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3 portraits de jardiniers permaculteurs

3 portraits de jardiniers permaculteurs

Pour produire des légumes et des petits fruits, des jardiniers curieux et avisés sortent des sentiers battus avec un point commun : une profonde réflexion sur les équilibres complexes du vivant. En ville ou à la campagne, ils ouvrent de nouvelles voies pour un jardin toujours plus nourricier.

Cette année se tenait le premier salon parisien dédié à la permaculture. Cette approche d’un jardinage écologique qui invite à s’inspirer du fonctionnement du vivant et à économiser les ressources naturelles, redonne de l’importance au jardin nourricier. « L’agriculture bio s’est implantée il y a une quarantaine d’années, et dans ce terreau, la permaculture a ouvert les horizons. On ne se contente plus de répéter les gestes de nos parents ou de nos grands-parents, on les remet en cause, on y réfléchit vraiment d’un point de vue environnemental et humain », analyse Carine Mayo, qui a interrogé de nombreux permaculteurs à la campagne comme en ville . Car bien plus qu’un ensemble de pratiques de jardinage, la permaculture est une véritable philosophie de vie qui repose sur trois principes éthiques : prendre soin de la terre, de l’humain et enfin partager équitablement.

Livres, conférences, formations, mais aussi groupes sur les réseaux sociaux et chaînes ­YouTube : les influences sont aujourd’hui ­multiples et ne se limitent plus à des références régionales, mais s’ouvrent même à l’international. « Les vidéos de Geoff Lawton tournées en Jordanie et diffusées sur sa chaîne Greening the desert permettent de trouver des réponses aux situations de sécheresse », illustre Carine Mayo. De nombreux permaculteurs s’inspirent aussi des pratiques des maraîchers parisiens du XIXe siècle, ces producteurs qui fournissaient alors des légumes locaux à toute la population francilienne. La permaculture porte en effet en elle un rêve d’autonomie et d’abondance. « Ce rêve de jardin d’éden est un peu exagéré. Mais il est vrai qu’on est loin des bandes potagères monoculturales, commente Carine Mayo. La permaculture invite au contraire à un foisonnement de biodiversité. »

Dans ce vent de renouveau au potager, nous avons rencontré trois jardiniers exceptionnels qui ont su transcender leurs contraintes grâce à des façons culturales créatives et inspirantes.

Joseph Chauffrey, en Normandie, a créé un petit un potager urbain luxuriant. Didier Helmstetter, en Alsace, a inventé une nouvelle manière de cultiver adaptée aux personnes devant ménager leur santé. Quant à Josiane Goepfert en Franche-Comté, elle veut avant tout « soigner » sa terre et pense déjà à notre futur en acclimatant des variétés de légumes. Cultiver un potager aujourd’hui, c’est avant tout réfléchir, porter une vision allant au-delà du petit carré de terre à cultiver.

Aller plus loin : Dans le sillage de la Ferme biologique du Bec Hellouin ou du Centre écologique terre vivante, nombreux sont les lieux à proposer des stages de permaculture.

À lire : Guide de la permaculture au jardin, Carine Mayo, éd. Terre Vivante.

Joseph Chauffrey

Sa philosophie : le jardinier est aussi un citoyen.

Ses contraintes : Une petite surface en ville.

Son modèle : les maraîchers parisiens du XIXe siècle.

Sa formation principale : cours certifié en permaculture (CCP) obtenu à la Ferme biologique du Bec Hellouin.

Son dernier livre : J’optimise l’espace au potager, éd. Terre Vivante.

Son site : josephchauffrey.fr

Gagner en autonomie alimentaire, et ce tout au long de l’année, grâce à un petit jardin urbain : voilà le pari réussi de Joseph Chauffrey, qui transmet son savoir-faire au travers de livres, de formations et de conférences. « Je n’invente rien », avoue-t-il humblement lorsqu’on le questionne sur ses pratiques qui lui permettent d’obtenir de très bons rendements. En effet, Joseph a atteint 12 kilos de légumes par mètre carré en un an, en 2018, alors qu’un jardinier amateur obtient, selon une étude de l’université de Caen, en moyenne 1,8 kilo par an ! « Je remets au goût du jour les techniques des maraîchers parisiens du XIXe siècle », explique-t-il. Et de citer le chevauchement, c’est-à-dire l’installation d’une culture au sein d’une autre culture, et les contre-plantations, soit l’alliance entre deux végétaux avec l’objectif d’optimiser l’espace et ainsi d’accroître la productivité au mètre carré.

Joseph s’est installé, il y a dix ans, dans une maison dotée d’un jardin de 150 mètres carrés, à Sotteville-lès-Rouen en Seine-Maritime. Souhaitant relocaliser au maximum son alimentation, il commence par réaliser des tests qui métamorphosent sa pelouse en petite jungle potagère. Ayant un travail à temps plein, mais étant aussi sportif et musicien, il lui a fallu trouver des manières de cultiver efficaces : il se forme pour cela en permaculture. Il consacre au début une dizaine d’heures chaque semaine à mettre en place son jardin. Trois heures hebdomadaires suffisent aujourd’hui. « En permaculture, le temps à passer au potager est plus important au moment de la conception », explique le jardinier urbain.

