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Docteur Véronique Mondain : « L'hôpital a un rôle à jouer pour soutenir les thérapies complémentaires »

Véronique Mondain

La consultation de Véronique Mondain ne désemplit pas depuis qu'elle a mis en place un protocole incluant des approches non conventionnelles pour traiter les cystites récidivantes. Cheffe de service infectiologie au CHU de Nice, elle revient sur ce choix et les nombreux projets qu'elle mène pour élargir la palette de soins au sein de l'hôpital.

Plantes & Santé. Comment les médecines non conventionnelles sont-elles arrivées dans votre service du CHU l'Archet à Nice ?

Véronique Mondain. Cela s'insère dans une configuration locale favorable avec la création en 2014 de l'Observatoire des médecines non conventionnelles (OMNC) à l'initiative de médecins, mais aussi de pharmaciens, de thérapeutes et sous l'égide du doyen de la faculté de Nice, Patrick Baqué. Cette dynamique nous a permis d'avancer dans le domaine de l'enseignement, avec la création d'un diplôme universitaire (DU) d'hypnose, d'un DU de méditation et pour la rentrée de 2020 ce sera le tour d'un DU de phytothérapie-aromathérapie. Notre réflexion porte aussi sur la nécessité de réaliser des recherches afin de valider ces approches de façon scientifique.

Justement vous avez mis en place un protocole fondé sur l'hypnose pour soigner les cystites récidivantes. Très prochainement un traitement phyto-aroma va être lancé. Dans un service infectiologie, on ne s'attend pas forcément à ce type de possibilités. Qu'est-ce qui vous a convaincu ?

J'ai passé un DU d'hypnose en 2016 et j'ai tout naturellement souhaité en faire profiter mes patientes. En consultation par exemple, des patientes qui présentent des cystites récidivantes nous sont adressées. Ces femmes n'ont pas une maladie grave mais très handicapante socialement et elles souffrent. Elles se sentent abandonnées par leur généraliste, par les urologues. Elles ne savent plus vers qui se tourner et sont souvent anxieuses. Sur ces personnes-là, en association avec une information optimale infectiologique, l'hypnose peut être d'une grande aide. Et en établissant des critères et un suivi précis, nous avons pu apporter les preuves de son efficacité, ce qui dès la prochaine publication de l'étude va constituer une validation scientifique. Pour autant, nous n'avons pas laissé tomber l'approche classique des infectiologues. Mais nous cherchons vraiment à varier les traitements. Certains compléments alimentaires, comme le D-Mannose, sont aussi efficaces sur Escherichia coli, en agissant comme un leurre pour que les bactéries ne s'accrochent pas à la paroi vésicale. Et très prochainement, nous allons tester un nouveau protocole de phyto-aromathérapie. Cette approche holistique est très appréciée des patientes qui veulent aussi moins d'antibiotiques.

 

Un protocole contre les cystites récidivantes

Un hôpital qui propose un traitement basé sur une tisane et des huiles essentielles… Voilà qui n'est pas anodin. Un protocole, conçu avec la pharmacienne Pascale Gélis-Imbert, spécialisée en phyto-aroma, va être bientôt testé dans le service de Véronique Mondain, à l'hôpital de Nice. L'Anses s'est assez vite montrée favorable à ces remèdes qui ont dû trouver leur place dans l'environnement hospitalier. Stocker les plantes, les préparer, c'est moins facile qu'un comprimé. Les patientes volontaires vont donc prendre en alternance quinze jours par mois, soit un litre de tisane quotidienne constituée d'échinacée, de busserole, d'orthosiphon, d'ortie, de mélisse, soit des gélules de canneberge (Arkopharma) pendant la quinzaine du mois suivant. En cas de crise, s'ajoutera au traitement des capsules d'huiles essentielles d'origan, de menthe poivrée, de cannelier de Chine et de citron (Pranarôm). Pas d'antibiotique donc. De plus, il s'agit aussi d'un programme de recherche, puisque ce protocole-étude, prévu pour durer un an, fera l'objet d'une publication scientifique.

En donnant cette orientation à votre service vous vous engagez donc sur la durée ?

