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Derrière la baie de goji, tout un monde

baie de goji

C’est l’histoire d’une jolie baie de goji, provenant de la Chine lointaine et arrivée dans nos placards dans un emballage aux couleurs sobres et aux matériaux recyclables. Ce qui justifierait ce voyage en circuit long contournant toutes les préoccupations écologiques, ce sont les vertus irremplaçables de ce petit fruit rouge, antioxydant naturel à consommer brut ou en jus.

D’autres produits ont connu des trajectoires comparables. Sucre, tabac, épices, ces produits ont suivi un parcours similaire, à différentes périodes, allant de la recommandation médicale au luxe, puis à la banalisation et enfin, souvent, au bannissement ou du moins à une sévère remise en question. Hier comme aujourd’hui, leurs histoires sont tout autant sociales que spatiales : d’abord réservés à quelques privilégiés pouvant se le permettre, ils ont été ensuite usités dans des niches avant de venir épaissir les rangs de la consommation de masse. Dans cette perspective, quel sera l’avenir de la baie de goji ? La « cure de jouvence du Tibet » sera-t-elle bientôt détrônée par l’épine-vinette, que l’on mange en Iran, ou un autre super-aliment, comme l’algue...

klamath ? Si leurs bienfaits sont incontestables en termes de soins, un point de vue sociologique permet d’observer la répétition des phénomènes sociaux sous-jacents à la consommation de ce type de produits : d’abord, la fascination pour les terroirs et horizons lointains. Asie ou Amérique, chacun de ces continents renvoie à des imaginaires exotiques d’une nature luxuriante ou précieuse, préservée de la Métropolis grise et polluée, et qui recèlent encore des trésors de santé. Botaniques ou culinaires, les denrées que procurent ces terres sont investies d’une forte portée symbolique. Ce que l’on consomme, c’est tout autant la baie que le Toit du monde où elle serait née, l’algue en elle-même que le lac de montagne où elle pousse.

On peut aussi considérer le chemin historique parcouru par ces produits : connus seulement de groupuscules visant à manger sain dans les années 1930, puis adoptés par les communautés hippies, rurales et radicales des années 1970, ils occupent aujourd’hui les rayons des points de vente spécialisés. Si l’élaboration des farines biologiques Lemaire, commercialisées dans les premiers La Vie claire à la fin des années 1930 visait à améliorer la qualité de l’alimentation, la contreculture a fait de ces produits les hérauts de la critique des Trente Glorieuses et de la société de consommation. Ainsi, les premiers salons Marjolaine, constituaient avant tout un rassemblement contestataire. Or, si les éditions contemporaines de l’événement, tout comme les points de vente traditionnels de l’alimentation naturelle gardent bien sûr une part de cette volonté, ils s’ouvrent chaque fois davantage à des logiques de rentabilité très éloignées des objectifs premiers. À tel point que l’on peut se demander si les fondements philosophiques de la santé naturelle vont pouvoir y survivre. À voir la multiplication des produits, des gammes et des chaînes de la grande distribution en bio, rien n’est moins sûr.

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