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Philippe Gallois «La filière des plantes aromatiques et médicinales est orpheline»

La Sauge sclarée (Salvia sclarea)

Les surfaces cultivées en plantes aromatiques et médicinales sont en augmentation dans l’Hexagone. Mais de nombreuses difficultés freinent ce développement. Philippe Gallois, responsable de la coordination de l’Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum médicinales et aromatiques (Iteipmai), souligne l’importance des nouvelles variétés pour que la production française continue de se distinguer par sa qualité.

Plantes & Santé  Sur quels leviers agissez-vous  pour faire progresser une filière en concurrence  avec des produits moins chers provenant des  pays  méditerranéens,  asiatiques  et  d’Europe  centrale ?
Philippe Gallois  Nous travaillons sur la réduction des coûts de production. Mais le plus important en termes de compétitivité est d’améliorer la qualité. Or cela passe par la recherche de nouvelles variétés plus riches en principes actifs. C’est une voie de progrès assez considérable : les teneurs en principes actifs et en huiles essentielles peuvent souvent être au moins doublées. Les recherches se sont portées d’abord sur les plantes aromatiques (thym, romarin, sauge, origan, marjolaine) et sur les plantes médicinales telles que la valériane, l’angélique et le millepertuis. Pendant longtemps, les transformateurs ont utilisé des plantes sans vraiment les connaître. Ils adaptaient leurs procédés à la qualité variable de la matière première végétale. Mais aujourd’hui, ils analysent comment les principes actifs se retrouvent dans la plante, les impacts des pratiques culturales sur les productions... Émerge ainsi une volonté de travailler de concert avec la production agricole sur la qualité.

P. & S.  Les agriculteurs sont-ils intégrés au processus de création variétale ?
P. G.  Effectivement, ils sont intégrés à ce processus. On peut même parler de sélection participative. Les producteurs sont de plus en plus demandeurs, mais ils voudraient obtenir des résultats plus rapidement. Or il faut attendre environ cinq ans pour une simple comparaison entre plusieurs variétés, et entre quinze à vingt ans pour une nouvelle création. La programmation de nos recherches est aussi fonction des attentes des industriels qui transforment les plantes. Ils achètent des plantes françaises car elles sont gages de qualité, à la fois en termes de teneurs en principes actifs et du fait de l’absence de résidus de produits phytosanitaires (pesticides, ndlr). Ils nous sollicitent aussi pour de nouvelles espèces que les agriculteurs n’ont encore jamais travaillées. Le secteur des plantes médicinales vit des évolutions rapides.

P. & S.  La qualité est-elle le seul critère de sélection ?
P. G.  Nous recherchons aussi des variétés tolérantes vis-à-vis des bio-agresseurs...

. D’autant que le phénomène a pris de l’ampleur avec l’arrivée de maladies émergentes. Par exemple, depuis quelques années, le mildiou s’attaque au basilic et au persil et devient problématique. Il y a aussi l’exemple du dépérissement de la lavande, une maladie qui est difficile à éradiquer. Nous allons aussi être amenés à sélectionner des variétés adaptées aux changements climatiques pour que les plantes supportent mieux la sécheresse, la canicule ou encore des périodes de gel prolongées. Comme par le passé, nous continuons à nous intéresser à la productivité des plantes, notamment en termes de biomasse pour ce qui est des herbes de Provence.

P. & S.  Pourquoi l’Iteipmai, qui est un institut technique, a-t-il reçu cette mission de recherche ?
P. G.  Parce que personne ne le fait ! Créé dans les années 1980, l’Iteipmai est une association qui regroupe une centaine d’adhérents. Pour moitié, il s’agit de producteurs de plantes et pour le reste, en aval, les extracteurs, les distillateurs et les entreprises de valorisation en cosmétique, pharmaceutique et compléments alimentaires. Mais les plantes à parfum, médicinales et aromatiques constituent une filière orpheline, que ce soit du côté de la recherche comme du point de vue de la production semencière.

