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Du bon usage du millepertuis

Millepertuis, Hypericum perforatum

Reconnu depuis longtemps pour son action antidépressive, le millepertuis a pourtant été décrié. Des interactions médicamenteuses mal évaluées sont à l’origine de cette méfiance. Dans quels cas faut-il se montrer prudent ? Le point avec le Dr Patrick Aubé.

Les plantes sont des produits naturels, certes, mais leur consommation cumulée à certains médicaments peut provoquer des effets indésirables. C’est le cas avec le millepertuis (Hypericum perforatum), aussi surnommé « herbe à mille trous ». De la famille des hypéricacées, il présente en effet des feuilles percées de minuscules trous.

Très abondante dans la nature, cette plante était traditionnellement utilisée pour soigner et cicatriser les plaies, avant d’être plus récemment consommée comme antidépresseur. Sur des périodes de courte durée, le millepertuis soulage en effet les états de tristesse accompagnés de troubles du sommeil, ou encore des états d’anxiété ou d’agitation d’origine neurologiques.

Consommer du millepertuis en toute sécurité

Malgré son puissant potentiel, cette plante subit la rançon de sa gloire. En effet, la recherche a pointé du doigt sa richesse en principes actifs (notamment en hyperforine), qui entrent en interaction avec certains médicaments au niveau hépatique. Mais cette méfiance est « bien trop exagérée », selon le médecin et phytothérapeute Patrick Aubé.

« Le mésusage du millepertuis se joue lors d’association à des traitements médicamenteux lourds et de longue durée », affirme-t-il. En effet, en interférant avec certaines enzymes du foie, la plante va modifier les concentrations médicamenteuses, perturbant ainsi l’effet thérapeutique de ces derniers.

Cependant, « il faut relativiser. Consommer du millepertuis en même temps qu’un médicament pris sur quelques jours pour des pathologies légères n’aura aucune conséquence. Le jus de pamplemousse provoque lui aussi de nombreuses interactions. » Et pourtant, il n’a jamais été question de supprimer l’agrume des étals de marchés…

Un effet antidépresseur

« C’est l’une des plantes les plus utilisées dans le monde pour son effet antidépresseur, surtout en Allemagne », poursuit le Dr Aubé. Restez toutefois prudents quant à son usage si vous êtes sous traitement antidépresseur médicamenteux. En effet, l’action des antidépresseurs est traduite par une libération accrue de sérotonine et dopamine, qui agissent sur l’humeur et la motivation. En les associant au millepertuis, une addition d’effets sérotoninergiques peut être provoquée.

Ainsi, il sera préférable de ne pas le consommer sur la même période que vos antidépresseurs. Dans le cas où vous souhaiteriez diminuer votre consommation de médicaments en les remplaçant par du millepertuis, un rendez-vous médical et une surveillance clinique biologique régulière, en particulier en début d’association, seront nécessaires. Il en va de même en cas de prise d’anxiolytiques.

Enfin, concernant les troubles bipolaires et la dépression, la prise de millepertuis cumulée aux anxiolytiques peut induire des états d’hypomanie, ou de manie chez les patients bipolaires ou dépressifs. Finalement, selon Patrick Aubé, « l’usage du millepertuis est idéal dans les cas de dépressions saisonnières, légères à modérées ». Dans ce cas précis, il recommande une consommation d’une à trois gélules de 300 mg par jour en cure de quatre à six semaines.

Une association à réserver aux traitements courts

Selon le traitement médical, la prise du millepertuis peut entraîner un surdosage ou un sous-dosage médicamenteux. « Lorsqu’il s’agit de traitements de courte durée pour des infections sans gravité, l’usage du millepertuis ne présente pas de risque. » En revanche, son association avec des antiviraux impliqués dans le traitement du sida peut s’avérer dangereuse.

En cas de prise d’antiallergiques, là encore pas d’inquiétude puisque ces traitements sont souvent donnés sur des périodes courtes. Néanmoins, même si les interactions sont aujourd’hui mieux maîtrisées, il est toujours plus prudent de demander l’avis de son médecin quand l’on souhaite consommer le millepertuis en parallèle d’un traitement médicamenteux.

Les cas où il vaut mieux ne pas prendre de millepertuis

En cas de traitement sur le long terme, le millepertuis peut engendrer une baisse de la concentration plasmatique du médicament et diminuer son action. Ainsi, son association avec les contraceptifs oraux est vivement déconseillée. Les femmes sous pilule devront s’abstenir. C’est également le cas pour les personnnes sous certains anticoagulants (AVK), car cela augmente leurs risques de thrombose.

Enfin, « dans les traitements utilisés en chimiothérapie (l’immunosuppresseur Cyclosporine, le Tacrolimus ou encore l’Irinotécan), la limite entre l’efficacité et la toxicité des molécules est infime. Perturber ce dosage en consommant du millepertuis pourrait provoquer de graves conséquences sur l’action du traitement médicamenteux », affirme le Dr Aubé. On évitera donc.

On déconseillera également une telle consommation aux femmes enceintes, car « comme pour tous les autres remèdes actuels, naturels ou non, l’interdiction médicamenteuse lors du premier trimestre de grossesse est un principe médico-légal ».

Un effet photo sensibilisant

La dernière recommandation concerne les accros aux UV : l’usage de millepertuis en cas d’exposition solaire peut provoquer des affections importantes de la peau (rougeurs, brûlures, irritations…), en particulier chez les personnes à peau claire.

L’association millepertuis et soleil semble également augmenter le risque de cataracte. Cela serait dû à la présence d’hypéricine, un composé actif du millepertuis pouvant altérer le cristallin en présence de lumière. Pensez à la crème solaire (bio) et aux lunettes teintées !

À lire : 20 plantes médicinales pour se soigner tous les jours, de Patrick Aubé,
éd. Leduc.s.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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