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Accompagner les malades du Covid long

Covid Long

L'une des clés pour soigner son organisme après avoir attrapé le coronavirus consiste à le soutenir rapidement après l'infection. Car on peut continuer à souffrir de symptômes pendant des semaines, voire des mois. Nous avons interrogé trois médecins qui nous livrent leurs analyses et leurs conseils pour aider au processus de guérison.

Ce sont des chiffres plus rarement cités. Depuis les débuts de l'épidémie de Covid-19 en France, un peu plus de 4 millions de personnes ont contracté la maladie et environ 95 % d'entre elles s'en remettent. Toutefois, on constate que chez certains la guérison n'est pas totale, et plusieurs mois après l'infection ils continuent de souffrir de symptômes handicapants. Ces malades se sont auto­baptisés « Covid long ». Ils viennent de faire l'objet de premières recommandations de la part de la Haute Autorité de santé (HAS). Leur situation n'est pas facile, car la médecine manque de recul sur les conséquences de ce virus, la durée et l'ampleur des séquelles. Les praticiens que nous avons interrogés le ­reconnaissent : « On avance sur un terrain inconnu et complexe ». Pour autant, ces médecins généralistes qui ont une approche intégrative de la médecine, ne baissent pas les bras et cherchent des moyens de traiter les symptômes spécifiques de ces patients Covid long.

À quelle porte frapper ?

Les hashtags #AprèsJ20 ou #AprèsJ60 ou J80 fleurissent sur Facebook depuis un an. Les malades du Covid long y cherchent du soutien et échangent leurs ­expériences, inquiets et démunis de voir leurs symptômes perdurer des semaines et des mois après l'infection. Regroupés autour du Collectif des malades C­ovid-19 au long cours, beaucoup se plaignent d'un manque d'écoute et de prise en charge. En effet, les unités de rééducation post-Covid qui se sont ouvertes dans plusieurs CHU (Rennes, Lyon, Nantes, Paris ou Toulouse) s'adressent aux ­malades sortant de réanimation. Pour les Covid long, la Haute Autorité de ­santé (HAS) vient de faire ses premières recommandations. Elle invite le médecin ­généraliste à adopter une « stratégie diagnostique et ­thérapeutique ­personnalisée », après avoir exploré le patient dans sa globalité. À noter ­l'initiative de l'hôpital Foch, à Suresnes, qui propose une cellule « Rehab Covid ».

Ce qui frappe d'emblée le docteur Éric Menat chez ses patients, ce sont leurs séquelles psychologiques : « Lorsqu'ils ont appris qu'ils étaient positifs au Covid-19, beaucoup ont eu très peur de mourir. Et cette panique a généré un vrai syndrome post-traumatique chez bon nombre d'entre eux. » Cette angoisse, sa consœur Aline Mercan, médecin et anthropologue de la santé, l'a également repérée et constate « une forte crainte d'attraper le virus une deuxième fois ». Or, ces praticiens le savent, cette peur va venir affaiblir un système immunitaire déjà fragilisé.

Tous deux recommandent donc d'agir en premier lieu sur cette anxiété latente avec des plantes anxiolytiques comme la passiflore, le griffonia. « La rhodiole, adaptogène, qui agit sur le stress et l'immunité, est également la bienvenue, associée au safran, à l'effet antidépresseur », propose pour sa part Julie Michalet, médecin et enseignante en phytothérapie. En plus de ces plantes, Éric Menat n'hésite pas à conseiller des séances de psychothérapie, d'hypnose ou d'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), qui vise à débloquer des ­traumatismes par des mouvements oculaires. L'essentiel est ­d'écouter et de « désancrer » ­rapidement cette angoisse de retomber malade. Un mental apaisé ­permet ensuite au corps de mieux bénéficier des ­traitements.