« Je cultive toute l’année afin d’avoir aussi des légumes du jardin en période hivernale. » Pour cela, Joseph a demandé des conseils à des maraîchers québécois pour introduire dans son jardin d’autres variétés de légumes. Le jardinier s’est aussi tourné vers les moutardes japonaises, comme le mizuna, très résistantes au froid. « Au total, je récolte une bonne quinzaine de légumes au cœur de l’hiver. »

Joseph est ainsi devenu une référence de la permaculture en ville. « On ne pourra pas à mes yeux tous habiter à la campagne », déclare-t-il pour justifier son élan à transmettre son savoir-faire. Mais sa démarche va plus loin, elle est « holistique » : « On ne peut prétendre faire de la permaculture que si l’on a un jardin durable. » Le potager n’est qu’un point de départ pour changer sa façon de vivre en ville : se passer de voiture, se chauffer au bois… « Le jardinier est aussi un citoyen », conclut Joseph.

Tomates et verdures asiatiques poussent ensemble

La pratique du « chevauchement » au potager consiste « à repiquer les verdures asiatiques, type mizuna, dès septembre en les plaçant sous les tomates encore en place », conseille Joseph Chauffrey. Cela permet un gain de place. De plus, ces salades hivernales seront prêtes au bon moment. « Cette opération est facilitée si vous avez paillé le sol sous les tomates durant toute la saison. » Il invite aussi à supprimer les feuilles basses des plants de tomates, souvent abîmées à cette saison.

Didier Helmstetter

Sa philosophie : travailler moins pour ramasser plus !

Ses contraintes : un infarctus, il y a treize ans.

Son modèle : le fonctionnement du vivant.

Sa formation principale : ingénieur agronome.

Son livre : Réussir le potager du paresseux, éd. Tana.

Ce « paresseux », comme il se nomme, a toujours eu des potagers, son père étant petit producteur de légumes et de plants. « Enfant, je détestais le jardinage, car il m’empêchait de jouer au foot avec mes copains », se souvient pourtant Didier Helmstetter. « Contrairement à mon père, je n’ai jamais utilisé de pesticides, mais j’ai longtemps bêché et biné. Une façon de jardiner que je critique aujourd’hui. » Cet agronome retraité a en effet inventé la « phénoculture ». Aucun travail du sol n’est requis, seule une épaisse couche de foin (du latin fenum d’où le préfixe phéno) est déposée sur la terre au printemps.

Cette approche est le fruit d’une longue réflexion, alors que Didier cherchait une solution à sa situation : ayant fait un infarctus, sa condition physique amoindrie l’a forcé à rechercher une façon de faire pousser des légumes avec le minimum d’effort. « Il m’est venu une idée alors que j’étais confortablement installé dans un transat : la terre pouvant être naturellement fertile sans besoin de l’humain, comment renouer avec ce fonctionnement du vivant ? » Après quelques mois, Didier comprend qu’il faut apporter de l’énergie aux vers de terre, aux bactéries et aux champignons.

Mais quel matériau utiliser pour bien nourrir le sol ? Didier réalise un tableau Excel où il compare les matières possibles : paille, fumier, feuilles mortes, sciures de bois… Un matériau se distingue : le foin. « Il est couvrant, relativement disponible sauf en année très sèche et surtout il présente un rapport de carbone sur azote de 25 qui nourrit parfaitement les habitants du sol », explique l’agronome. Explication de texte : « Dans le vivant, il y a une certaine proportion de carbone (C) et d’azote (N), les végétaux ayant un rapport C/N compris entre 6 et 12 et les bactéries d’environ 5. Or il faut aussi tenir compte du besoin en carbone consommé par les mécanismes énergétiques des plantes. Avec un rapport de C/N de 25, le foin fournit à la fois les briques et le carburant avec lesquels se construit le vivant. »

Pour son potager de 900 mètres carrés en Alsace, c’est un site Natura 2000 situé à proximité qui fournit à Didier chaque année cinq ou six rouleaux de foin. « Mon sol, initialement assez pauvre, s’est redressé pour devenir très riche, d’après les analyses des agronomes Lydia et Claude Bourguignon du laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (Lams) ». Avec une trentaine d’espèces potagères, Didier a atteint son objectif : réduire nettement ses dépenses alimentaires grâce à son potager ! « À défaut de foin, vous pouvez utiliser un mélange de feuilles mortes et de tontes de gazon », conseille l’agronome à ceux qui veulent « en faire d’autant moins que les organismes du sol en font plus ! »

La « phénoculture » en trois étapes

Au mois de mars, Didier étale une couche de foin épaisse d’environ 20 centimètres. Après une ou deux pluies, le foin se tasse et ne mesure plus qu’une douzaine de centimètres d’épaisseur. Lorsque les risques de gelées sont passés, Didier repique ses plants préparés dans sa serre en coupant des sillons dans la couche de foin. Il ne reste plus qu’à attendre que les légumes et les petits fruits poussent.

