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Les profits amers de la stevia

les Indiens Guarani

Premiers à avoir utilisé la stevia, les Indiens Guarani aimeraient bien profiter de l’usage massif qu’en font les industriels de l’agro-alimentaire. Plusieurs associations se mobilisent pour les soutenir.

L’université de Hohenheim en Allemagne, les associations Pro Stevia Schweiz et PublicEye en Suisse enquêtent depuis un an sur le marché de la stevia. Un marché en plein boom, depuis que certains composants de la plante, les glycosides de stéviol, des édulcorants au pouvoir trois cents fois plus sucrant que le saccharose, ont été autorisés. Ainsi, l’agence Mintel estime que le chiffre d’affaires généré par les produits contenant de la stevia a doublé entre 2013 et 2017, pour atteindre entre 8 et 11 milliards de dollars en 2015.

Or, cette plante originaire du Paraguay et du Brésil est utilisée traditionnellement par deux groupes d’Indiens Guarani. Ils bénéficient en principe du protocole de Nagoya et de la Convention sur la biodiversité biologique (CBD), qui affirment leur droit d’encadrer l’accès à leurs connaissances traditionnelles et de bénéficier des avantages résultant d’une commercialisation. Un droit qu’il est difficile de garantir en pratique, car certains pays, tels les États-Unis, n’ont pas ratifié la CBD. Plusieurs associations mobilisées contre cette situation de « bio-piraterie » veulent donc contraindre le grandes entreprises (Coca-Cola, etc.) à négocier. Ce type d’action a déjà abouti dans le passé : par exemple Cargill a dû verser 187 000 euros sur les années 2004, 2006 et 2013 aux communautés Limpopo d’Afrique du Sud pour utiliser la plante Molomo monate (Schlerochiton ilicifolius) comme édulcorant dans des boissons.

En août 2016, les Guarani ont réuni une centaine de chefs. Ils ont rappelé l’usage ancestral de cette plante pour son goût sucré et, dans les cérémonies sacrées, pour « sa capacité à renforcer le corps et l’esprit ». L’assemblée a ensuite dénoncé l’usurpation de leur savoir et les empiètements sur leur territoire. « Les Guarani revendiquent leur droit à un partage juste et équitable des bénéfices découlant de l’utilisation de leurs savoirs. Ils doivent encore se réunir pour définir les conditions d’accès à ce savoir », explique Laurent Gaberell, responsable agriculture, biodiversité et propriété intellectuelle de l’association PublicEye.

Le dédommagement pourrait être financier, mais il semble que les Guarani mettent plutôt la priorité du côté de la terre. Ces tribus ont en effet perdu une grande partie de leur territoire au profit des propriétaires terriens. Bien que cette question dépasse la problématique de la stevia, elle rejoint la question plus large des droits des peuples indigènes, susceptibles d’être mieux définis dans les années qui viennent, selon les associations. Après un an de campagne, PublicEye, rejoint par France Libertés, a déjà contacté 26 entreprises. Plusieurs semblent plutôt sensibles aux droits des Guarani (Evolva, Nestlé, SteviaNatura.). Les organisateurs de la campagne espèrent que d’ici la fin de l’année 2017, au moins un groupe se sera engagé sur le long terme. Coca-Cola et Pepsi ont en revanche répondu par la négative.

Très progressive

La stevia n’a pas toujours été autorisée a la vente. Le processus a été long et favorise de plus en plus les molécules extraites ou synthétiques. L’usage de la plante non transformée n’est toujours pas accepte en UE.

2000 : La Commission européenne S’oppose a la mise sur le marche de la plante.
2008 : Un comite d’experts FAO/OMS estime que l’usage des glycosides de steviol n’est pas dangereux pour la sante.
2008 : Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) autorise les glycosides de steviol comme additif alimentaire.
2010 : L’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) déclare deux glycosides de steviol sans danger pour la sante.
2011 : Plus de 1 000 produits contiennent des glycosides de steviol, dont Pepsi-Cola, Breizh- Cola et les yaourts Nestle.
2015 : La FDA emet une alerte contre les feuilles de stevia, qui ne constituent pas selon elle un additif alimentaire approuve. L’UE refuse de même les demandes de commercialisation des feuilles.
Octobre 2015 : Cargill présente Eversweet, un glycoside de steviol de synthèse.

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