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L'héritage des sorcières (4/4)

sorcière

Sorcières, femmes libérées

Les chasses aux sorcières furent une guerre contre les femmes jugées inacceptables » écrit Mona Chollet. Car celle que l’on taxait de « sorcière » à la fin du Moyen Âge n’était autre qu’une femme indépendante. De celles qui ne se plient pas aux normes et ne se définissent pas par rapport à un homme. La sorcière vivait en accord avec la nature, avec ses émotions et résistait aux comportements acquis et imposés par le patriarcat. Elle était sans doute plus à l’écoute de ses instincts, ses désirs, avait un rapport plus libre à la sexualité, tout en ayant une meilleure connaissance de son corps, y compris dans son rapport à la fécondité. « L’usage des plantes médicinales permet aux femmes de retrouver de l’autonomie, de changer la relation au corps parce qu’elles se rendent davantage compte de son fonctionnement. Cela les rend plus libres, et plus fortes » raconte Rina Nissim, naturopathe et auteure de l’ouvrage Une sorcière des temps modernes. De quoi susciter la jalousie et la colère de l’Église, ou encore des médecins. « Si j’étais née à la Renaissance, j’aurais probablement fini sur un bûcher, puisque je vis sans homme, je connais les plantes médicinales et j’aide les femmes à se soigner avec ! » confie Rina Nissim. « La sorcière est un condensé de tout ce que l’on va reprocher aux femmes » poursuit Odile Chabrillac, auteure de l’ouvrage Âme de sorcière. « Les sorcières d’aujourd’hui apportent aussi une remise en question du système et ramènent de nouvelles règles du jeu, plus humaines, à l’opposé de la logique compétitive et matérialiste engendrée par le capitalisme » conclut-elle. Seulement, inverser les préjugés, faire sa propre loi, admettre que l’on peut bien vieillir sans teindre ses cheveux blancs et réussir sa vie sans être passé par la case maternité, tout cela demande de l’audace. Pour favoriser cette reprise de pouvoir sur leurs corps, ce retour à soi, et pour trouver sa juste place dans la société, fleurissent les consultations de naturopathie, de phytothérapie, les séances de coaching personnel, ou encore les « cercles de femmes ». Des réunions d’entraide, sorte de « sabbats » nouvelle génération, connotation maléfique en moins. Chants de mantra, confidences, tirage de cartes, apprentissage de sa propre nature cyclique et du lien entre ces derniers et la lune, bénédictions de l’utérus, rituels de purification… Ces rassemblements rétablissent de la bienveillance entre les femmes, du partage de savoir et de l’empathie. « Les cercles de femmes sont là pour recréer du lien entre chacune, pour se redonner de la puissance » poursuit Odile Chabrillac.

Cycle menstruel et lunaire

Au sein de ces rassemblements, mais aussi dans les livres, la musique, sur les réseaux sociaux, les tabous se lèvent sur les...

différents aspects intimes de la féminité. Par exemple, le cycle menstruel est comparé à celui des saisons, la période des règles incarne l’hiver, saison du repli et de la concentration intérieure. Une fois les menstruations terminées, l’énergie remonte progressivement, liée à la réactivation hormonale des œstrogènes, c’est le printemps et la réouverture au monde. L’été correspond à la phase d’ovulation, caractérisée par l’ouverture à l’autre, par une présence à la fois ancrée et rayonnante.

Puis vient la dernière phase avant le retour des règles, l’automne, une période d’introspection vouée à l’évolution. Une interprétation qui permet de renouer avec son corps, mais aussi de se comprendre, s’analyser et se soigner, comme le faisaient les sorcières. Une approche également retrouvée dans la contraception, avec le désir de maîtriser naturellement son cycle (prise de température, test de la glaire, calendrier menstruel). La durée du cycle lunaire et menstruel étant sensiblement similaire, certaines femmes tentent de caler le début de leurs règles au début de chaque nouvelle lune, symbole du renouveau. « Plus on est ancré dans son féminin, plus on est en phase avec la lune » raconte Odile Chabrillac. C’est l’occasion de poser ses intentions sur le prochain mois à venir. Faire la paix avec soi, écouter son intuition et ses désirs profonds, afin de trouver sa juste place, en lien avec la nature, sans influence extérieure. Des enjeux très contemporains, qui laissent apparaître les sorcières d’aujourd’hui comme les nouvelles figures féministes du XXIe siècle.