Josiane Goepfert

Sa philosophie : aller dans le sens de la vie.

Ses contraintes : le climat, un sol argileux et l’isolement humain.

Son modèle : la biodynamie.

Sa formation : plusieurs formations par an notamment en maraîchage sol vivant.

Son site : http://potagerdunecurieuse.free.fr

Après s’être consacrée pendant vingt années au métier d’infirmière, Josiane a occupé les vingt années suivantes à cultiver un jardin selon un credo faisant écho à sa première vie professionnelle : « Soigner la terre pour avoir des plantes saines ». Ses conditions de culture n’étaient pas des plus favorables : à Froidevaux en Franche-Comté, elle cultive 3 000 mètres carrés de terres très argileuses, orientées nord-est et perchées à 700 mètres d’altitude, à l’ombre d’un bois. « Avec une mauvaise terre et une mauvaise exposition, j’ai dû trouver une boîte à outils qui, non seulement ne contrarie ni le sol ni le climat, mais qui permet en plus d’améliorer les conditions pour la faune et la flore », explique Josiane.

Le premier et principal outil utilisé par Josiane est la biodynamie : « Soigner la terre et ses habitants avec des préparations véhiculant de l’information, plutôt que des traitements curatifs lourds, me fait vibrer depuis longtemps. » Josiane se tourne aussi vers la permaculture, les techniques du maraîchage du sol vivant, les cultures bio-intensives de Jean-Martin Fortier ou encore la communication avec les plantes inspirées des jardins de Findhorn. Sa boîte à outils comprend aussi l’approche holistique d’Hervé Coves, qui permet notamment de composer avec la population des limaces au potager. Ces gourmandes ne sont plus un souci pour Josiane. « Un jardinier doit se comporter comme un détective, car il ne peut se priver d’aucune bonne solution ». Elle parvient ainsi à faire prospérer quelque 800 variétés d’aromates, de légumes, de plantes sauvages comestibles et de petits fruits. Est-ce pour cela qu’elle a appelé son jardin Le Potager d’une curieuse ? Non, sa curiosité ne se limite pas aux manières de cultiver, mais aux plantes elles-mêmes. « Je m’inspire de la démarche d’Auguste Pailleux et de Désiré Bois (auteurs du fameux livre Le Potager d’un Curieux, ndlr) qui au XIXe siècle, ont tenté d’acclimater des dizaines de végétaux comestibles exotiques qui arrivaient par bateau », confie Josiane.

Ses nombreux voyages en France ou à l’étranger sont l’occasion pour elle de ramener des espèces et des variétés : « Je fais de l’ethnobotanique, c’est-à-dire que je recueille des témoignages d’anciens en me demandant quel légume je pourrais cultiver dans mon jardin dans le respect de mon sol », explique Josiane. C’est ainsi que dans les années 2000, elle rapporte du Pérou la poire de terre aujourd’hui cultivée chez de nombreux permaculteurs. « J’ai à cœur d’augmenter sans cesse la biodiversité cultivée pour faire face au futur car on ne pourra peut-être plus faire pousser les mêmes légumes avec les changements climatiques ».

Les limaces, ces éboueurs du potager

Redoutées par les jardiniers, les limaces ont leur place au potager selon Josiane. « Ce sont des éboueurs qui consomment des végétaux verts en souffrance. Grâce à leur bave, elles apportent des éléments indispensables au fonctionnement biologique du sol. » Josiane réalise donc des semis pour les limaces et leur réserve même des petits tas de feuilles de salades abîmées.

La permaculture essaime en ville

Difficile de cultiver en ville ? Pas si l’on considère les avantages des dynamiques collectives que le milieu urbain permet. « Partage d’outils, compostage de quartier, récupération des tontes d’herbe dans le ­voisinage… On peut essaimer plus facilement ces bonnes pratiques lorsqu’on cultive en ville », témoigne le ­jardinier Joseph Chauffrey. De nombreuses initiatives naissent ici et là en France avec un rendez-vous annuel : les 48 heures de l’agriculture urbaine, organisées par La Sauge (Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée), qui auront lieu les 25 et 26 avril prochains. Enfin, comme le montre le jardinier Hervé Chabert, auteur de Mon balcon en permaculture (éd. Terre Vivante), une terrasse de 10 mètres carrés suffit à accueillir une « forêt nourricière ». La permaculture c’est aussi « partir de là où l’on se trouve », donc au cœur même des cités si c’est là que l’on habite.

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Plantes & Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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