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Tisanes bio : que cachent les étiquettes ?

Tisanes

Les tisanes bio sont à la mode. Toutes les marques, y compris celles de la grande distribution l’ont compris. Mais face à cet engouement, le secteur connaît des dérives. Que nous cachent les étiquettes de ces infusions détox et relaxantes ? Enquête.

Yogi Tea, Chic des Plantes, Clipper, Happy Plantes, Jardin bio… De plus en plus de packagings de tisanes biologiques trouvent leur place sur les étals des magasins diététiques, des grandes surfaces ou sur les sites de vente en ligne. Un quartier de Paris a vu s'ouvrir un bar à tisanes où les clients trinquent à la verveine, à la sarriette ou à l'hibiscus bio. Le groupe Unilever détenant, entre autres, les marques Lipton et Éléphant a, quant à lui, annoncé vouloir tripler le nombre de ses références biologiques dans les boissons chaudes. Avec une progression de 25 % en dix ans, on peut dire que le marché de l'infusion se porte bien. Mais si au départ, l'attention et les techniques pour réaliser ces boissons saines se faisaient dans les règles de l'art, l'appel de la concurrence et la course à la rentabilité semblent desservir la qualité de certaines infusions bio mises sur le marché. Un envers du décor décrypté, grâce aux témoignages de producteurs, préparateurs, et commerçants de tisanes biologiques françaises.

Pesticides, OGM sont interdits

Sur 40 000 hectares de plantes cultivés en France, 20 % le sont en bio. Un mode de culture qui sous-entend le respect du cahier des charges de l'agriculture biologique, et garantit donc la non-utilisation de pesticides. Ainsi, la protection des plantes (maîtrise des mauvaises herbes, lutte contre les ravageurs et maladies) passe par la rotation des cultures et par le travail du sol. L'utilisation des OGM et de leurs dérivés est, elle aussi, proscrite. Cécile Cohen, fondatrice de la marque GreenMa encourage cette certification. « Le label est rigoureux, mes infusions sont contrôlées chaque année. » En achetant une tisane biologique, vous êtes donc assuré de ne pas trouver de pesticides dans votre tasse.

Mais l'absence de produits de synthèse implique davantage d'interventions sur le terrain de la part des producteurs, surtout en ce qui concerne les adventices. « Quand on cultive de la menthe, il faut faire attention à ne cultiver que de la menthe, car les mauvaises herbes peuvent modifier le goût de la tisane », explique François Duveau, fondateur et codirigeant d'Adatris. Sur les « mauvaises herbes », un petit coup de binage est nécessaire tous les deux ou trois jours pour entretenir la parcelle. « Cela demande plus de temps qu'en agriculture conventionnelle où, après un traitement chimique, vous êtes tranquille pendant un mois ! » Mais certaines marques sont prêtes à sacrifier un certain savoir-faire pour produire davantage et augmenter leurs marges. Jean Maison, fondateur du Comptoir d'herboristerie en 1976, estime qu'« il y a des producteurs qui forcent plus ou moins sur l'arrosage et la fertilisation ». Une pratique qui favorise une pousse plus rapide de certaines plantes, mais qui limite le bon développement de leurs arômes. « Il faut travailler avec ces producteurs pour rechercher le juste équilibre », ajoute Jean Maison.

En chiffres

  • 44 000 tonnes de plantes sèches ont été importées en 2018 en France, contre 12 800 exportées.
  • Le marché français des infusions bio représente près de 480 tonnes de plantes.
  • Si les GMS concentrent le plus gros volume de ventes d'infusions, 28 % seulement sont certifiées bio.
  • En parapharmacie, la quasi-totalité des infusions vendues sont biologiques, contre 40 % en pharmacie.

Source : France AgriMer, septembre 2019.

Un marché victime de son succès

Pour répondre à une demande en constante progression, beaucoup de concepteurs de tisanes sont obligés de passer par l'achat de plantes importées. Car malgré les nombreuses transitions des cultivateurs de plantes médicinales en bio, le volume atteint par la culture de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) en France reste insuffisant. Quand on sait que de gros groupes comme Unilever ­souhaitent que la marque Lipton devienne bio à 100 % dans ses tisanes et dans ses thés, on peut s'attendre à une pression sur l'approvisionnement. Et cette trop faible capacité de production se confronte également à la question du prix. « Beaucoup de plantes sont proposées par d'autres pays à des tarifs plus compétitifs », précise Jean Maison. Une offre plus attrayante certes, mais avec une qualité qui laisse parfois à désirer. Cécile Cohen va jusqu'à dire que « dans 95 % des lots de cultures de plantes bio venant de l'étranger, on retrouve parfois des bouts de plastique ! Le tri des différentes parties des plantes est bâclé, les tiges se retrouvent avec les feuilles », décrit-elle. Une négligence qui se retrouve également dans le contrôle du respect du cahier des charges biologique. « Certains pays se montrent moins stricts sur le contrôle des seuils de traces de pesticides », assure-t-elle. À cette difficulté, peut s'ajouter enfin, la question de la traçabilité des plantes. Si certaines enseignes se refusent à détailler leur politique d'approvisionnement, d'autres se montrent plus rassurantes. « Nous avons des chartes qui nous permettent d'être assurés de l'identité et de l'origine de chacune de nos plantes », affirme Jean Maison. Cécile Cohen précise, quant à elle, qu' « il existe des numéros de lots indiqués sur toutes les plantes, et que les fournisseurs font des contrôles à l'arrivée ». Si certaines marques se contentent de respecter les critères définis et contrôlés par le label bio, d'autres estiment que le label n'est pas suffisant. Elles affichent sur leurs boîtes les mentions « cultivé en France », ou encore « sans arômes ajoutés ». C'est le cas, par exemple, de Jardin bio détenue par le groupe Léa Nature, ou de GreenMa ou My Organic Infusion qui en font leur priorité.

