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Arbres en danger, entre sursis et fatalité

Forêt-Arbre

Pourquoi nos arbres tombent-ils malades ? L’olivier, le frêne ou encore le platane sont victimes de véritables épidémies. Ces trois cas d’école déroulent chacun une histoire bien particulière. Mais à chaque fois, l’action de l’homme porte sa part de responsabilité.

Un véritable drame se joue actuellement dans les Pouilles, au sud de l’Italie : cette région, qui représente 6 % de la production mondiale d’huile d’olive, voit dépérir ses oliviers depuis environ deux ans. En cause, la bactérie Xylella fastidiosa, originaire de Californie, où elle est bien connue puisqu’elle a commencé à y sévir dans les vignobles au XIXe siècle et touche aujourd’hui nombre d’espèces cultivées. On croyait l’Europe préservée de ce fléau, mais dans les Pouilles, environ 60000 hectares ont déjà été ravagés, soit plusieurs centaines de milliers d’oliviers. En Corse et dans le Var, les oléiculteurs sont sur le qui-vive. Un traumatisme pour les autochtones, qui voient mourir en quelques mois des arbres plusieurs fois centenaires qu’ils côtoient depuis leur enfance.

La bactérie tueuse est transmise par une espèce de cicadelle, petit insecte se nourrissant de sève. Elle produit un gel qui bloque la circulation de l’eau dans les tissus végétaux. L’arrivée de Xylella fastidiosa serait liée à une importation de plants d’olivier ou d’un autre ligneux infecté. «La montée exponentielle des échanges de denrées et de végétaux, en volume et en origine, a conduit depuis le milieu du XXe siècle à des importations de maladies et d’insectes excessivement nuisibles», affirme Hervé Lot, ancien chercheur en pathologie végétale à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Ce spécialiste rappelle qu’à l’époque des explorateurs, les quelques plantes importées subissaient une quarantaine. Mais aujourd’hui, les services à qui incombe cette tâche, bien que pourvues de hautes technologies, apparaissent souvent impuissants à endiguer les importations sauvages de matériel porteur de parasites. Néanmoins, la mondialisation est loin d’expliquer à elle seule l’arrivée de ces pathogènes et l’ampleur de ces épidémies. Hervé Lot pointe du doigt certaines pratiques de l’agriculture non raisonnée: «L’utilisation massive d’engrais sensibilise les cultures, la course effrénée aux pesticides élimine certains insectes utiles qui contrecarrent naturellement les nuisibles, et enfin, les sols quasi stérilisés offrent un milieu idéal pour l’installation d’un pathogène.»

Frênes et platanes, l’inexorable déclin

Les arbres cultivés comme l’olivier ne sont pas les seuls concernés par ce type de fléau. En milieu forestier, les frênes sont victimes d’une maladie émergente appelée la chalarose. Le champignon responsable, Chalara fraxinea, a été identifié en 2006 en Saône-et-Loire. Il est désormais présent sur un tiers de l’Hexagone, au-dessus d’une ligne que l’on tracerait entre la Normandie et la Drôme. Ce pathogène entre par les feuilles, les flétrit, puis peut passer du pétiole au rameau, d’où le dépérissement du houppier, la couronne de l’arbre. L’arbre adulte est alors « défiguré ». Si la maladie lui est rarement fatale, elle tue cependant les jeunes frênes en quelques années.

La chalarose est d’abord apparue en Pologne, grand exportateur de jeunes plants de frênes, au début des années 1990. C’est à partir de ce pays qu’elle a été disséminée dans toute l’Europe. Aux lumières de la recherche, ce champignon provient d’Asie de l’Est : on le trouve en effet au Japon, sur des espèces de frênes indigènes avec lesquelles il semble coexister sans problème. «Ce champignon est très virulent en Europe car il y est invasif et n’a donc pas coévolué avec nos frênes communs», explique Jean-Luc Flot, chef du Département de la santé des forêts au ministère de l’Agriculture. Les dérèglements climatiques ont-ils aussi fragilisé nos frênes européens ? L’expert n’en est pas sûr: «Je ne suis pas climato-sceptique, mais concernant les arbres, les modifications ne sont pas encore assez fortes pour mettre en péril une espèce. Parfois, un hiver très doux favorise certains champignons et certains insectes, mais au cours d’un été sec, ces mêmes maladies et ravageurs peuvent mourir », analyse-t-il.

Le platane est une autre espèce d’arbres fortement menacée par une maladie : le chancre coloré. Plus de 60 000 spécimens atteints ont déjà dû être éliminés en France. Un désastre en termes de paysage et de patrimoine. Cette maladie est provoquée par un champignon microscopique, Ceratocystis platani, qui progresse à l’intérieur des vaisseaux, les obture et sécrète des toxines. Quel que soit son âge, l’arbre meurt en quelques années. L’origine de l’épidémie remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des caisses de munitions en bois de platane provenant des États-Unis ayant été stockées dans le parc Borelli à Marseille, contaminant les arbres avoisinants. L’extension à partir de ce foyer initial s’est ensuite faite très progressivement, via les outils tels que les tronçonneuses. L’épidémie galope aujourd’hui le long du canal du Midi, qui déroule ses 241 km de platanes bicentenaires.

Négligences coupables

Dans les aménagements paysagers comme en agriculture et en sylviculture, les plantations non diversifiées accentuent la virulence des nouveaux pathogènes. Oliveraies à perte de vue dans les Pouilles, faible diversité génétique des frênes en forêt, alignements de dizaines de milliers de platanes dans le Midi, autant de terrains de propagation offerts aux maladies et aux insectes ravageurs. La biodiversité est une règle de la nature ; la contourner peut s’avérer fatal...

