc Perez, auteur du Guide des compléments alimentaires (éditions Eyrolles). Si on ne se sent pas bien, il suffit d’arrêter la prise. Et si l’on souffre de pathologies et que l’on prend déjà des médicaments, il vaut mieux s’adresser à un médecin aguerri à ces pratiques ».

 

Au final, s’il est bon de s’interroger sur la nécessité et la façon de se supplémenter avec des compléments alimentaires, sachons raison garder. Faisons preuve de bon sens plutôt que d’une volonté de noyer les compléments alimentaires dans un océan de critiques. On ne fait alors que déstabiliser les consommateurs. Surtout ceux qui trouvent leur compte dans cette utilisation ; tant que celle-ci reste ponctuelle, de courte durée et qu’elle s’accompagne d’une bonne hygiène de vie… ce qui est d’ailleurs toujours précisé sur ces produits.

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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