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Les pouvoirs des fleurs(2/5)

Forme la plus aboutie du règne végétal, les fleurs dominent nos écosystèmes. Présentes dans nos mythes fondateurs comme dans nos médecines traditionnelles, elles ont su devenir des partenaires puissants et subtils auprès desquels l’homme a de longue date puisé inspiration et ressources : santé, beauté, gastronomie, spiritualité. Et si nous allions voir si la rose, la passiflore, le gattilier, le lotus…

Coquelicot Anxiolitique

Les fleurs comme protectrices

L’expérience d’abord, transmise de génération en génération, puis les acquis de la recherche nous ont appris que ce sont tantôt les racines, tantôt l’écorce, parfois les feuilles ou les bourgeons qui incarnent le mieux le génie thérapeutique d’une plante. Les fleurs, tout en étant polyvalentes, excellent dans des sphères qui feront sourire les adeptes de la théorie des signatures.

Est-ce un hasard si les sommités fleuries sont de particulièrement bonnes gardiennes de notre psyché ? De nombreuses fleurs sont ainsi utilisées dans les remèdes contre la nervosité, la dépression et l’insomnie. Les capitules à l’odeur si caractéristique de la camomille noble (Chamaemelum nobile) sont un des plus anciens sédatifs connus. Cette camomille, souvent consommée sous forme de tisane, mais également utilisée par le biais de son huile essentielle, apaise le système nerveux et les occasionnelles palpitations. Elle sait bercer les nuits agitées, notamment celles des enfants sujets aux cauchemars. Si on la dit noble, c’est peut-être aussi parce qu’elle permet de calmer nos colères anciennes et de se recentrer sur l’essentiel. On retrouve cette affinité florale pour le système nerveux dans la lavande officinale, qui apporte la sérénité aux agités de tous bords, notamment par ses effluves. D’une grande douceur, la lavande nous apaise et nous réconforte. On pourrait même dire qu’elle nous materne, avec simplicité et retenue.

D’autres fleurs, peut être plus charmeuses et ambiguës, nous invitent directement au sommeil, un sommeil qu’elles savent appeler ou approfondir pour nous protéger de l’insomnie. C’est le cas de deux cousines de la famille des Papaveracées, la jaune Eschscholtzia (pavot de Californie) et le rouge coquelicot, toutes deux anxiolytiques et sédatives. On réserve la première plutôt aux adultes pour réduire la période d’endormissement, et la seconde aux insomnies des enfants. Moins puissant que sa cousine californienne malgré son rouge éclatant, le coquelicot (et ses propriétés) n’en est pas moins connu de longue date, puisqu’on le retrouve déjà dans des tombeaux égyptiens. Très fragile, il semble s’éteindre et s’étioler dès qu’on le cueille, mais quelques gouttes de jus de citron dans son infusion réveilleront l’esprit de la fleur et lui feront retrouver sa couleur rouge foncé. De l’apaisante passiflore à la fleur de Crocus sativus et son précieux et fragile stigmate de couleur rouge, le safran, on pourrait allonger sans peine la liste de ces fleurs offertes par la nature pour apaiser...

nos tourments et nos nuits.

Zones les plus exposées et fragiles de la plante, les fleurs sont pourtant également à l’occasion des gardiennes de note intégrité physique et de grandes réparatrices. Vulnérables, certes, mais aussi vulnéraires, elles savent guérir nos plaies et nos blessures. Au premier rang de ces fleurs protectrices, on retrouve trois belles jaunes dont la réputation n’est plus à faire : l’arnica, l’hélichryse et le millepertuis. De cette dernière, on sait qu’elle préserve notre bonne humeur, comme certaines des fleurs citées précédemment. Mais elle est également, comme le notait déjà Galien au IIe siècle de notre ère, une grande cicatrisante des plaies et des brûlures. La célèbre huile de millepertuis, qu’on obtient par macération de ses sommités fleuries dans un bocal d’huile végétale laissé au soleil, rappelle par sa couleur rouge le sang et les blessures qu’elle est censée endiguer. On coupera ses fleurs idéalement au moment du solstice d’été, comme un écho lointain aux pratiques populaires du Moyen Âge qui, lors de la fête de la Saint-Jean, voyaient les fleurs de millepertuis accrochées en guirlande aux cous des gens ou aux toits des maisons pour les protéger de la foudre, du feu ou des mauvais esprits.

