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La Suisse plébiscite les médecines alternatives

Caricature suisse thérapies alternatives

Depuis bientôt deux ans, la Confédération suisse rembourse cinq thérapies complémentaires. Alors qu'en France, elles restent marginalisées et que l'homéopathie est remise en question, voyons comment nos voisins envisagent cette complémentarité.

Phytothérapie, homéopathie, médecine traditionnelle chinoise, médecine anthroposophique et thérapie neurale (injection d’anesthésiques locaux) : non seulement ces cinq disciplines sont reconnues en Suisse, mais en plus elles sont prises en charge par la sécurité sociale fédérale. Les pratiques complémentaires ont fait leur entrée dans la constitution suisse dès mai 2008. Lors d’un référendum (appelé « votation »), quelque 67 % de la population du pays ont alors dit oui à l’article suivant : « La Confédération et les Cantons pourvoient, dans les limites de leurs compétences, à la prise en compte des médecines complémentaires. »

Grâce à cette formulation vague et non contraignante, qui illustre assez bien l’art du compromis helvète, le Parlement suisse s’est prononcé en faveur d’un projet né d’une initiative populaire. Même le ministre de la Santé de l’époque, ouvertement hostile au remboursement des thérapies complémentaires, avait appelé à voter « oui ». Ce premier pas est néanmoins jugé insuffisant par les défenseurs des pratiques alternatives, car la question du remboursement des soins n’y est pas abordée. Un autre combat commence alors, qui durera plus de neuf années avant d’aboutir à la prise en charge de ces cinq médecines complémentaires – à condition, toutefois, que les prestations soient réalisées par des médecins.

Le coût de la santé

Au cours de ces neuf années, deux questions nourrissent les débats : quelle preuve existe-t-il de l’efficacité de ces approches ? Et quel surcoût signifient-elles pour l’assurance maladie ? Sur ce dernier point, 0, présidente de la Fédération de la médecine complémentaire, dispose d’éléments récents : « La part des médecines complémentaires, qui s’élève à quelque 16 millions de francs suisses, représente moins de 0,1 % des coûts de l’assurance obligatoire qui atteignent, eux, 23 milliards de francs (20,4 milliards d’euros) en 2017 ». Autrement dit, elle est tout à fait négligeable.

Pour Mme Graf-Litscher, qui est aussi parlementaire socialiste du canton de Thurgovie, ces thérapies alternatives aident le patient à guérir en s’appuyant sur ses propres ressources internes. Elle souligne que « d’après des statistiques officielles, les médecins ayant une formation en médecines complémentaires engendrent moins de coûts et prescrivent moins d’antibiotiques que ceux ne pratiquant que la médecine académique. » Le prix de la santé est un sujet de préoccupation en Suisse où les cotisations, qui ne sont pas prélevées sur le salaire, augmentent plus vite que les revenus. Chaque assuré les paie directement à sa caisse. En 2016, les ménages consacraient ainsi en moyenne 14 % de leur revenu aux primes maladie d’après l’Office fédéral de la santé publique.

Côté prise en charge, rien n’a changé pour les thérapeutes non médec-Un calendrier contrarié

1999 Le Conseil fédéral fait entrer, à titre provisoire, cinq médecines complémentaires dans l’assurance maladie suisse.

2005 Après une étude controversée du ministère de la Santé, elles sont retirées de cette assurance de base.

2009 Le peuple suisse veut inscrire les médecines complémentaires dans la constitution.

2017 L’assurance ­obligatoire rembourse à nouveau cinq médecines complémentaires à condition que les soins soient prodigués par un médecin.

La preuve de l’efficacité

La question des preuves d’efficacité était encore plus sensible. Nombreux furent ceux qui, en 2009, appelèrent à voter « non » à la reconnaissance des médecines complémentaires pour insuffisance de preuves scientifiques. La loi sur l’assurance maladie exige en effet que les prestations soient efficaces, appropriées et économiques. « Cela a été un vrai défi d’apporter la preuve de l’efficacité des prestations médicales des médecines complémentaires. Leur admission définitive dans l’assurance de base a été le fruit d’un long processus, qui a demandé énormément de persuasion politique », indique Édith Graf-Litscher. Pourtant, malgré cette prise en charge depuis août 2017, « le nombre de médecins (2 000) et thérapeutes (15 000) exerçant la médecine complémentaire n’augmente pas et reste faible », déplore la conseillère nationale. Face à l’intérêt de la population pour ces approches, elle insiste sur la nécessité de « promouvoir la relève ».

De nouvelles collaborations

Les médicaments de médecine complémentaire et notamment de phytothérapie sont désormais remboursés par l’assurance maladie obligatoire. Ils ont dû pour cela suivre la procédure stricte d’autorisation de Swissmedic, l’Institut suisse des produits thérapeutiques. Mais grâce à cette reconnaissance constitutionnelle, de nombreuses pharmacies et drogueries en Suisse ont des compétences élevées dans ces domaines.

Enfin, autre aspect positif ces dernières années : les collaborations entre médecine académique et thérapies complémentaires se développent dans plusieurs hôpitaux. « Par exemple, dans le domaine de l’oncologie, on utilise beaucoup la médecine complémentaire », précise Édith Graf-Litscher. Les médecins faisant usage d’une large palette thérapeutique démontrent que les démarches alternatives sont un complément intelligent à la pratique académique. Reste à savoir si la France est prête à franchir ce pas...

Un avis attendu : quel avenir pour l’homéopathie en France ?

Il y a un an, 124 médecins appelaient à un déremboursement et à l’arrêt de l’enseignement de l’homéopathie dans une tribune publiée par Le Figaro. Selon le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), le coût est négligeable pour la Sécurité sociale : les granules prescrites représentent 86 millions d’euros de remboursement, contre 29,7 milliards d’euros pour les médicaments conventionnels. De plus, l’homéopathie répond aux problèmes d’iatrogénie et d’antibiorésistance. Saisie par le ministère de la Santé, la Haute Autorité de santé (HAS) doit se prononcer sur l’efficacité de cette médecine et le bien-fondé du remboursement. Une telle prise en charge est plébiscitée par les Français : un sur deux y a recours selon le SNMHF.

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