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Guerre en Syrie : des semences pour les agriculteurs

Syrie-agriculteurs

En Syrie, les paysans sont aussi les victimes de la guerre. Les moulins à blé ont été bombardés, et les potagers et les champs de blé sont pris pour cibles. La guerre a poussé les agriculteurs à prendre la route et à abandonner leurs terres. Face à cela, des jardins de résistance fleurissent, notamment grâce à l’aide du collectif Buzuruna Juzuruna. Créé en 2015, il vise à aider les réfugiés et la population bloquée en Syrie en leur procurant des semences.

En quelques mots, Zoé plante le contexte auquel elle est confrontée depuis 2014, avec son frère Ferdinand : « Faire la guerre dans un pays agricole, c’est d’abord priver la population de son autonomie. » Cet été-là, les deux jeunes entreprennent un voyage à bicyclette, direction le Liban. Fraîchement diplômé comme ingénieur agronome, Ferdinand y a trouvé un stage dans une ferme dans la ville de Chatila. Une fois sur place, ils constatent que tous les travailleurs sont des réfugiés syriens. « Ils nous ont raconté leur vie dans les camps, mais aussi celle d’avant, en Syrie, dans leurs villages. »
Toutes ces personnes exerçaient alors, comme une grande partie de la population syrienne, le métier d’agriculteur. Mais avec la guerre, leurs terres ont été bombardées, ils ont dû prendre la route et abandonner leur ferme et leur savoir-faire. Arrivés au Liban, ils n’ont d’autre choix que de vivre dans des camps de réfugiés : des conditions de vie rudimentaires sous des tentes en toile de bâche, en zone aride, et surtout une dépendance totale vis-à-vis des aides humanitaires pour se nourrir.

Redoubler d’inventivité

« Nous avons été très touchés par leur histoire, explique Zoé. Et nous nous sommes dit qu’avec nos connaissances (Ferdinand est spécialisé en agro-écologie) nous devrions pouvoir les aider. » L’idée est à la fois simple et très ambitieuse : pourquoi ne pas fournir les semences nécessaires pour que les Syriens, réfugiés au Liban ou chez eux, puissent cultiver de nouveau leurs propres légumes, et ne plus dépendre de l’aide humanitaire ? « Le plus important pour nous, poursuit Zoé, était de leur redonner une certaine autonomie. Pour cela, nous nous sommes dit que le plus simple était de distribuer des semences paysannes dans les camps de réfugiés mais aussi en Syrie, pour les jardins de résistance. Ces variétés- là sont plus rustiques, elles n’ont pas besoin de beaucoup d’entretien ou d’engrais. »
C’est ainsi qu’est créé, un an plus tard, le collectif Graines et Cinéma, nouvellement rebaptisé Buzuruna Juzuruna (« Nos graines sont nos racines », en arabe). Sa première mission va être de fédérer un réseau de semenciers à travers l’organisation d’un tour de France estival rythmé par des projections de documentaires. Pour le frère comme pour la soeur, il ne s’agit pas de fournir n’importe quelles semences, et en tout état de cause pas des semences hybrides (qui ne peuvent pas ensuite être récupérées pour être replantées). Pour cela, ils s’appuient sur le réseau européen de semenciers Longo Mai, mais aussi sur des particuliers de Grèce, d’Allemagne, de Tunisie, de Turquie et du Liban.
Mais dans un contexte de guerre, aux multiples enjeux géopolitiques, les initiatives de ce type ne sont pas forcément les bienvenues. Il faut redoubler d’inventivité à chaque livraison pour échapper au contrôle très strict exercé par l’armée syrienne, qui surveille toute aide apportée aux civils. Dans le pays de Bachar el-Assad, les moulins à blé, potagers et champs de blé ont été détruits, et les cultures qui ressortent de terre sont souvent prises pour cibles. Le demi-kilo de riz peut coûter jusqu’à 50 dollars. L’assistance aux populations est très contrôlée et limitée aux ONG internationales, dont le frère et la soeur ne partagent pas toujours la philosophie d’action, dénonçant leur lobbying.

Des échanges qui portent leurs fruits

Pourtant, en Syrie, dans des univers urbains devenus complètement chaotiques du fait des destructions, des citoyens s’organisent et réussissent à planter des jardins de résistance. À l’initiative des habitants de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, ces jardins fleurissent sur les toits des maisons, ou dans des immeubles abandonnés.
Comment soutenir ces initiatives ? En misant sur la diversité des semences, pour que ces jardins de résistance puissent retrouver la richesse d’avant. Les premiers résultats sont encourageants, explique Zoé : « Les Syriens ne connaissaient plus que trois variétés de tomates ; aujourd’hui, nous avons réussi à en exporter plus de 150. Mais nous faisons attention à nous adapter à l’urgence et aux goûts de la population. »
Dans ce pays en guerre, il faut aller vite, et donc ce sont principalement des plantes à cycle court (radis et haricots) et des légumes-feuilles qui sont envoyés. Et ces échanges semblent porter leurs fruits : depuis peu, l’espoir revit avec la création de trois Maisons de la semence en Syrie et d’une autre au Liban, ce qui a permis de relancer les échanges de graines.

