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Cannabis thérapeutique, la panacée du futur ? (3/5)

Dans plusieurs pays, le cannabis thérapeutique a été légalisé. Il est prescrit pour soulager différentes maladies chroniques mais aussi des pathologies lourdes. À l'heure où la France lance le premier essai clinique autour de ce traitement, nous avons rencontré les acteurs de la filière française afin de comprendre les bénéfices que l'on peut espérer de cette plante, et la place qu'elle pourrait prendre dans l'Hexagone.

Producteurs cannabis thérapeutique France
Producteurs cannabis thérapeutique France

Des producteurs dans les startings-blocks

La culture du cannabis peut-elle être le ­nouvel or vert français dans les années à venir ? C'est en tous cas un marché potentiel d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel selon l'Interprofession du chanvre. De quoi aiguiser l'appétit de candidats de plus en plus nombreux, pressés de concurrencer tous les pays qui cultivent déjà en toute légalité du cannabis : « Nous avons déjà 500 à 1 000 maraîchers, viticulteurs, producteurs de plantes à parfum et médicinales qui sont dans les starting-blocks pour se lancer dans la production de chanvre bien-être dès que ce sera légal », souligne Aurélien Delecroix, président du Syndicat du chanvre.

En réalité, certains agriculteurs français ont déjà démarré la production du chanvre bien-être (contenant du cannabidiol alias CBD) en toute illégalité… Ou en étant malins, comme Raphaël De Pablo, créateur de La ferme médicale. Il cultive depuis l'an dernier près de Bordeaux dix hectares de la variété Cannabis sativa L. Dioca 88 (autorisée par le catalogue français de semences) : « J'utilise de façon légale un code douanier spécifique pour transporter mon chanvre dans un laboratoire allemand, où le cannabidiol est extrait et transformé en huile. Je peux ensuite le réimporter et le commercialiser en France ». Il distribue son produit sur son site Internet et même dans sept pharmacies de la région. Le jeune entrepreneur croit à l'avenir d'une filière française malgré l'abondance de produits CBD venus de l'étranger : « Nous avons beaucoup de demandes sur notre site car nos clients veulent mettre du sens dans leur consommation, en achetant local avec une garantie de traçabilité, de composition non frelatée et de qualité du produit ».

Vu du Québec

Traiter différentes formes de douleur

Si vous souhaitez traiter un mal aigu, comme dans le cas de fortes nausées, privilégiez l'inhalation pour son effet rapide et plus momentané. Si la douleur est plutôt d'ordre chronique, on privilégie l'ingestion (en teinture mère ou en huile) qui favorise une absorption lente et permet aux constituants actifs d'agir sur une plus longue durée. Un usage externe (baume ou huile) et localisé permettra de soulager des douleurs inflammatoires ou névralgiques.

Par Caroline Gagnon, herboriste-thérapeute au Québec. Créatrice de l'école d'herboristerie en ligne FloraMedicina, elle détaille dans ce dossier les différentes indications du cannabis à usage médical.

Mais produire du chanvre bien-être à plus grande échelle devra passer par un changement de mentalité et d'orientation de la filière pour Aurélien Delecroix : « Aujourd'hui, nos plants sont sélectionnés pour leur fibre, destinée à la construction et d'autres secteurs. Si on veut cultiver du cannabis à cannabidiol de qualité, il faut...

autoriser d'autres variétés, à fleurs riches en CBD, pour le moment interdites. Ça pourrait redynamiser la filière ». Son souhait : une culture dédiée au CBD avec des plants espacés pour valoriser les principes actifs de la partie haute de la plante, comme pour les plantes médicinales. Il plaide pour une filière « sécurisée et fermement contrôlée afin de savoir qui récolte quoi et à quel endroit ». Tous souhaitent que les autorités se mettent d'accord sur une libéralisation du cannabidiol, attendue d'un jour à l'autre. Ensuite, que pourra-t-on cultiver : des variétés de cannabis avec des fleurs au taux de ­cannabidiol élevé ou des plants sans fleurs avec juste des sépales produisant de l'isolat de CBD (au taux plus faible) ? Cette dernière option séduit les grands chanvriers intéressés par un chanvre « à tout faire » qui peut fournir à la fois leurs marchés actuels (construction, papier, textile…) et le nouveau marché du chanvre bien-être.