Si l’arnica (Arnica montana) et l’immortelle (Helichrysum italicum) ont peu de chance de se croiser dans leurs habitats naturels respectifs, ces Astéracées exhalent des odeurs aromatiques fortes et caractéristiques qui s’épanouissent à la faveur de l’été, période pendant laquelle on les cueille. Toutes deux sont cueillies traditionnellement à l’état sauvage, mais, victimes de leurs succès, elles sont de plus en plus cultivées pour répondre à une demande de plus en plus forte. Et pour cause : elles savent réduire ecchymoses et contusions, ce qui a valu à l’arnica d’être appelée l’herbe aux chutes et a donné à l’hélichryse ce nom qui lui va si bien : l’immortelle.

L’arnica est aussi connue car elle a beaucoup influencé le fondateur de l’homéopathie, Samuel Hahneman, qui en fera le remède d’homéopathie le plus prescrit aujourd’hui pour les chocs aussi bien physiques que psychologiques, à différentes dilutions. Une dilution nécessaire, car la plante est aussi forte que toxique, raison pour laquelle on en privilégie l’utilisation enphytothérapie sous forme de teinture mère ou de macération huileuse, principalement en traitement externe.

Tisane des 5 fleurs

Malgré leur apparente fragilité, les fleurs peuvent s’avérer de redoutables combattantes contre les infections. En cas de grippe ou de maladies infectieuses, en particulier avec de fortes fièvres, le docteur Henri Leclerc (1870-1955) conseillait ce mélange de fleurs aux vertus sudorifiques et diurétiques.

Ingrédients
• Fleurs de pensée sauvage (Viola tricolor) 20 g ;
• Fleurs de lavande officinale (Lavandula angustifolia) 20 g ;
• Fleurs de bourrache (Borago officinalis) 10 g ;
• Fleurs de souci (Calendula officinalis) 20 g ;
• Fleurs de genêt à balais (Cytisus scoparius) 10 g.

Mode d’emploi
Deux cuillères à café par tasse d’eau bouillante. Laisser infuser cinq minutes et boire 3 à 4 tasses par jour.

Le gattilier pour ces dames

On associe traditionnellement les fleurs à l’univers féminin, censé incarner ce mélange de beauté, de fragilité et d’évanescence qui caractérise si bien le monde floral. Mais au-delà de ces représentations caricaturales, on peut dire que certaines fleurs ont une affinité avec le féminin en raison de leurs propriétés médicinales. C’est le cas d’une plante emblématique, le gattilier. Les fleurs de gattilier sont en effet couramment utilisées pour augmenter la production de progestérone chez la femme et normaliser son cycle hormonal, qu’il s’agisse de syndrome prémenstruel, d’irrégularités du cycle ou de problèmes associés à la préménopause. Ironie de la nature : tandis que les sommités fleuries du gattilier « font venir les fleurs » (menstruations), ses fruits, également appelés « poivre des moines », calment l’appétence sexuelle des hommes et les rendent « doux comme des agneaux », d’où son nom latin Vitex agnus-castus.

L’éloge de la douceur

De nombreuses fleurs ont une vertu médicinale que la simple vision de leur délicatesse semble a priori encourager : la douceur. On les dit tantôt adoucissantes, tantôt apaisantes ou bien émollientes selon les cas, mais un grand nombre d’entre elles ont cette capacité à apaiser par leur richesse en mucilage, une substance constituée de polysaccharide qui devient visqueuse au contact de l’eau. On retrouve cette sorte de mucus végétal dans les fleurs dites justement pectorales comme le bouillon-blanc, la violette, la mauve ou le coquelicot, par exemple. Sous forme d’infusion, elles ont en commun d’être bonnes pour la gorge et les poumons, soit qu’elles sont directement antitussives, soient qu’elles apaisent les gorges irritées ou encore qu’elles permettent l’évacuation de notre propre mucus. Une autre propriété des mucilages, celle de gonfler au contact de l’eau, fait que des fleurs comme la mauve ou la bourrache sont considérées comme d’excellentes laxatives, à la fois efficaces sur le transit et douces pour nos muqueuses.

Le phallus de titan

Le phénoménal Amorphophallus titanum est natif des forêts humides de Sumatra,en Indonésie. Il produit la plus grande inflorescence au monde (5 à 6 mètres de haut, et presque autant d’envergure).Autre particularité, sa timidité fait que cette fleur impressionnante, mais dont l’odeur est pestilentielle, n’éclot que tous les six ans ou plus, lorsque le tubercule (qui peut atteindre une dizaine de kilos) a emmagasiné assez d’énergie en terre et sort de sa période de dormance. Quand il éclot, son large épi (spadix) est entouré d’une couronne d’un violet sombre à l’intérieur et de combinaisons de vert et de blanc à l’extérieur, au creux de laquelle s’épanouissent de petites fleurs crème et rose.

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