Fécondité et grossesse non désirée

Les plantes choisies par les sorcières guérisseuses aussi bien pour corriger un défaut de fertilité que pour régler les conséquences d’une fécondation non désirée, pouvaient être les mêmes. Parmi elles, on retrouve l’absinthe, la rue ou l’armoise vulgaire. Ces plantes, dites emménagogues, favorisent la survenue des règles grâce à leurs propriétés hormonales, le plus souvent oestrogéniques. On disait alors qu’elles faisaient « venir les mois aux femmes » qui retrouvaient leurs règles, disparues suite à un déséquilibre hormonal, ou pour d’autres raisons. Mais elles pouvaient devenir abortives si on augmentait correctement la dose à consommer de ces végétaux, afin que leurs effets toxiques apparaissent et compromettent l’existence du fœtus, sans pour autant causer le décès de la mère. Un jeu de dosage subtil, pratiqué toutefois par les sorcières avec plus ou moins d’habileté.

Dr Aline Mercan

Pieds nus dans l’herbe

Emmanuelle Guilbaudeau, herboriste, nous livre le rituel qu’elle pratique chaque semaine.

« Ma grand-mère m’avait appris à marcher pieds nus dans la rosée du matin pour équilibrer mes cellules à l’intérieur. Il suffit alors de se laisser appeler par un arbre ou une plante, et de s’installer devant elle. On observe son corps, on rentre à l’intérieur de soi et l’on détermine où se trouvent les tensions, les stagnations, puis on se laisse envahir par l’énergie de la plante. Les larmes peuvent monter et l’on peut observer ses émotions. Enfin, on peut ressentir de la gratitude envers cette belle nature qui permet de verser ses larmes et repartir pleine de vitalité ! ».

Les tribulations de la rue

La rue officinale, surnommée « faiseuse d’anges » et dont le nom latin pourrait dériver de « ruo » signifiant « pousser violemment », fut l’une des grandes plantes abortives de l’histoire. Avant tout plante médicinale (notamment en Amérique latine), elle était réputée pour ses vertus toniques et stimulantes sur la digestion, en plus de protéger contre les influences maléfiques… dont celles des sorcières. Sa toxicité a rendu sa culture interdite dans les jardins français dès 1903. Pour autant, elle fut fortement suspectée durant les décennies de politique nataliste post-première guerre mondiale. Il en existait d’ailleurs un plant au Jardin des plantes, dont l’accès aurait été interdit, avant d’être supprimé totalement, ce dernier représentant une sorte de pharmacie libre-service pour les femmes en détresse.

Dr Aline Mercan

Célébrer la nouvelle lune

Transmis par DeAnna L’am, auteur du manuel Le fil rouge (éd. Le Souffle d’or) qui renoue avec les traditions indigènes américaines en encourageant les jeunes filles à prendre du temps pour elles lors de leur « temps de lunes », ce rituel permet de transformer ses croyances sur les parties féminines de son corps. Il est à pratiquer lors des soirs de nouvelle lune, seule ou lors d’un cercle de femmes.

  1. Préparer un bol d’eau en y ajoutant quelques gouttes d’huile essentielle de géranium rosat.
  2. S’asseoir confortablement et placer ses mains sur son utérus.
  3. Se rappeler des messages reçus en lien avec son corps de femme lors de l’enfance, l’adolescence et autres étapes de vie. Les identifier aussi clairement que possible et sentir si ces messages vous ont soutenue ou limitée.
  4. Se laver les mains dans le bol comme pour faire partir les messages négatifs dans l’eau, ceux dont on ne veut plus. Les offrir à l’eau et à son pouvoir libérateur
  5. Sentir la liberté que ce rituel apporte.
  6. Remercier l’eau et sa vertu transformatrice puis la verser avec ce sentiment de gratitude dans un pot de plante ou au jardin.

Pour aller plus loin

  • Le Guide pratique du féminisme divinatoire, par Camille Ducellier, (éd. Cambourakis, 2018)
  • Âme de sorcière, d’Odile Chabrillac (éd. Solar, 2017)
  • La Puissance du féminin, de Camille Sfez (éd. Leduc. S, 2018)
  • Cycle féminin et contraceptions naturelles, d’Audrey Guillemaud (éd. Hachette, 2019)
  • Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet (éd. Zones, 2018)
  • La sorcière, de Jules Michelet (Folio classique, 2016)
  • Les grands initiés, par Édouard Schuré (éd. La République des lettres 1889)
  • Un bûcher sous la neige, par Susan Fletcher (éd. J’ai lu, 2010)
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