Cette approche ulcère l'agriculteur Jouany Chatoux, défenseur d'une cannabiculture de qualité et porteur d'un grand projet de « Silicon Valley du cannabis » dans la Creuse. Il fulmine contre ces professionnels du chanvre qui, dit-il, « préfèrent constituer des alliances avec des industriels pour se décharger de la partie transformation », quitte à exclure à l'avenir « tous les petits agriculteurs avec des productions intégrées ». Or monter sa production intégrée de CBD et de cannabis thérapeutique « de la graine au médicament » c'est justement ce qu'il veut faire avec sa société Cannapôle 23. Assumant d'être hors la loi et lassé d'attendre une légalisation, Jouany Chatoux cultive déjà du chanvre CBD sur quinze hectares, qu'il transforme sur place et vend. Il bénéficie de l'appui du député local, rapporteur de la mission parlementaire sur le cannabis… ça aide ! Quant à son projet de cannabis thérapeutique, il a déjà repéré un ancien bunker militaire pour y installer son pôle de culture, recherche et développement.

Une culture chère en CO2

Pour devenir un médicament, le cannabis thérapeutique doit répondre à des standards de production très exigeants. C'est pourquoi il est cultivé essentiellement dans des serres high-tech ou en environnement contrôlé avec des systèmes qui veillent en continu à l'apport de lumière, humidité, nutriments… Une culture gourmande en eau… Et très énergivore, selon le cabinet d'analyse New Frontier Data qui évaluait en 2018 à plus d'un million de mégawatts par heure la consommation annuelle d'électricité de la cannabiculture légale américaine. L'équivalent de la consommation de 92 000 foyers là-bas en un an. De même, produire du cannabis dans le Colorado (USA) génère plus de gaz à effets de serre que l'industrie minière, d'après une étude américaine publiée dans la revue Nature. Espérons que la filière française en gestation développera un modèle environnemental plus vertueux, par exemple à base de lumière led et de recirculation d'eau.

Pour autant, cultiver du cannabis thérapeutique est bien plus complexe encore que produire du chanvre bien-être : « On ne peut pas faire croire aux producteurs qu'en changeant juste de variété on peut faire du cannabis thérapeutique. Il est impossible de le faire pousser en plein champ, car il faut des conditions très rigoureuses de production pour garantir un produit répondant aux normes du médicament », précise le professeur Nicolas Authier, président du Conseil scientifique temporaire du cannabis thérapeutique. D'ailleurs pour le syndicat du chanvre, le cannabis thérapeutique pourrait représenter à l'avenir au mieux dix pour cent des cultures totales car l'investissement financier et technologique est très lourd.

L'entrepreneur, Franck Milone fondateur de la société Delled est bien placé pour le savoir. Pour son laboratoire LaFleur à Angers, il prévoit un budget de 60 millions d'euros environ pour créer un site de recherche adossé à une unité de culture en chambres froides. Objectif, produire une vingtaine de tonnes de cannabis thérapeutique : « Notre production sera naturelle dans un environnement totalement contrôlé. Rien ne doit venir polluer nos plants donc nous surveillerons en permanence la température, la pression, l'humidité et la lumière. Nous avons d'ailleurs développé un système led à spectre variable pour agir sur la morphologie et la maturation des plants ». Atteint lui-même d'une sclérose en plaques, Franck Milone tient à monter une filière de production « intelligente » intégrant des projets de recherche au service des patients. Il a même commencé à développer un traitement en oncologie à base de cannabis (lire "Des chercheurs mobilisés"). D'ici à cinq ans, il s'imagine cultiver des variétés de cannabis avec des profils génétiques bien identifiés capables d'apporter une solution thérapeutique à des pathologies bien précises.

Valoriser les qualités nutritionnelles du chanvre

Nous sommes les champions d'Europe du chanvre avec quinze mille hectares cultivés ! Une plante excellente pour la santé, qui regorge de qualités nutritionnelles, encore trop peu utilisée dans l'alimentation.

Consommé sous forme de graines, de farine ou d'huile, le chanvre contient :

  • 25 % de protéines
  • des acides gras poly-insaturés bien équilibrés entre omega-6 et omega-3
  • des fibres
  • des minéraux et des vitamines.

Son huile est recommandée autant pour la santé que pour la peau. Des chercheurs ont aussi démontré l'action anti-inflammatoire et neuroprotectrice des graines de chanvre. Avec de telles propriétés, il est bien dommage qu'on ne valorise pas plus cette plante : à peine 15 % des graines récoltées en France sont utilisées pour l'alimentation humaine.

Aujourd'hui, on la cultive surtout pour ses fibres destinées à la construction, le papier, les litières, le paillage, le textile.

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