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Phytothérapie du désert et chimiothérapie

Des huiles essentielles pour améliorer la chimiothérapie
Des huiles essentielles pour améliorer la chimiothérapie

Améliorer l'efficacité de la chimiothérapie tout en en réduisant les doses… C'est le potentiel prometteur de deux plantes du désert découvert par une collaboration franco-tunisienne. Les deux directeurs de l'étude, partagent avec nous les débuts de cette aventure scientifique.

"C'est le pur hasard, comme souvent en science, qui nous a fait nous rencontrer » explique Dominique Delmas directeur adjoint de l'unité de recherche Inserm « Lipides nutrition cancer » (LNC) à l'Université de Bourgogne. En procédant à une recherche bibliographique sur des travaux complémentaires à ceux de l'unité Inserm LNC de Dijon, l'équipe de Leïla Chekir Ghedira, chercheuse en Substances naturelles bioactives à l'Université de Monastir, sur la côte du Sahel tunisien, a contacté les chercheurs français : « Au fil des échanges, raconte Dominique Delmas, nous nous sommes dit qu'il serait intéressant d'investiguer le potentiel de deux plantes africaines qui poussent dans certaines zones arides de Tunisie, Pituranthos chloranthus et Teucrium ramosissimum ».

Protéger les cellules saines

En poussant, les plantes africaines Pituranthos chloranthus et Teucrium ramosissimum subissent un fort stress hydrique qui les amène à produire certaines molécules. Celles-ci se sont révélées très utiles pour permettre au corps de mieux recevoir la chimiothérapie, et donc d'obtenir des résultats bien meilleurs en diminuant fortement les doses. On appelle ce domaine de recherche « la chimioprévention » ou encore « chimioprophylaxie ». Son but ? Découvrir des molécules naturelles, ou de synthèse, capables de reprogrammer, de conditionner les cellules défectueuses d'un organisme pour le préparer à recevoir la chimiothérapie et la rendre plus efficace mais à moindres doses. Cela permet notamment d'éviter de tuer trop de cellules saines autour des cellules cancéreuses visées et de diminuer les effets indésirables liés aux fortes doses du traitement. En effet, certains types de cellules cancéreuses sont résistantes aux traitements parce qu'elles possèdent au niveau de leur membrane des sortes de pompes qui expulsent les produits chimiothérapeutiques ce qui inactive le traitement et rend le cancer très difficile à traiter.

Leïla Chekir Ghedira et ses étudiants de l'Université de Monastir

Les molécules de certains végétaux permettent d'inactiver les pompes de ces cellules qui rendent la chimiothérapie inefficace : on appelle cela la chimiosensibilisation par des molécules naturelles. En étant soumises à un stress environnemental parce qu'elles poussent dans des conditions difficiles (manque d'eau, forte exposition aux UV, etc.) ces plantes sécrètent des molécules pour se défendre face à ce stress et ce sont ces molécules qui permettent de désactiver les pompes des cellules cancéreuses résistantes à la chimiothérapie. Récemment par exemple, d'autres chercheurs ont trouvé des propriétés similaires chez le roucou (Bixa orellana), un arbuste d'Amérique du Sud qui pousse en zones tropicales ou certaines microalgues marines (Rhodomonas salina et Tisochrysis lutea).

Dans le cadre de l'étude dirigée par Dominique Delmas et Leïla Chekir Ghedira publiée en mai dernier dans la revue Nutrients, les deux plantes utilisées Pituranthos chloranthus et Teucrium ramosissimum sont traditionnellement utilisées par les guérisseurs locaux pour leurs propriétés ­anti-inflammatoires, antiseptiques et cicatrisantes. Après avoir été cueillies à l'état sauvage dans le désert tunisien, à environ 160 kilomètres au sud de Tunis, leurs feuilles ont été broyées, puis ont subi une hydrodistillation durant quatre heures afin d'obtenir les deux huiles essentielles qui ont été utilisées durant les essais in vitro. Leurs effets ont ensuite été observés sur deux types de cellules de cancers utérins : une lignée qui répond bien à la chimiothérapie et une autre qui y est résistante. Les chercheurs ont constaté que la réponse au traitement des cellules résistantes était augmentée avec des doses beaucoup plus faibles. Un léger effet sur la prolifération des cellules cancéreuses a même été observé.

Teucrium ramosissimum, la plante des guerriers

Appelée « Hchichet Belgacem » en arabe (du nom des guerriers cachés dans les montagnes qui l'utilisaient pour désinfecter et traiter leurs blessures de guerre) cette plante endémique d'Afrique du Nord aime à pousser entre les aspérités des rochers calcaires verticaux. Se présentant sous la forme de petits amas de feuilles vertes courtes et duveteuses qui ne dépassent pas 5 à 20 ­centimètres de hauteur, cette plante des guerriers est un excellent cicatrisant. Des études récentes ont démontré ses puissantes activités antioxydantes, antiprolifératives qui proviennent certainement des nombreux flavonoïdes et polyphénols qu'elle contient. Un effet particulièrement remarquable a même été observé : cette plante protège les deux brins d'ADN de certains dommages causés par les agressions extérieures. Les guerriers tunisiens ne s'y étaient pas trompés !

Un mécanisme encore mystérieux

Comme l'explique Leïla Chekir Ghedira, ces résultats in vitro sont très encourageants : « Ces deux plantes sont parmi les plus efficaces dans toutes celles que j'ai pu tester durant ma carrière. » Toutefois, précise Dominique ­Delmas, le côté mystérieux de certains mécanismes qui entrent en jeu avec ces molécules végétales freine les tests sur les êtres humains : « On ne sait pas expliquer pourquoi ces molécules issues de végétaux ont un effet sur les cellules pathologiques et pas sur les cellules normales, c'est déroutant. C'est certainement la grande question qui va se poser pour pouvoir utiliser ces molécules parce qu'aussi extraordinaire que ce soit, il faut pouvoir expliquer cet effet pour commercialiser un traitement. Quand on veut administrer une molécule à des patients durant des essais cliniques, il faut parvenir à expliquer précisément ses mécanismes d'action ; c'est un garde-fou fondamental face au charlatanisme. Ainsi, dans le cadre précis de notre étude, cette zone d'ombre va limiter la possibilité d'utiliser ces molécules concrètement avec des patients. Heureusement, la recherche évolue pour tenter de comprendre ces mécanismes extraordinaires liés aux extraits de plantes mais nous n'en sommes qu'au tout début ! »

De son côté, l'équipe tunisienne du professeur Chekir Ghedira a toutefois récemment finalisé des tests in vivo sur des souris avec, à nouveau, des résultats très prometteurs observés cette fois-ci sur des cellules de cancer colorectal : la tumeur a diminué de 80 % avec le traitement et les huiles essentielles, contre 30 % avec uniquement le traitement. Ces résultats seront prochainement publiés. Gageons que ces premières découvertes ouvrent le chemin d'applications concrètes pour les malades.

Pituranthos chloranthus, l'inhibitrice de bactéries

Plante vivace endémique du Sahara, elle pousse en buissons. Ses tiges vertes vont jusqu'à un mètre de haut. Elle est traditionnellement utilisée au Maghreb en cuisine pour son arôme ou comme paille pour faire sécher les raisins. Elle est reconnue comme désinfectant, antioxydant, hépato-protecteur, anti-allergique. Elle aide à lutter contre certains ulcères gastriques et inflammations intestinales, grâce à sa capacité d'inhiber certaines bactéries (E. coli ou staphylocoques dorés).

Dans Nutrients, mai 2021.

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