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Lin, ortie et chanvre, l’avenir leur appartient (3/4)

Dans le textile ou l’alimentaire, pour la papeterie, les matériaux de construction ou encore la médecine, le lin, le chanvre et l’ortie présentent de multiples vertus et potentiels d’utilisation. La production de ces plantes prometteuses nécessite cependant de s’intégrer à un environnement agricole, économique et sociétal complexe. On vous plante le décor.

Ortie, Urtica dioica

L’ortie, une sauvageonne

L’ortie ne se laisse pas aisément attraper. Aucun chiffre officiel n’existe sur elle. Selon un rapport publié en 2015 dans le cadre d’Avialim Bio (projet de recherche mené par l’Inra et l’Institut technique d’agriculture biologique pour nourrir les volailles en bio), l’ortie, « très peu développée en France, est cultivée seulement sur quelques hectares. La majeure partie [...] provient de cueillette d’ortie sauvage ». S’il n’existe pas de filière vraiment structurée, est-ce parce que la plante reste marquée par son image de mauvaise herbe ?

Toujours est-il que manger des orties pourrait bien devenir tendance. À Longecourt-lès-Culêtre (Côte-d’Or), la ferme biologique Brin d’ortie produit, depuis 2016, une gamme de produits artisanaux à base de plantes aromatiques et médicinales bio, dont la grande ortie, Urtica dioica, cueillie à l’état sauvage. Julie Gros, l’exploitante, taille ses feuilles à la serpette, les sèche puis les transforme en tisanes, poudres et gelées. « C’est mon végétal fétiche, à la fois plante de base en médecine, plante nutritive et goûteuse, mais aussi mauvaise herbe qu’on arrache », souligne-t-elle.

La plante à avoir sur une île déserte

Urtica dioica est ainsi transformée par de nombreuses petites entreprises qui donnent à leurs clients la possibilité de renouer avec les usages traditionnels. Contenant de 20 à 40 % de protéines (en matière sèche), du fer, du calcium et plus de vitamine C qu’une orange, « c’est la plante à avoir si on se retrouve seul sur une île déserte », résume Bernard Bertrand, auteur de plusieurs livres sur le sujet.

Poudre protéinée à l’ortie

Préparation

  • Faire sécher, durant quatre à cinq jours, des feuilles d’ortie fraîches étalées sur un tissu de type moustiquaire, lui-même tendu sur une cagette surélevée.
  • Les broyer une fois sèches, et les déguster en persillade dans une salade, un plat de légumes ou un smoothie.
  • Utiliser aussi cette poudre en masque pour la peau ou les cheveux.

« Diurétique, reminéralisante, antianémique, tonifiante et anti-inflammatoire, elle se mange de façon très simple », abonde Christophe de Hody, naturopathe et fondateur du Chemin de la nature, entreprise de formation à la cueillette urbaine de plantes comestibles. Sa feuille est indiquée en cas d’anémie, de fatigue, de douleurs articulaires et de calculs rénaux. Et la racine, en cas d’adénome bénin de la prostate.

Tisane reminéralisante à l’ortie

Préparation

  • Faire infuser trois à quatre têtes d’orties de préférence fraîches (une tête comprend les quatre premières feuilles en haut de la tige, les plus jeunes et les plus tendres), dans un demi-litre d’eau, cinq à dix minutes.
  • Filtrer.

L’ortie, l’amie des bêtes… et des autres plantes

L’ortie est aussi une amie des bêtes – ce serait même, par sa richesse en protéines, une alternative sérieuse au soja importé d’Amérique. Parmi les rares entrepreneurs à l’avoir compris, la société Au fil de l’ortie, fondée en 2011 à Beuvrigny (Manche) par Laëtitia Cenni, éleveuse de chevaux, est l’une des rares à cultiver Urtica dioica. Dix hectares d’ortie bio, qu’elle ­qualifie « d’or vert », sont transformés en compléments alimentaires et biostimulants pour végétaux. Ces produits ciblent les éleveurs comme les restaurateurs et les herboristes.