D'autres labels à connaître

Si l'on connaît le label bio de l'Union européenne avec son logo « Eurofeuille » et le label français AB qui se fondent sur l'interdiction des engrais et des pesticides de synthèse, d'autres certifications vous informent également de qualités plus spécifiques :

Cette certification privée, créée en 2010, exige que les produits bio soient cultivés, produits et transformés sur le sol français.

  C'est le label de référence de l'agriculture biodynamique au niveau international. En plus des exigences biologiques, s'ajoutent des critères très stricts en vue de favoriser le développement de la biodiversité, de renforcer les sols ainsi que la santé des plantes.

 Son cahier des charges interdit l'utilisation des OGM, des engrais chimiques, des pesticides et des additifs de synthèse. Les modes de production sont fondées sur les équilibres naturels des sols, des végétaux contrôlés par les pairs, et visent à des relations commerciales solidaires.

Des récoltes minutieuses

Car réaliser des tisanes goûteuses et bénéfiques pour la santé passe avant tout par l'observation du vivant et des techniques de récoltes minutieuses. « Il est important de ne pas abîmer la plante lorsqu'on la cueille pour ne pas altérer ses qualités thérapeutiques et gustatives », explique François Duveau. Le séchage, lui, doit durer au maximum quarante-huit heures, à basse température et dans le noir pour éviter la dégradation des principes actifs. Ensuite, vient l'étape du tri, durant laquelle les différentes parties de la plante sont ­séparées les unes des autres. « La feuille ou la fleur concentrent l'essentiel des vertus », précise Cécile Cohen. Pourtant, il est rare de voir mentionner sur le packaging la portion du végétal que l'on s'apprête à consommer. « Les différentes parties d'une plante comme la verveine donnent des tisanes différentes au niveau du goût et des vertus. Pourtant, la plupart d'entre elles s'appellent tisanes de verveine », confirme Jean ­Maison.

4 critères pour choisir sa tisane bio

  • Elle doit être certifiée biologique, avec des plantes de préférence cultivées en France, afin de garantir au maximum l'absence de pesticides.
  • La liste des ingrédients doit contenir 100 % de plantes, sans arômes ajoutés, mêmes naturels.
  • L'olfactif : votre tisane doit sentir bon !
  • La tisane doit être belle à regarder. On doit pouvoir distinguer les différentes plantes lorsqu'il s'agit d'un mélange. Cela garantit sa fraîcheur.

Aussi, pour combler le manque de soin apporté à la transformation, d'autres exhaussent le goût de leurs infusions par l'ajout d'huiles ­essentielles, extraits de plantes ou encore d'arômes naturels. Sophie Serrano, fondatrice de My Organic Infusion s'insurge : « Lorsque les plantes sont bien cultivées, il n'y a pas besoin de plus. Votre tisane n'aura pas d'amertume, même quand vous la laissez trop infuser ! » Comme elle, Cécile Cohen valorise le bio « cohérent », en favorisant une démarche globale allant du champ à la tasse, et qui dépasse les règles du cahier des charges biologique. « C'est bien pour vérifier l'absence de pesticides, mais ça ne suffit pas. Il n'y a pas de contrôle sur la pousse, la coupe, le séchage, le triage, la conservation », s'attriste Sophie Serano. Si on peut se réjouir de cette exigence qualitative, on peut aussi regretter qu'elle ne soit pas toujours clairement ­balisée pour le consommateur. Pour s'y retrouver, n'hésitez pas à regarder de près l'emballage et goûtez ! 

Des tisanes Simples, mais de qualité

Certaines tisanes non estampillées bio garantissent des produits naturels de qualité supérieure. C'est le cas de celles réalisées par les producteurs certifiés par le label Simples (Syndicat inter massifs pour la production et l'économie des simples). Depuis 1982, une petite centaine de producteurs cueilleurs de plantes médicinales aromatiques, installés dans des sites montagneux ou dans des zones préservées, ont fait le choix de règles de travail plus exigeantes que les normes fixées par la réglementation européenne concernant l'agriculture biologique. Ils suivent ainsi un cahier des charges (agréé en 1988 par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation) très strict qui assure par exemple un environnement de qualité autour de la ferme et des lieux de cueillette, le respect de la biodiversité, des techniques de production respectant l'intégrité de la plante et la vie de la terre, l'exclusion de produit chimique de synthèse. Vous pouvez retrouver la liste de ces paysans herboristes ici.

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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