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Médecine chinoise, à tester sans a priori

Médecine chinoise

Vieille de près de 5 000 ans, la médecine traditionnelle chinoise suscite un intérêt de plus en plus marqué auprès de patients à la recherche d’une prise en charge globale. Et notamment ceux qui apprécient les remèdes naturels, puisque les plantes y ont toute leur place. De quelle façon ces remèdes végétaux sont-ils choisis ? Quelle connaissance en avons-nous ? Quels sont les faux pas à éviter ? L’éclairage de plusieurs thérapeutes nous aide à mieux l’appréhender.

Si un jour vous passez la porte d’un cabinet de médecine traditionnelle chinoise (MTC), vous serez certainement étonné par l’interrogatoire poussé que le praticien vous fera subir. Très loin du simple« Qu’est- ce qui vous amène ? » fréquemment énoncé par un médecin, de nombreux détails concernant votre état de santé vous seront demandés, tant sur le plan physique que psychique. « Le patient est pris dans sa globalité », explique Jean Massé, praticien et enseignant à l’Institut de médecine traditionnelle chinoise (IMTC) dans le Vaucluse. Au cours d’une consultation, en plus de massages ou de la pose d’aiguilles en différents points du corps, une formule de plantes pourra être prescrite. Car la pharmacopée est l’un des cinq grands piliers de la MTC, avec l’acupuncture, la diététique, la gymnastique énergétique (tai chi et qi gong) et le massage tui na. Les amateurs de phytothérapie peuvent donc légitimement s’y intéresser.

Tous les praticiens de médecine chinoise en France ne sont toutefois pas formés aux plantes. Car c’est par l’acupuncture que cette médecine est arrivée dans notre pays. Certains thérapeutes sont donc uniquement acupuncteurs, par ailleurs la seule branche de la MTC remboursée si elle est pratiquée par un médecin ou une sage-femme. Cependant, même s’il n’est pas reconnu, le Diplôme national de médecine traditionnelle chinoise (DNMTC), qui recouvre les cinq piliers de la MTC dont la pharmacopée, existe depuis 1998. Les praticiens peuvent l’afficher dans leur cabinet. « Ce diplôme est inspiré d’un examen international de médecine chinoise et procure une bonne référence », affirme Joëlle Vassail, praticienne et présidente de l’Union française de MTC, l’une des trois organisations professionnelles regroupées au sein de la Confédération française de MTC. Pour l’obtenir, les élèves suivent en général une formation de cinq années délivrée dans l’une des écoles installées dans l’Hexagone – une dizaine au total. La Confédération française de MTC dénombre aujourd’hui un millier de praticiens diplômés ou agréés par une des organisations de MTC.

Des commandos de plantes

« Nous jonglons avec environ 400 plantes », poursuit Joëlle Vassail. Car si quelques plantes comme la réglisse, le ginseng et le séné sont entrés dans notre pharmacopée il y a déjà bien longtemps, beaucoup de ces espèces végétales nous sont inconnues, certaines n’ayant même pas de nom en français ! « Une soixantaine de plantes provenant de Chine sont présentes dans les jardins médiévaux, mais beaucoup d’entre elles sont devenues ornementales comme la pivoine, dont on utilise la racine en MTC, ou le chrysanthème, le rhododendron et le chèvrefeuille, recherchés pour leurs fleurs », nous apprend Joëlle Vassail. Le ginseng, une des plantes les plus connues en médecine chinoise, est dénommé ren shen, la «racine homme». « Nous utilisons les dénominations chinoises car elles sont plus précises et nous renseignent à la fois sur l’espèce végétale, sa provenance géographique et son mode de préparation.»