Car non contente de booster les hommes et les animaux, l’ortie stimule aussi les plantes. Tout d’abord, elle capte l’azote et le fer contenus dans le sol : propriété intéressante dans un pays classé pour moitié en « zone vulnérable », c’est-à-dire dont les eaux sont polluées par les nitrates, ou en passe de l’être… Ensuite, lors de sa décomposition, l’ortie a le bon goût de relâcher des nutriments facilement assimilables par les plantes. Pas étonnant que son purin leur donne un coup de fouet !

Une dizaine d’entreprises produit et vend désormais l’extrait fermenté d’ortie en plus de décoctions et autres macérats. Jean-François Lyphout, président de l’Association pour la promotion des préparations naturelles peu préoccupantes, également directeur de la société Fortie’ch, assure que « la demande est croissante », tandis que « beaucoup de paysans fabriquent eux-mêmes leur purin pour amender leur sol ».

Arrachée de haute lutte en 2016, l’autorisation de la vente et de l’usage du purin d’ortie, inscrite au code de la santé publique, a été renforcée en 2017 par son inscription dans la liste des substances de base de l’Union européenne.

Fabriquer son purin d’ortie

Préparation

  • Dans un seau, une ­poubelle ou un fût, mettre 1 kg de plantes pour 10 l d’eau.
  • Placer en un lieu tempéré, à 15 °C minimum afin d’éviter les arrêts de fermentation qui mènent au ­pourrissement.
  • Remuer au moins une fois par jour jusqu’à ce que la plante reste au fond du récipient. Une pellicule ­blanchâtre ou des bulles apparaissent.
  • Filtrer au bout de trois-quatre semaines et stocker dans un récipient rempli à ras bord, bien fermé et à l’abri de la chaleur et du gel.
  • Préférer le purin issu de plantes fraîches.

De l’avenir dans le textile

Fibre végétale très solide, brillante, moins gourmande en eau que le coton, l’ortie a également du potentiel dans le textile artisanal. Mais passer à l’échelle industrielle est une autre affaire. L’urticacée est compliquée à cultiver, et il faut en outre que les machines, conçues pour d’autres végétaux comme le coton ou le chanvre, puissent extraire sa fibre sans la fragiliser. La société alsacienne Emmanuel Lang, qui a produit à titre expérimental des jeans 100 % ortie en 2017, reconnaît que « le process industriel de transformation de la plante en fil reste à optimiser ».

Les orties gagneront-elles un jour nos armoires ? Elles font, en tout cas, déjà l’objet d’un projet de recherche intitulé Newfibre, porté par le Centre d’essais textile lorrain (Cetelor), en partenariat avec des entreprises textiles.

Depuis 2015, quelques hectares d’ortie sont cultivés sur une ferme expérimentale de Meurthe-et-Moselle. Objectif : déterminer quelle variété et quel procédé de défibrage utiliser pour satisfaire les tisseurs. Et impliquer plus d’agriculteurs dans cette culture.

D’autres indications de l’ortie font également l’objet de tests. Au Centre de transfert de technologie du Mans (CTTM), Nadine Auriault, responsable de projets, cherche des façons d’extraire et d’utiliser la fibre d’Urtica dioica qui pousse de façon pléthorique dans la région : « 3 000 à 4 000 hectares de grande ortie ont été identifiés dans les peupleraies de la Sarthe. »

L’idée serait d’intégrer sa fibre, à la fois solide et légère, en « renfort au sein de matériaux composites biosourcés », puis de tester ses propriétés, comme l’amortissement, la résistance mécanique, l’aspect antibactérien, etc.

Valorisations des différents composants de l’ortie

Graine

  • Fourrage pour animaux
  • Lampe à huile

Feuille

  • Alimentation humaine et animale
  • Remède médicinal
  • Cosmétique
  • Colorant et arôme
  • Conservateur alimentaire, produit d’entretien

Plante entière

  • Alimentation animale
  • Biostimulant (engrais) pour végétaux
  • Corde, textile
  • Papier
  • Matériau composite
  • Litière, paillis, panneau aggloméré, combustible

Racine

  • Remède médicinal
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