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Pablo Servigne :
 « Renouer avec le sauvage
pour affronter la fin du monde »

Pablo Servigne, auteur d'Une autre fin du monde est possible

Le chercheur Pablo Servigne vulgarise le concept d'un effondrement systémique de notre civilisation. Au constat scientifique de la disparition de la biodiversité, il ajoute des aspects émotionnels et intuitifs. Dans cette crise majeure mais largement sous-estimée, et qui dépasse la seule question du réchauffement climatique, le retour au sauvage et l'entraide sont devenus ses priorités.

Plantes & Santé. Concrètement, qu’entendez-vous par « effondrement systémique » ?

Pablo Servigne. Plusieurs effondrements ont déjà eu lieu dans l’histoire : des populations de poissons, de plantes, d’oiseaux ou d’insectes ont disparu, tout comme des zones marines et des écosystèmes. À ce titre, le dernier rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF) sur l’effondrement de la biodiversité est sidérant. Il existe en outre un dérèglement global : la pollution et le changement climatique annoncent la possibilité d’un effondrement par système, l’un après l’autre, de notre société et de la biosphère. Ce processus durera des années, voire des décennies, et mènera le monde à un tout autre mode de vie, même pour les plus riches. Bien malin celui qui peut dire ce qu’il adviendra de nous, mais l’on peut d’ores et déjà faire des hypothèses, convoquer l’imagination et anticiper l’avenir au regard de ce qui est en train d’arriver.

 

Quels sont les obstacles à la prise de conscience des populations ?

Il existe une biodiversité des dénis. Plusieurs manières de ne pas voir, de ne pas croire, de ne pas savoir. Ou de savoir sans vouloir y croire. Il y a également des « marchands de doutes », des industriels qui s’emploient à créer de fausses controverses scientifiques et entretiennent la non-conscience des catastrophes environnementales en cours et à venir.

Dans votre dernier ouvrage, Une autre fin du monde est possible, vous prônez l’entraide comme « manière de mieux vivre l’effondrement ». Comment faire en sorte que les dynamiques collectives prévalent dans une civilisation individualiste ?

Il est important de se rappeler que l’être humain est l’une des espèces les plus sociables du monde vivant. Notre vulnérabilité dès la naissance nous rend ultrasociaux pour survivre. C’est l’acceptation de cette vulnérabilité qui nous permettra d’aller vers des relations plus interdépendantes. J’évoque l’entraide comme moyen d’éviter que nos sociétés se fassent la guerre, en étant confrontées à la maladie et la famine, conséquences possibles des futurs effondrements. Les individus les plus résilients seront ceux qui auront bâti de forts liens sociaux et affectifs. Pour anticiper les catastrophes, la clé est de créer le plus de relations sincères dans nos voisinages, familles, cercles d’amis, quartiers…

Peut-on s’inspirer de mécanismes d’entraide observés dans le monde végétal ?

Depuis 3,8 milliards d’années, tous les êtres vivants s’entraident. C’est un principe qui structure toute l’évolution. La vie, les sociétés, les organismes en sont imprégnés. Ma démarche est biomimétique, autrement dit, je m’inspire des processus résilients du monde vivant pour imaginer des systèmes d’entraide humains. Un exemple inspirant est celui des mycorhizes [associations symbiotiques entre racines de plantes et champignons, NDLR], qui réalisent un réseau d’échanges décentralisé mettant en connexion les arbres. Grâce aux champignons, une nouvelle entraide se met en place entre les arbres… Ce mécanisme d’innovation se vérifie dans la société avec la Sécurité sociale ou les allocations familiales. On peut aller plus loin en ce sens, en s’alliant stratégiquement avec les plantes pour lutter contre la destruction. C’est ce qu’ont fait certains opposants sud-américains en plantant des amarantes résistantes sur un terrain destiné à la construction d’un site de recherche sur les OGM par Monsanto. Au final, l’entraide nous permet de survivre.Face aux dérèglements, beaucoup d’initiatives fleurissent. Sont-elles pertinentes ?

