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La morelle noire, petite baie qui monte

morelle noire

Parmi les adventices de nos jardins, la morelle noire est l'une des plus abondantes. Or ses qualités sont totalement méconnues et souvent même, elle inquiète, ce qui est regrettable. Il est temps de la réhabiliter. 

Tu vois ces petites boules noires ? C'est de la belladone, il ne faut pas y toucher. » Ainsi parlait ma mère de la morelle noire, et moi, fils alors docile, je regardais avec crainte la plante qui poussait çà et là dans notre jardin. Ce n'est que bien plus tard que je pris ma génitrice en défaut : elle, qui m'avait tant appris sur la flore, avait commis là une erreur regrettable. Erreur, car la plante qu'elle désignait du nom de la célèbre tueuse végétale n’en était en fait qu'une lointaine cousine de la grande famille des Solanacées. Regrettable, car il s'agit en fait de la morelle noire, une bonne plante comestible – à condition de la connaître et de savoir ­l'utiliser. J'appris par la suite, en effet, que les petites baies noires qui me tentaient enfant étaient non ­seulement parfaitement mangeables, mais aussi succulentes. Et j'en fais depuis lors mes délices.

J'aime avant tout déguster crus, tels quels, les fruits aromatiques et sucrés de la morelle noire, mais il m'arrive d'en faire des compotes et des tartes, toujours fort appréciées de mes convives. Certains en préparent des sirops. Il existe, aux États-Unis, une variété fruitière de notre plante, commercialisée sous le nom de wonderberry, « baie-miracle » – mais elle n'a jamais vraiment connu de succès…

On observe parfois, chez certaines sous-espèces, des baies d'un jaune orangé, ­légèrement translucides qui parfois, au lieu d'être ­parfaitement sphériques, s'allongent un peu, à la façon de certaines tomates, d'ailleurs, elles aussi, des cousines – puisqu'elles appartiennent au même genre, ­ Solanum, ainsi que les pommes de terre, les...

aubergines, la douce-amère et le pommier d'amour.

Au cours de mes divers périples à travers le monde, j'ai souvent eu l'occasion de rencontrer la morelle noire. Un peu partout sur la planète, cette « mauvaise herbe » de nos jardins et de nos champs, chez nous allègrement arrachée ou détruite à grands coups d'herbicides, est considérée comme un légume de choix, du moins lorsque ses feuilles sont jeunes. Je l'ai repérée sur les étals des marchés en Thaïlande, en Chine et au Laos. Je l'ai vue en culture en Amérique du Sud et en Afrique, ou récoltée à l'état sauvage en Grèce. Et je l'ai dégustée, à Madagascar, dans la roumazave (sorte de pot-au-feu longuement mijoté à base de viande de bœuf et de brèdes) où, sous le nom local d'anamamy, elle forme un des légumes les plus courants sur la grande île. Alors, pourquoi dans nos pays occidentaux, est-elle si méconnue, voire rejetée ?

C'est que ma mère, au final, n'avait pas ­totalement tort. Comme toutes les plantes de sa famille, la morelle noire renferme des alcaloïdes. Ces molécules azotées se montrent plus ou moins toxiques selon les cas, et certains végétaux qui en sont riches s'avèrent mortels pour l'homme même à faible dose – comme la belladone, le datura et la jusquiame, d'autres cousines de notre plante. Les alcaloïdes de la morelle noire, dont le principal est la solanine, sont, heureusement, loin d'être aussi dangereux. Mais ils pourraient cependant entraîner des troubles sérieux s'ils étaient ingérés en grandes quantités. La cuisson à l'eau les élimine en grande partie, raison pour laquelle les feuilles de morelle se consomment toujours ainsi ­préparées – et en tout cas jamais crues.

De la même façon, si les fruits verts sont, eux aussi, riches en solanine, cette dernière ­disparaît totalement à la maturité. C'est d'ailleurs ­également le cas avec les tomates, que l'on ne devrait pas consommer en excès lorsqu'elles sont vertes. Des intoxications auraient eu lieu lorsque des fruits immatures de morelle noire se seraient trouvés mêlés, lors de la récolte ­automatisée, à des petits pois de forme, de taille et de couleur semblables. Les autres morelles sont à ­considérer comme toxiques, y compris les feuilles, les fruits (même mûrs…) et les tubercules verts des pommes de terre. Appréciez donc la morelle noire à sa juste valeur.

Herbier

La morelle noire (Solanum nigrum) est une plante annuelle de 10 à 60 cm, d'aspect variable. La tige, devenant parfois presque ligneuse, porte de nombreux rameaux plus ou moins dressés, ­anguleux, généralement rudes au toucher. Les feuilles, d'un vert foncé, molles, sont ­largement ovales avec une marge sinuée ou dentée. Les petites fleurs blanches présentent une corolle soudée divisée en 5 lobes aigus et 5 étamines soudées en un cône saillant. Elles sont groupées en cymes – ­inflorescences dans lesquelles la fleur terminale est la ­première à s'ouvrir – et s'épanouissent de juin ­à novembre. Les fruits sont des baies ­globuleuses d'un noir mat ou luisant ­enfermant de nombreuses petites graines.

Elle abonde dans les lieux incultes (décombres, friches) et cultivés (jardins, champs) de presque toutes les régions du globe.

Recette sauvage

Yaourt de soja à la compote de morelles noires

Ingrédients 

  • 250 g de baies de morelle noire

  • 100 g de sucre (blanc, roux ou complet, selon votre préférence)

  • 1 pot de yaourt de soja nature

  1. Cueillez délicatement les baies de morelle – elles s'écrasent facilement entre les doigts.

  2. Mettez-les dans une casserole à feu doux avec le sucre et faites cuire les baies pendant un quart d'heure en remuant bien.

  3. Répartissez le yaourt de soja dans des bols en fonction du nombre de convives, puis recouvrez d'une cuillerée à soupe de compote de baies de morelle.

  4. Lorsque vous mélangerez les deux ingrédients, le yaourt prendra une belle couleur violette !
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