Au total, il existe près d’un millier de remèdes végétaux chinois, une même plante pouvant être préparée de différentes façons. Une prescription de phytothérapie chinoise correspond généralement à une préparation magistrale incluant environ dix plantes, selon une logique particulière. « Chaque formule repose sur un commando de plantes très organisé», explique Bertrand Hurpy, praticien et enseignant formé à l’université de médecine et de pharmacologie chinoise du Hunan (Chine). «On y distingue l’empereur, c’est-à-dire l’ingrédient principal qui agit sur le syndrome, les ministres qui aident par exemple à contrôler la partie toxique du précédent, les ambassadeurs ou guides qui vont orienter le remède vers le lieu d’action dans l’organisme, et enfin les assistants ou modérateurs, comme la réglisse, qui harmonise l’ensemble des actions. »

Une MTC d’importation

La quasi-totalité de la pharmacopée chinoise est accessible en France par l’intermédiaire de plusieurs laboratoires : Planeta Verd, Sinovital et Sinolux sont les principaux. Installés en Andorre, en Belgique et au Luxembourg où la législation est plus souple qu’en France en matière d’herboristerie, ils importent des plantes, cultivées et préparées en Chine, et procurent aux praticiens des préparations magistrales. «Le commerce international de ces plantes est organisé depuis longtemps, grâce aux médecins chinois qui se sont expatriés depuis 1917, pendant la période communiste, et qui ont créé les filières pour pouvoir continuer à les utiliser », explique Joëlle Vassail. En MTC, on donne une grande importance à la région de production, à la période de récolte et aux techniques de cueillette : les propriétés des plantes médicinales en dépendent. Le mode de préparation est également essentiel, permettant notamment de faciliter l’absorption du remède, d’en assurer la bonne conservation et éventuellement de réduire ou d’annuler sa toxicité.

Quid de la qualité ? À en croire plusieurs praticiens, la réglementation chinoise pour la culture des plantes destinées à l’exportation a été renforcée ces dernières années. Il existerait dans chacune des provinces chinoises un organisme qui contrôle la qualité, les meilleures plantes étant destinées à l’exportation... Les trois laboratoires cités plus haut indiquent dans leur communication qu’ils imposent à leurs fournisseurs leurs propres normes, réalisent des analyses (bactéries et pesticides notamment) et mettent en place des systèmes de contrôle de qualité. Il n’en reste pas moins que plusieurs problèmes, liés à l’achat sur internet, ont abouti ces dernières années à l’interdiction de certaines plantes.

Difficile automédication

Sans doute que la pharmacopée chinoise est difficile à utiliser en automédication. Un ancien thérapeute s’est pourtant lancé dans l’aventure d’une gamme de compléments alimentaires basée sur les principes de la MTC. Les laboratoires Bimont se heurtent cependant à la difficulté de devoir faire autoriser une à une les plantes chinoises qu’ils importent par les services des fraudes français. Ce qui l’amène à devoir s’adapter : « J’utilise des ingrédients locaux comme la menthe française qui peut remplacer la menthe chinoise», explique-t- il. Dans les faits, de nombreux praticiens de MTC ont également recours à des plantes occidentales, mieux connues par les patients et surtout plus faciles à se procurer. Pour aider à trouver le sommeil par exemple, ces thérapeutes peuvent conseiller des plantes occidentales comme la valériane. Mais pour une pathologie complexe comme un burn-out, les praticiens plébiscitent les formules chinoises. «La médecine chinoise ne traite pas seulement les symptômes », estime Jean Massé.

« L’intérêt de la MTC est qu’il s’agit d’un système médical autonome et complet », explique Bertrand Hurpy. « Elle apporte un autre regard et une approche vraiment différente de la santé et de la maladie », ajoute-t-il. Et de citer l’exemple du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a pu être pris en charge en Chine grâce à des traitements mis au point bien avant l’identification du virus, en 2002. De fait, un nombre grandissant de personnes se tourne vers cette médecine holistique et proche de la nature. La Faculté de médecine de Montpellier propose même depuis quelques années plusieurs diplômes universitaires de MTC, ouverts à tous. Mais cette médecine est toujours en quête de reconnaissance : un référentiel professionnel et un code de déontologie ont été rédigés en 2013 et déposés auprès du Ministère de la santé par la Confédération française de MTC. Sans réponse à ce jour.