P. & S.  Les surfaces et le nombre de producteurs  augmentent, mais pas suffisamment pour répondre  à la demande des grossistes et des transformateurs.  Est-il difficile de se lancer dans la culture de ces  plantes ?
P. G.  Il faut s’assurer des débouchés avant de se lancer dans une production. Il faut aussi savoir que ces espèces demandent une certaine technicité, notamment au niveau de la maîtrise des mauvaises herbes qui nécessite un important temps de travail. Souvent, ces plantes demandent une transformation post-récolte, telle que le séchage ou la distillation. Or ces équipements exigent un investissement et un savoir-faire. Cependant, la filière est en développement, et cela devrait continuer car elle permet de valoriser des territoires assez rustiques. C’est aussi un secteur en phase avec les enjeux sociétaux actuels : le bio y est beaucoup plus représenté que dans les autres filières agricoles, et globalement, c’est un secteur assez peu consommateur en intrants.

P. & S.  Qu’en est-il de l’une des missions de l’Iteipmai,  à savoir la recherche de nouvelles opportunités ?
P. G.  De nouveaux marchés s’ouvrent dans les secteurs des compléments alimentaires, avec par exemple une demande en plantes aux vertus antioxydantes. Nous travaillons ainsi sur l’amélioration de la mélisse dont les forts pouvoirs antioxydants ont été quantifiés par plusieurs études de l’Iteipmai : les extraits sont deux à quatre fois plus actifs que des extraits équiva- lents de romarin, une espèce ayant fait l’objet de nombreux travaux, et des thés noir et vert réputés pour posséder cette propriété. Il y a aussi un nouvel intérêt pour les plantes en santé vétérinaire ; nous avons donc lancé des réflexions sur l’utilisation d’extraits de plantes en élevage, notamment pour stimuler les défenses immunitaires des volailles. Nous avons aussi identifié une demande des secteurs du vin et du cidre, qui, pour pallier les limitations des sulfites, souhaitent évaluer l’intérêt potentiel des extraits de plantes. Enfin, un projet est en cours sur la domestication de l’arnica, dont nous attendons les résultats d’ici un an ou deux. L’objectif est de protéger les espaces de cueillette et de développer une économie autour de cette plante. Les pistes sont nombreuses pour trouver de nouveaux marchés et, à terme, sortir de notre microcosme.

Qualité française

Quel que soit le secteur, de plus en plus  de marques cherchent à privilégier des  plantes cultivées en France. Et ce pour  plusieurs raisons. Tout d’abord, la hausse  des contraintes réglementaires nécessite  une plus grande traçabilité. « Du choix  des variétés aux techniques culturales,  de récolte ou de séchage, utiliser des  plantes cultivées en France permet un  contrôle plus rigoureux », confirme  André Hyvrier de la société Elixens.  Ensuite, en validant la provenance, on s’assure d’une certaine qualité. « Certes, les plantes sèches sont souvent plus chères en  France, mais nous préférons miser sur la qualité », explique Guy Leclercq, directeur des  achats pour Fytosan, qui utilise près de 240 plantes bio différentes. « Sans compter qu’il  y a parfois des surcoûts avec les plantes étrangères. »

La filière des PPAM*en France

38 000 ha sont cultivés.
3 espèces majoritaires : lavande, lavandin et sauge  sclarée occupent 20 000 ha.
20 espèces d’aromatiques sont cultivées sur 3 000 ha.
80 espèces pour les  médicinales représentent  15 000 ha. Mais le pavot  œillette représente à lui seul  10 000 ha.
4 500 producteurs, dont  les trois-quarts ont des  exploitations diversifiées en  cultures et élevages.
15 % de surfaces certifiées  bio, ce qui en fait la  production agricole où la part  du bio est la plus forte.
55 milliards de chiffre  d’affaires pour la production  des plantes aromatiques  et médicinales, qui ont bien progressé par rapport  aux plantes à parfums  (35 milliards).
49 % d’augmentation des  surfaces de safran entre 2000  et 2010. C’est la culture qui  a le plus augmenté (37 ha en  2010).

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