Agir vite pendant la convalescence

D'autres symptômes persistent chez les Covid long : fatigue chronique, ­capacité ­respiratoire réduite avec essoufflement, ­douleurs thoraciques, palpitations, douleurs diffuses, perte d'odorat et d'appétit. À ce stade, il est important de prendre en main rapidement la convalescence : « Si on ne va pas mieux une semaine après l'infection aiguë, on peut commencer un traitement d'un mois à base de minéraux, vitamines, probiotiques et plantes pour aider à récupérer », explique Julie Michalet. Ne pas attendre que les symptômes s'installent dans l'après-Covid, c'est aussi la préconisation d'Éric Menat et d'Aline ­Mercan.

Cette dernière ­s'inquiète d'ailleurs de ce qui ­pourrait ­précipiter les personnes dans un ­syndrome fibro­myalgique, « cet état de ­dérégulation ­endocrinienne et neurovégétative où tout le corps fonctionne de travers ». Il faut donc agir vite sur les séquelles en commençant par vérifier que le système digestif fonctionne correctement, « sinon aucun traitement ne sera bien ­assimilé », prévient Julie Michalet. Les malades du Covid ayant souvent souffert de diarrhées, elle ­recommande d'associer des probiotiques à des plantes qui réparent les muqueuses ­intestinales : « Certains compléments alimentaires combinent par exemple L-glutamine, probiotiques et matricaire ou pectine de pomme ».

Retrouver l'odorat

La perte d'odorat est le second symptôme le plus ­fréquent des formes de Covid long (12 %). Dans le n° 219 de Plantes et Santé nous proposons des conseils pour rééduquer l'olfaction et sur notre site un ­protocole à base d'huiles essentielles élaboré selon les ­recommandations de ­l'association ­Anosmie. Par ­ailleurs, l'université de Bordeaux et l'Institut des sciences de la vigne et du vin – qui veut aider les ­professionnels du vin à préserver ce sens précieux dans leurs métiers –, ont mis au point un livret pratique et gratuit pour rééduquer l'odorat lésé et améliorer les chances de récupérer.

www.isvv.u-bordeaux.fr mot-clé « livret ­d'accompagnement ».

Il faut aussi redonner des forces à ceux qui ont perdu beaucoup de poids pendant la maladie. Entre la perte du goût et de l'odorat qui coupe l'appétit et les douleurs musculaires qui empêchent de bouger et entraînent une fonte des muscles, le corps est affaibli. On peut donc prendre en tisane un mélange de plantes ­stimulantes et toniques amères apéritives : églantier, ortie, feuilles de cassis et pissenlit, serpolet ou gentiane.

Ensuite, il faut s'occuper du symptôme le plus prégnant : la fatigue. Le corps doit déjà récupérer en vitamine D et en vitamine C. Pour celle-ci, on choisit le cynorhodon, ­l'acérola, ou l'argousier et des fruits types agrumes et kiwis. Il faut aussi ­complémenter en ­magnésium et en oligoéléments et reminéraliser avec la spiruline, l'ortie, la prêle ou l'avoine qui tonifie aussi les ­surrénales. On peut y ajouter des plantes comme le ­ginseng ou ­l'éleuthérocoque, l'échinacée, immunostimulantes et immuno­modulantes du système immunitaire.

Vitamines et oligoéléments en complément

Conseillés en prévention pour se protéger du virus, les vitamines et les oligoéléments sont tout aussi recommandés pour les situations de Covid long.

La vitamine D

Elle protège contre les formes graves du Sars-CoV-2. Sa principale source est la lumière du soleil. Certains aliments – poissons gras, huile de foie de morue, beurre – en contiennent. La supplémentation existe en gouttes, gélule et spray.

La vitamine C

Elle est intéressante pour réduire la charge virale et les inflammations. On la trouve, entre autres, dans le persil, le cassis, le poivron, les agrumes, le kiwi. Se supplémenter jusqu'à 2 g par jour en choisissant le cynorhodon, ou l'argousier.

Le zinc

C'est un oligoélément à l'effet antiviral qui permet la cicatrisation et la récupération. Il lutte contre l'inflammation chronique qui pourrait subsister après une infection. Et il améliore le symptôme de fatigue.