Les luttes, les rapports de force pour empêcher la destruction du vivant, la création d’alternatives comme l’agroécologie ou la permaculture sont évidemment utiles pour limiter les dégâts. Certains se tournent vers les low-techs, d’autres préfèrent le survivalisme ou font du lobbying afin d’éviter le passage de lois toxiques. Chacun agit selon sa propre sensibilité. Je crois que se rapprocher du végétal, avoir son potager ou cueillir de manière éthique, c’est faire un pas vers l’autonomie, et donc se défaire de nos dépendances aux structures industrielles. C’est aussi remettre radicalement en question notre rapport au monde. Rappelons que nous sommes la seule civilisation à avoir inventé le mot « nature » – qui sépare, de fait, l’humain de la nature. En retissant des liens avec le monde végétal, on retrouve du plaisir, de la gratitude, de la résilience, du sens à la vie et des moyens d’affronter les tempêtes à venir.

Existe-t-il des végétaux capables de résister à de gros chocs climatiques ?

Le symbole du Ginkgo biloba est très fort. On dit que c’est le premier arbre à avoir repoussé après Hiroshima. Je pense également aux amarantes, ces plantes adventices ou « mauvaises herbes » qui sont devenues résistantes au glyphosate de Monsanto. On les voit comme des compétitrices, mais elles sont surtout l’image d’une forêt d’avenir. Ce sont des bâtisseuses, des activistes, des politiciennes, des architectes, des agroécologistes et des maîtres composteurs !

À l’inverse, quelles sont ou seront les plantes les plus fragiles ?

Les espèces végétales qui disparaîtront les premières seront les plantes « domestiquées ». Autrement dit, celles qui ont coévolué intimement avec l’humain. Je pense au blé, à la patate, au maïs, au soja et au riz. Par des transformations génétiques, l’humain les a rendues productives, certes, mais ces plantes sont également devenues très fragiles, puisqu’inadaptées au monde sauvage.

Pourquoi réfléchir à des actions si l’effondrement est inévitable ?

L’effondrement n’est plus un problème à résoudre. En revanche, on peut essayer de bien vivre avec ! Une autre fin du monde est possible en se reconnectant au sauvage, et en traitant collectivement la souffrance, les luttes, les créations d’alternatives. Ces actions collectives redonnent de la joie malgré les tempêtes. Elles permettent d’envisager un nouvel horizon, de nous débrancher d’un système toxique afin de recréer de nouvelles histoires.

Le parcours de Pablo Servigne

2008 Docteur en biologie.

2009 Prend conscience du côté systémique des crises globales.

2010 Entre à l’association Barricade, à Liège, et débute l’éducation populaire.

2013 S’initie à l’écopsychologie par des ateliers de « Travail qui relie » avec Joanna Macy, auteure spécialiste du bouddhisme et de l’écologie profonde.

2013 Publie Nourrir l’Europe en temps de crise (éd. Babel).

2015 Publie Comment tout peut s’effondrer (éd. du Seuil).

2017 Publie L’entraide, l’autre loi de la jungle (éd. LLL).

Nov. 2018 Publie Une autre fin du monde est possible (éd. du Seuil).

Prendre conscience de l’effondrement

La « collapsologie », développée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, est la compilation d’un ensemble de données scientifiques dans un cadre de recherche spécifique : l’effondrement de la civilisation industrielle et ce qui pourrait lui succéder. Elle traverse une multitude de domaines, de l’écologie à l’économie en passant par l’anthropologie, la psychologie, la politique, le droit et l’art.

La « collapsosophie » correspond, elle, à l’ensemble des comportements et des positionnements qui peuvent découler de cette situation d’effondrement. C’est une philosophie, une ouverture plus large aux questions éthiques, émotionnelles, imaginaires, spirituelles et métaphysiques. L’idée étant de déboucher sur des transformations intérieures et extérieures.

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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