Il ne s'agit pas d'une orientation donnée aux médecins du service. C'est une proposition, une offre qui est faite aux patients pour qu'ils aient accès à des médecines non conventionnelles. Nous réfléchissons d'ailleurs à une consultation de médecine intégrative qui serait ouverte à tous les services. Il faut pouvoir donner aux patients des informations qui relèvent aussi de la prévention, parler de règles d'hygiène de vie, d'alimentation. Au niveau de la faculté, nous venons de créer le premier département de médecine intégrative doté d'un conseil scientifique et visant à associer tous les médecins qui s'intéressent à ces approches, à les aider à porter leurs projets dans ces domaines.

L'hôpital de Nice est-il en avance dans ces domaines ?

Non, pas particulièrement. Aujourd'hui beaucoup de personnes prennent des initiatives, proposent des choses notamment pour les soins palliatifs, les soins de support en cancérologie, la prise en charge de l'obésité, de l'éducation thérapeutique du patient… L'offre de soins s'élargit et est mise au service du patient pour améliorer son pronostic. En tant que responsable d'un service, j'ai l'avantage de pouvoir fédérer cette dynamique et de faire en sorte qu'elle se déploie.

Est-ce que vous diriez que le contexte est aujourd'hui plus favorable à ces initiatives ?

Il me semble qu'il y a plus d'ouverture dans la stratégie nationale de santé ministérielle, pour que se développent des interventions non médicamenteuses ainsi que la prévention. En tout cas, dans le cadre de la stratégie nationale de santé, il existe aujourd'hui des « outils » dont on peut se saisir pour faire avancer ces thérapies. C'est aussi une volonté forte des patients, c'est donc bien que l'on évolue ainsi. Par ailleurs, la réforme des hôpitaux qui prévoie d'évaluer les établissements en fonction de la qualité des services rendus, devrait accélérer le processus. Cette notion de qualité repose beaucoup sur le ressenti du patient, sur son expérience. Or dans le système de soin occidental où tout se « protocolise » le patient ne se sent pas toujours reconnu comme individu. La médecine intégrative permet d'allier le meilleur de l'approche conventionnelle à une médecine centrée sur le patient, en fonction de ses valeurs et affinités, elle le fait participer à son traitement.

Quels sont les freins auxquels vous êtes encore confrontés ?

Les freins sont d'ordre administratif, en particulier. Et il n'y a pas de financement prévu pour valider ces approches. Il nous faut donc passer par des budgets de recherche financés par l'Agence régionale de santé (ARS) ou les fonds de l'hôpital. Nous n'avons donc pas beaucoup de moyens. L'enjeu est pourtant que le développement de ces médecines complémentaires se fasse de façon encadrée, car il faut vraiment veiller à ce que ces nouvelles stratégies de soins ne soient pas l'objet d'expérimentations sans garde-fous.

Pensez-vous qu'il y a vraiment un risque ?

Face à l'engouement qui existe actuellement il faut se montrer vigilant. Il n'y a pas tant de médecins vraiment formés à ces pratiques. Et du côté des non-médecins, c'est très variable. Il est indispensable que les pratiques validées soient enseignées dans les écoles reconnues et que les patients suivent un parcours de soins approprié. Il ne s'agit pas non plus que les patients en tirent des conclusions erronées, comme celle de consulter uniquement un hypnothérapeute. Bref, l'hôpital public a un rôle à jouer important en se montrant à la fois ouvert, mais aussi en étant le garant de pratiques validées en médecine non conventionnelle.

Parcours

1988. Thèse de doctorat en médecine, à la faculté de médecine de Nice

2005 à 2013. Référente antibiotique du CHU de Nice, puis à partir de 2018.

2014. Membre de l'Observatoire des médecines non conventionnelles (OMNC).

2017. Cofondatrice d'un groupe sur l'hypnose au CHU de Nice.

2018. Co-organisation de La fête des possibles avec le théâtre de Nice et le mouvement citoyen Alternatiba.

2020. Lancement d'un protocole phyto-aroma dédié aux cystites à l'hôpital de Nice.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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