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Quand les herbiers prennent des couleurs !

Restauration des planches du Museum national d’histoire naturelle.

Le numérique gagne aussi les herbiers. Utile, dans un monde qui veut toujours plus d’accès à l’information. Travail colossal, la démarche s’accompagne aussi d’initiatives intéressantes. Comme celle de l’herbier réalisé à Toulon par un couple de naturalistes passionnés.

Imaginez : d’un coté, un minuscule objet électronique. De l’autre, quatre pièces entières totalement surchargées de dossiers ! Du sol au plafond, des épaisseurs de papiers chargés de plantes séchées... À manier avec d’infinies précautions, certaines d’entre elles étant multiséculaires… C’est en effet l’équivalent de ce volume d’herbiers que le Muséum d’histoire naturelle de Paris a dû récemment déplacer quand il a restauré les locaux où sont entreposées les collections constituant son célèbre Herbier national. Une opération qui a duré quatre longues années et s’est achevée en. « Les disques durs des musées sont devenus sacrément utiles, d’autant qu’en dépit des techniques de conservation, on n’est jamais à l’abri d’un accident », résume Sylvia Lochon-Menseau, responsable du Conservatoire botanique national méditerranéen (CBNMED).

À l’instar du Muséum de Paris, tout le monde se met donc à la numérisation. Reste que cette technologie ne fait que reproduire les herbiers anciens. Leurs couleurs sont parfois passées, et les détails pas toujours lisibles pour les passionnés d’évolution et de biodiversité. « Dans ces conditions, c’est peu dire que le nouvel herbier de couple Vignes, botanistes varois, ouvre des perspectives passionnantes », se réjouit la conservatrice.

Une nouvelle approche

De fait, son institution, tout comme le Parc national de Port-Cros, a hérité récemment d’un herbier d’un genre et d’une beauté inédites. Sa fabrication est dû à l’inventivité de deux passionnés, restés jeunes dans l’âme ! Pierre Vignes, 85 ans, agrégé de sciences naturelles et ancien professeur, et son épouse Délia, 89 ans, botaniste et artiste, sont en effet les acteurs d’une petite révolution dans le monde des herbiers ! Plus de 1 200 plantes ont été photographiées et numérisées, représentant 137 familles botaniques, dans le cadre d’une nouvelle approche technologique qui permet un travail plus approfondi des chercheurs. « Nous ne nous substituons pas aux herbiers classiques, mais nous en sommes complémentaires », pondère humblement Pierre Vignes. Lors de la remise officielle de l’herbier, Florence Verbier, directrice adjointe du parc de Port-Cros, a jugé avec gratitude que ce legs d’un genre nouveau était « un petit bijou que l’on va choyer ! ».

Ce nouveau type d’herbier fascine ; un fond noir qui fait ressortir les couleurs, des plantes photographiées après avoir été fraîchement cueillies, souvent au cours de cueillettes successives à chaque fois suivies de séances photo, et un résultat numérisé qui reprend le tout sous toutes les coutures, et dans tous les détails. On a ainsi sur une même planche pistils, fruits, fleurs, rhizomes, tiges, feuilles, etc. « Officiellement, cela nous a pris quinze ans pour finaliser cet herbier aujourd’hui offert à deux grandes institutions d’une région qu’on chérit. Mais nous avions longuement arpenté nos régions et travaillé sur certaines espèces bien avant cela», a confirmé Pierre Vignes. Ce dernier a dû réaliser plus de 21 000 clichés en compagnie de son épouse pour en extraire les images et les informations les plus pertinentes.

Des années de travail

La démarche est d’autant plus singulière que le couple a mis au point la technique de son travail un peu par hasard. « Un jour, l’Association des amis de la presqu’île de Giens m’avait demandé d’envoyer par courriel des images pour illustrer une conférence à venir... J’ai commencé par photographier des bruyères et un arbousier, je les ai mises ensuite sur un scanner avec un fond blanc et ça a donné quelque chose d’intéressant », se rappelle avec bonheur l’inventif professeur de sciences lors de la cérémonie officielle de remise de son herbier numérique aux institutions varoises en décembre dernier. Ensuite, le botaniste et son épouse, artiste, ont affiné le processus, et décidé de laisser le couvercle du scanner ouvert, ce qui a donné un fond noir offrant de la profondeur aux images. Enfin, il a assemblé les photos glanées depuis des années. Le résultat est une collection qui rend service à tout le monde. « Nos kilomètres de marche et nos années de travail sont ainsi rendus accessibles aux générations futures et le processus peut être copié ; c’est satisfaisant, à nos âges, de savoir cela », se réjouit Pierre Vignes. De fait, outre l’accessibilité aux spécialistes, qui peuvent contacter les institutions désormais dépositaires de cet herbier révolutionnaire, des villes comme Toulon ont commencé à exposer les planches de leur herbier. En comparant parfois les informations données par leurs images photographiées, et celles d’herbiers plus classiques. « La mise en page, les couleurs, tout cela attire un public qui pourrait trouver rébarbatif un herbier scientifique. La beauté des fleurs, bien mise en valeur dans cet herbier, est un bon moyen pour sensibiliser le public à la protection de l’environnement », résume Christine Graillon, chargée de communication au conservatoire de Hyères. C’est le cas par exemple du laurier rose (Nerium oleander). Car si la plante reste répandue comme espèce ornementale, elle est très menacée dans ses rares populations sauvages en France continentale et en Corse.