L'or et l'argent

Ce sont des oligoéléments indiqués aussi contre la fatigue. L'argent a des propriétés anti-infectieuses et l'or, lui, « agit sur les glandes surrénales en aidant à libérer de la noradrénaline, une hormone dynamisante. On lui reconnaît aussi une action psychostimulante », explique la docteure Catherine Lacrosnière, médecin micronutritionniste. Recommandé à raison de 2 mg par jour durant une à deux semaines, l'or peut être associé à l'argent et au cuivre pour renforcer l'immunité.

Contrôler la respiration

Pour les douleurs ­thoraciques, ­l'essoufflement et la sensation de capacité respiratoire ­restreinte, Julie ­Michalet conseille l'ostéo­pathie afin de libérer le diaphragme et la kinésithérapie avec des exercices de ­réexpansion pulmonaire pour respirer à nouveau en profondeur. Autre piste : ­pratiquer la cohérence cardiaque en vue ­d'améliorer le souffle et les ­manifestations de palpitations et tachycardies. Ces altérations du rythme cardiaque peuvent aussi s'atténuer avec de la teinture mère d'aubépine ou de ­l'agripaume.

L'agripaume pour le cœur

L'agripaume (Leonurus cardiaca) est une plante médicinale méconnue, que l'on gagnerait à planter dans nos jardins. Relaxante, elle possède la vertu d'apaiser le système nerveux central ainsi que le rythme cardiaque : « Je préconise l'alcoolature d'agripaume à beaucoup de mes patients qui souffrent de palpitations et de tachycardies à la suite à l'infection de Covid », explique la docteure Aline Mercan, anthropologue de la santé.

Pour les syndromes respiratoires et les toux qui traînent, Éric Menat a une prédilection pour l'huile de Haarlem et pour le beryllium en homéo­pathie. Il donne également des doses ­d'aspirine et des oméga-3 pour ­fluidifier le sang, « les douleurs venant souvent de petites lésions micro­vasculaires qui persistent ». Tous recommandent aussi de continuer l'exercice physique en ­montant l'effort petit à petit sauf en cas de lésions ­pulmonaires importantes qui ­nécessitent un suivi avec un pneumologue.

L'huile de Haarlem, un remède efficace à base de soufre

Inventée à la fin du XVIIe siècle par des alchimistes aux Pays-Bas, l'huile de Haarlem est toujours utilisée de nos jours. Elle est composée à 80 % de térébenthine de pin, 16 % de soufre et 4 % d'huile de lin : « J'aime beaucoup ce remède, car il contient un soufre très bien absorbé qui cicatrise les muqueuses et protège les poumons », confie le Dr Éric Menat, médecin généraliste et enseignant en DU de phytothérapie. Des propriétés très utiles alors que les malades post-covid souffrent souvent de microlésions, notamment pulmonaires, qu'il faut cicatriser.

Pour ses patients qui cumulent fatigue, problèmes respiratoires et douleurs diverses, Aline Mercan met en place un « plan anti-­inflammation », « avec une alimentation végétalisée, riche en antioxydants et en oméga-3 », et travaille « sur le déséquilibre neurovégétatif ». Elle conseille des plantes salicylées comme le saule, la reine-des-prés. Et pourquoi pas de la scrofulaire noueuse, un bon anti­douleur. Réguler l'inflammation passe aussi par le soutien de l'échinacée et de certains champignons : « Le reishi comme le ­polypore sont riches en ­polysaccharides immunorégulateurs et les premiers retours des patients indiquent une amélioration ».

Soigner les malades de Covid long doit passer par un échange constructif entre le médecin et son patient. Les retours sur les effets du traitement ­prescrit sont importants pour l'affiner ou le modifier. La médecine ­intégrative présente l'avantage de travailler à partir d'un large panel de « médicaments » dont les plantes, avec ­lesquelles il s'agit de bâtir un accompagnement du patient. Une approche personnalisée encore rare

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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