Un programme de formation

Pour le collectif Buzuruna Juzuruna, l’ambition est bien de fournir une aide pour pérenniser les jardins de résistance en apportant conseils et assistance. Et de renouer ainsi avec une agriculture vivrière dont le savoir-faire se perd. « Quand leurs plants sont malades, ils nous en envoient une photo. Nous essayons de diagnostiquer la maladie et de déterminer comment ils peuvent les soigner avec leurs propres moyens », raconte la jeune femme. Ainsi, les réfugiés du Liban envoient à leurs familles restées en Syrie des bidons de prêles et d’orties séchées qui sont transformés localement en purin.
Zoé et Ferdinand ne conçoivent pas seulement leur action comme une mission d’urgence. Le collectif s’engage désormais dans la formation. Avec deux amis réfugiés, Wallid et Salem et deux Libanais rencontrés pendant le stage de Ferdinand, Karim et Ghassan, le frère et la soeur se sont installés dans une petite ferme dans la plaine de la Bekaa, non loin de la frontière syrienne, où ils ont créé une école en agro-écologie. « Cela nous tenait à coeur de transmettre notre savoir en agro-écologie aux réfugiés syriens, parce que même s’ils savaient que les produits chimiques sont mauvais pour leur terre, ils n’avaient jamais appris à faire sans et n’osaient donc pas essayer. »
Après trois mois de formation sur la vie du sol, les vertus des plantes aromatiques, les politiques agricoles régionales, la reproduction des semences, la lutte biologique, les conséquences écologiques des pesticides et la conservation des aliments, leurs 30 premiers étudiants ont été diplômés au mois de juillet 2017. Quatre d’entre eux ont été embauchés par une association libanaise pour mettre en place des jardins d’hiver dans plusieurs camps de réfugiés, où les deux Français et leurs amis sont très présents.
Cette année, 150 familles d’une dizaine de camps différents ont ainsi pu planter leur petite parcelle de légumes de quelques mètres carrés. Entre deux tentes, fleurissent des petits potagers avec poivrons, piments, tomates, aubergines, carottes, oignons, lentilles, fèves, petits pois, ou encore haricots. « Nous avons remarqué qu’ils ne sont pas friands de courge ni de choux », raconte Zoé amusée. Les sept bénévoles de Buzuruna Juzuruna donnent des cours directement dans les camps de réfugiés, où beaucoup de femmes et de jeunes adultes s’impliquent.

Une indépendance retrouvée

« Ce sont d’anciens agriculteurs, donc ils connaissent beaucoup de choses, et nous sommes là simplement pour les aider, précise Zoé. Chacun peut piocher ce qui l’intéresse et lui sera utile dans la formation : cultiver sans engrais et sans produits chimiques (auxquels l’accès est d’ailleurs interdit en cette période de guerre), reproduire des semences, etc. Nous les initions donc aux techniques du bio pour qu’ils puissent redevenir indépendants dans les camps, mais aussi pour qu’un jour, de retour dans leur pays, ils puissent être en mesure de cultiver de manière autonome, sans dépendre des aides humanitaires. »

La faim comme arme de guerre

Avant la guerre, la Syrie était un pays d’agriculteurs. Le secteur représentait 23 % du PIB et employait 15 % des actifs. Non seulement la guerre a complètement désorganisé la production agricole, provoquant l’exode des populations, mais les opérations militaires ont aussi ciblé certains lieux clés. Les moulins, les champs prêts à être récoltés et même les marchés de légumes sont devenus des cibles à bombarder. Tous les élevages industriels de volaille ont été détruits, et un centre de stockage de semences d’Alep a été fermé, ce qui a contraint le pays à se tourner vers la réserve mondiale de semences du Svalbard, en Norvège. Priver les habitants de la possibilité de cultiver et donc de se nourrir est devenu un moyen de les faire capituler. D’autant qu’on sait que cette activité vivrière joue aussi un rôle important dans la résilience des populations face au choc des attaques. Malgré les témoignages d’indignation provenant de différentes organisations internationales, la faim est encore aujourd’hui utilisée comme une arme de guerre en Syrie.

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