Pour les spécialistes, l’approche a évidemment des intérêts spécifiques. Gain de temps, regain d’intérêt pour certaines plantes et relance possible de recherches. « Dans les herbiers classiques, on n’a que très rarement l’occasion de voir ainsi, dans des formes et des couleurs très proches du réel, le résumé de l’évolution de la plante », résume Henri Michaud, botaniste à Hyères. De fait, des informations nouvelles peuvent apparaître. Ainsi, la numérisation de l’une des plantes de ce nouvel herbier numérique, l’anagyre fétide (Anagyris foetida), permet de distinguer d’un seul coup d’œil ses deux sous-espèces. « On peut y voir deux types de fleurs, avec ou sans taches brunes, et deux types de graines, violettes ou jaunes. Ce polymorphisme a bien été attesté chez les anciens botanistes, mais il est resté absent des ouvrages modernes », constate avec intérêt le botaniste.

Relancer la recherche

Cette mise en évidence va peut être relancer les recherches sur cette plante aux origines encore floues. On ne la trouve en effet qu’autour d’édifices à vocation militaire, ce qui laisse à penser qu’elle a pu être introduite autrefois à des fins militaires. Du reste, selon certains spécialistes espagnols, la plante a pu servir à empoisonner des pointes de flèches. En tout cas, les époux Vignes vont bien sûr suivre avec intêret ce que leur « simple herbier complémentaire » peut offrir. Quand on vous dit que l’amour de la nature fortifie enthousiasme et santé !

Comment l’herbier fut inventé

Les premiers herbiers sont apparus pendant la Renaissance. À l’époque, ils étaient destinés à la médecine, qui avait besoin de mieux connaître les plantes pour les transformer en remèdes. L’inventeur de l’herbier serait un italien, Luca Ghini, professeur de botanique né à Bologne à la fin du XVe siècle. Son herbier, qui rassemblait pas moins de de 300 plantes, n’a pas été conservé. En revanche, le Muséum d’histoire naturelle de Paris abrite un herbier datant de 1558 : il s’agit d’un petit volume relié contenant 313 plantes récoltées par un certain Jehan Girault, qui se disait « étudiant en chirurgie » à Lyon. Le terne « herbier », qui désignait à l’origine un ouvrage consacré aux plantes, a évolué au XVIIe siècle pour désigner une collection de plantes séchées.

La numérisation, un travail colossal

De nombreuses institutions se sont lancées dans la numérisation des herbiers anciens, dont un certain nombre remontent à la Renaissance. Le travail à accomplir est colossal. Ainsi, lors de sa rénovation, l’Herbier national a pris possession d’un entrepôt spécial provisoire destiné à numériser les collections. Elles y étaient livrées au rythme de 200 000 spécimens chaque mois, et ce pendant plus de trois ans ! Désormais disponibles en ligne, ces milliers de clichés forment un nouvel herbier virtuel, accessible en ligne à tous. Une première mondiale, si l’on considère la richesse des collections... Il est vrai que le MNHN détient les collections botaniques les plus importantes et les plus anciennes du monde. Il compte 8 millions de spécimens, accumulés depuis des siècles au gré d’expéditions, de dons et d’échanges entre tous les continents.

ça bouge en région

La région PACA est riche pour les amateurs de botanique... Le Muséum d’histoire naturelle de Toulon abrite ainsi deux herbiers remarquables. Celui de Louis Gérard, qui, pour la première fois de histoire, a récapitulé la flore provençale. C’était en 1761, et il fait toujours référence. L’autre est dû au botaniste contemporain Louis Mercurin, amateur, mais au travail passionnant. Plus globalement, un inventaire des herbiers de la région a été réalisé par le MHN d’Aixen- Provence en partenariat avec Tela-Botanica. On a ainsi recensé plus de 360 herbiers ! En tant que citoyen, vous pouvez participer à la numérisation de collections d’herbiers :
www.lesherbonautes.mnhm.fr

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