Des scandales qui n’en sont pas

Ces dernières années, plusieurs  scandales ont desservi les  plantes chinoises, même si, souvent, cela n’avait rien à voir  avec les plantes elles-mêmes.  En 2001, la mise sur le marché de la badiane est ainsi interdite après qu’un intermédiaire a  utilisé la badiane du Japon à la  place de la badiane de Chine.  En 2007, l’interdiction a pu être levée et aujourd’hui, une monographie (étude exhaustive) est disponible. C’est aussi à la fin des années 1990 que, suite à une confusion dans les noms chinois, une des cinquante  plantes majeures de la MTC, la Stephania tetrandra, est interdite. Dans un produit à visée amincissante vendu sur le net, elle avait été remplacée par erreur par l’Aristolochia fangchi qui contient des acides aristolochiques néfastes pour les reins. Ces problèmes ont rendu les remèdes chinois suspects pour nos autorités de santé. La Stephania reste interdite en France mais elle est autorisée aux États-Unis ou encore en Australie.

Le cinquième  élément

Dans la philosophie sous-jacente à la médecine  chinoise existe non pas  quatre mais cinq éléments :  le bois, le feu, la terre,  le métal et l’eau. Ils  interagissent de manière  dynamique, chaque  élément en engendrant un  autre et le nourrissant dans  un cycle immuable. Le bois  correspond au foie, le feu au cœur, la terre à la rate, le métal aux poumons  et l’eau aux reins. Les baies de schisandra séchées, présentes dans de nombreuses formules de MTC, ont le pouvoir d’harmoniser ces cinq éléments et donc, les  cinq organes correspondant. C’est ainsi qu’en Occident, cette plante est qualifiée d’adaptogène.

Bientôt l’entente cordiale ?

La pharmacopée chinoise représente un territoire riche de promesses  pour les scientifiques occidentaux. Des recherches sont ainsi menées  sur les armoises utilisées contre le paludisme ou encore l’astragale  employé en complément de médicaments antirétroviraux. Mais alors  que la médecine occidentale s’intéresse aux molécules actives des  végétaux pour connaître leur efficacité, la MTC observe l’effet obtenu  sur le patient. De ce fait, peu de plantes chinoises ont pu franchir  la porte d’entrée de notre pharmacopée. « Des plantes comme l’aconit se retrouvent à être interdites car elles contiennent une molécule toxique », déplore Bernard Hurpy. « Or en MTC, de telles espèces sont préparées en les associant à d’autres ingrédients qui modulent leurs effets ». Mais selon les  critères de l’Agence nationale de sécurité du médicament  (ANSM), « cela ressemble plus à des recettes de cuisine qu’à des médicaments ! » Aussi, les travaux sur les plantes  chinoises, amorcés par les autorités de santé françaises  en 1999, prennent du temps. Une cinquantaine de  plantes sont toujours à l’étude. Toutefois, le protocole  de coopération de 2007 entre les gouvernements  français et chinois fait bouger les lignes. D’autant que  les dirigeants chinois veulent donner de nouveaux  débouchés à leur pharmacologie... Espérons que cela ne  fera pas perdre son âme à cette médecine intégrative.

 

Des cycles naturels

 

La MTC  repose sur une  observation  fine des  équilibres  de la nature. Cela a donné naissance au  concept du yin et du yang :  la femme et l’homme,  l’obscurité et la lumière, le  froid et la chaleur, le repos  et le mouvement... Autant  d’« oppositions » qui  s’associent pour donner la  vie, alimentée par l’autre  concept central, le qi, qui  désigne l’énergie ou le  souffle vital, qui œuvre  en nous et dans tout ce  qui existe dans l’univers.  Un mouvement perpétuel,  en transformation  permanente.

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