Ce manque d’attention à la nature s’accompagne d’un non-respect de l’arbre, comme a pu l’apprendre l’ancien chercheur de l’Inra Hervé Lot auprès de son ami André Vigouroux, spécialiste mondial du chancre coloré du platane : « Les centaines de nouveaux foyers découverts chaque année sont de toute évidence liés à des chantiers d’élagage effectué avec des outils infectés. La politique de l’appel d’offres lancé aux entreprises d’élagage et la tendance à les choisir sur des critères économiques ont contribué à multiplier les contaminations. En somme, nous avons souvent affaire à des négligences coupables». Dans les Pouilles, l’olivier était l’or vert. Le long du canal du Midi, les platanes protégeaient les berges de l’effondrement. Que dire des frênes en forêt, cinquième essence en nombre ! Le spectre de l’orme plane sur toutes ces épidémies... L’arbre a été décimé en un demi-siècle par la graphiose, une maladie mortelle due à un champignon transmis d’un arbre à l’autre par un insecte, le scolyte.

Variétés résistantes ou traitements naturels ?

En réponse à ces maladies végétales, les services sanitaires déclarent qu’il n’existe pas de traitement curatif. Du côté de la recherche, les spécialistes s’attellent à mettre au point de variétés résistantes. C’est le cas pour le platane avec son avatar, le Platanor, une variété moins sensible au chancre coloré. « Une fuite en avant », selon Éric Petiot, paysagiste, expérimentateur et formateur en traitements naturels. « On crée des variétés résistantes à une maladie, mais c’est oublier la biodiversité des pathogènes ! », ironise- t-il. Plutôt que de raisonner de façon symptomatique, ce spécialiste passe son temps à tenter de redonner vie aux sols qui ont perdu l’essentiel de leurs micro-organismes et qui n’arrivent plus à nourrir correctement les arbres. Ces derniers, en conséquence, ont leur immunité en berne. Éric Petiot mise sur les purins de plantes ou encore les ferments lactiques, entre autres. Il expérimente aussi des traitements innovants à base d’huiles essentielles.

Mais il reste beaucoup à faire pour que ce type de démarche se développe et se fasse connaître. Actuellement, l’option choisie le plus souvent consiste à supprimer les arbres malades. Dans les Pouilles, les oléiculteurs arrachent et brûlent les pieds d’oliviers. Pour les platanes du canal du Midi, les dés sont jetés. Petite consolation, ils seront remplacés par plusieurs essences, dans le respect d’une certaine biodiversité. Enfin, pour ce qui est des frênes, il faut espérer que les propriétaires et les gestionnaires forestiers ne cèdent pas à la panique et ne coupent tous les spécimens atteints, y compris ceux qui pourraient s’en remettre. On sait désormais qu’un pourcentage non négligeable d’entre eux présente une résistance naturelle à la chalarose. Mais on estime qu’il leur faudra une centaine d’années pour surmonter la maladie.

La forêt en 2050

L’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) a présenté  dans un récent rapport à quoi ressemblerait la forêt en 2050. Il propose ainsi une balade futuriste en forêt de Tronçais, chênaie domaniale de 10 600 hectares  située dans l’Allier, au nord du Massif central réputée pour son bois utilisé dans la  fabrication des tonneaux de vin. En 2050, le changement climatique aura obligé les  gestionnaires à changer sa physionomie. Elle sera plus clairsemée car on espacera  davantage les arbres pour que chacun ait suffisamment d’eau. Ils pousseront plus vite  et on devra les couper plus tôt car les sujets âgés seront plus fragiles. Le bois sera  d’un peu moins bonne qualité. Les arbres eux-mêmes s’adapteront : ils perdront leurs  feuilles plus tôt, souvent sans passer par leurs belles couleurs d’automne. Les feuilles  seront d’ailleurs devenues plus petites pour résister au manque d’eau. Les hêtres qui  constituent le sous-étage et conduisent les chênes à avoir un port élancé auront  disparu. Trop sensibles à la sécheresse et attaqués par des insectes qui se seront  multipliés, ils auront été remplacés par du charme.

Solutions bio de pointe

Vous avez peut-être  déjà observé une substance collante sur un banc ou une voiture  situés au-dessous d’un  platane. Il s’agit du  miellat produit par  un insecte, le tigre du  platane (Corythucha ciliata), sorte de petite  punaise de 4 mm de  long qui provoque aussi  la dépigmentation des feuilles. Le programme Petaal pour « Protection environnement et technologie  des arbres d’alignement », financé par un fonds ministériel, a trouvé une solution  naturelle : un traitement à base de vers et d’un insecte auxiliaire. L’application  nécessite une observation fine : les vers doivent être déposés sur les troncs en  fin d’hiver, puis au printemps et en été sur le feuillage ; les lâchers d’œufs de  chrysopes doivent avoir lieu en juin sur les feuilles, après la migration de l’insecte.  Ces traitements homologués sont désormais à la disposition des collectivités.

Le temps des  chalaroses

Les plantes ont toujours  connu des maladies liées à  des virus, des bactéries et  des champignons. On en  retrouve des descriptions  dans les écrits du philosophe  grec Theophraste au IIIe siècle  avant J.-C. Alors que chez  l’homme et les animaux, les  principaux pathogènes sont  les bactéries, la plupart des  maladies végétales proviennent  de champignons. On en  compterait plus de 10 000.  Mais si l’on sait identifier ces  pathogènes microscopiques,  il est beaucoup plus difficile  de prédire les irruptions de  maladies. Avec notamment  le changement climatique,  les épidémies ne se situeront  pas forcément dans des zones  empiriquement délimitées.

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